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Actualités - Opinion

Rencontre avec l’Autre

Je saluerai, avec la main, le premier Israélien que je rencontrerai. Et je me présenterai: «Libanaise». Libanaise de père en fils, depuis avant 48, Libanaise depuis toujours. Libanaise, dans le sang, et au témoin du monde entier. Libanaise, et ma terre ne s’est jamais construite que sur des racines familières. Je lui parlerai longuement. Je lui dirai que nos oliviers, malgré les bombes sionistes, sont toujours beaux et tendres; et que la mer, avant les mains sionistes, était transparente. Il pourrait même se reposer : le poids lourd qui lui pèse autour des yeux est sûrement lourd. Je lui raconterai les belles histoires des enfants de Cana, de Doueir et de tous les autres villages détruits à jamais par la bêtise humaine. Je lui décrirai la robe de Aya, une robe un peu fanée avec quelques fleurs qu’on apercevait à peine, mais une robe qu’elle aimait bien. Elle sent encore bon, cette robe sur sa tombe. Les jeux… sans les mines sionistes. Les jeux qui avaient frôlé leurs petites mains sont encore là, lui dirai-je, muets, pétrifiés par la barbarie d’Olmert. Je lui dirai aussi que ce jeune homme de 27 ans, tombé dans une fosse que ses compatriotes avaient creusée, était fils unique, né après 14 ans de mariage. Je lui expliquerai aussi que j’ai honte pour lui; qu’il n’est pas facile de naître avec du sang sur les mains et tout autour de sa maison. Il n’est pas simple de vivre sur l’âme encore vivante de tout un peuple… ou de manger et boire sur la table de quelqu’un d’autre, quelqu’un à qui on a tout pris, tout arraché. Son esprit à ce quelqu’un pleure encore de douleur, seul, à l’ombre d’un arbre qui le reconnaissait malgré la cruauté des chars israéliens. Je lui demanderai surtout de ne pas chercher à s’excuser… nos maisons détruites, nos cadavres innocents, la mer «noire» et le ciel que leurs avions ont torturé n’en voudraient pas. Laissez-moi lui parler. Il doit m’écouter et se taire… pleurer peut-être ; oui il pourra pleurer. Je sais qu’il y a des Israéliens qui pleurent pour nous. Je le saluerai, lui parlerai et vous ne pourrez pas me l’interdire. Quelle idée que de vouloir nous interdire de parler à d’autres êtres humains! Lara KANSO
Je saluerai, avec la main, le premier Israélien que je rencontrerai. Et je me présenterai: «Libanaise». Libanaise de père en fils, depuis avant 48, Libanaise depuis toujours.
Libanaise, dans le sang, et au témoin du monde entier.
Libanaise, et ma terre ne s’est jamais construite que sur des racines familières.
Je lui parlerai longuement.
Je lui dirai que nos oliviers, malgré les bombes sionistes, sont toujours beaux et tendres; et que la mer, avant les mains sionistes, était transparente.
Il pourrait même se reposer : le poids lourd qui lui pèse autour des yeux est sûrement lourd.
Je lui raconterai les belles histoires des enfants de Cana, de Doueir et de tous les autres villages détruits à jamais par la bêtise humaine.
Je lui décrirai la robe de Aya, une robe un peu fanée avec quelques fleurs qu’on...