Ce n’est pas le Mondial de football, certes. Pourtant, l’Assemblée générale des Nations unies est elle aussi l’un de ces happenings planétaires rigoureusement régis par le calendrier. L’automne venu, les 192 États membres de l’ONU sont là, au grand complet, et ils sont généralement représentés au niveau le plus haut. Réunis dans le même Palais de Verre, les grands de ce monde – mais aussi les moins grands – ont l’occasion rare de se retrouver, de se côtoyer, ou bien alors de s’éviter, de s’ignorer. De s’affronter aussi, du haut de la tribune.
Ce qui frappe dans la session de cette année, c’est la place prépondérante qu’occupent le Proche et le Moyen-Orient dans les préoccupations internationales. Elles sont de feu ces terres-là, en effet. À peine émergé d’une guerre insensée, le Liban doit encore recouvrer sa stabilité, avec le concours des Casques bleus, dont 5 000 sont déjà à pied d’œuvre. Les populations martyres du Darfour n’ont pas encore droit, elles, à la protection des forces onusiennes. L’Irak continue d’être livré tout à la fois au terrorisme et à une guerre civile larvée. Le pari nucléaire de l’Iran, dont l’influence ne cesse de s’étendre par ailleurs dans la région, enfièvre les chancelleries, mobilise même certains états-majors. Et le vieux conflit de Palestine est toujours là, bien sûr, alimentant sans cesse de ses secousses tous les extrémismes.
Allez droit à la Palestine, c’est là le cœur du problème, le centre des crises dans le monde musulman. Cette exhortation angoissée du Pakistanais Pervez Musharraf, Kofi Annan l’avait formulée lundi déjà, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée, lequel revêtait valeur de testament politique. C’est là le plus grand défi, en raison de toute la charge symbolique et émotionnelle que recèle ce conflit, a averti ainsi le secrétaire général, qui quittera ses fonctions en décembre. On ne sait trop cependant quelle sorte d’émotion peut habiter l’Administration américaine, quand elle persiste à déclarer une guerre sans merci au terrorisme sans prendre la peine de s’armer, en sus de ses formidables moyens technologiques et militaires, de réalisme et surtout de justice.
Cinq ans après les effroyables attentats d’Amérique, George W. Bush n’a pas encore compris qu’il aurait pu entraîner le gros du monde arabo-musulman dans son entreprise si seulement l’unique superpuissance avait honnêtement œuvré à un règlement équitable du problème palestinien, cette mère de toutes les crises. Si les États-Unis avaient jeté de tout leur poids pour imposer la mise en application de la feuille de route, sous le strict et impitoyable contrôle du quartette international, s’ils n’avaient pas étalé de la sorte leur soutien inconditionnel à Israël. D’autant plus choquant – et improductif – était en effet un tel parti pris que sous Sharon, puis Olmert, l’État juif n’a jamais pratiqué d’autre langage que celui de la force, du fait accompli. Du terrorisme, tout compte fait.
Dans le discours de Bush à l’ONU, on trouvera quelque nouveau et une navrante collection de vieilles et inquiétantes obsessions. Le nouveau, c’est ce tardif regain d’intérêt pour le concept de deux États coexistant côte à côte en Palestine. Ce qui est nouveau (et qui a suscité une vive riposte du président Ahmadinejad) c’est aussi cet appel lancé aux peuples d’Iran et de Syrie par-dessus la tête de leurs dirigeants, présentés comme le principal obstacle sur la voie de la prospérité et de la liberté. Le déjà-vu (et beaucoup trop entendu) en revanche, c’est la primaire, la simpliste (di)vision d’un monde partagé entre modérés épris de paix et affreux terroristes. C’est le refus tenace de constater que les modérés arabes et musulmans – et ils sont l’immense majorité – sont de jour en jour écrasés, laminés, précisément parce que Washington leur dénie ces mêmes acquis qui les aideraient à s’imposer crédiblement face aux extrémistes.
Particulièrement malheureux, pour finir, est cet amalgame que commet une fois de plus le locataire de la Maison-Blanche en mettant dans le même sac sa chienlit irakienne et la révolution du Cèdre. Car ce n’est pas une expédition militaire américaine qui a débarrassé notre pays de la tutelle syrienne, mais un sursaut populaire soutenu par une rare volonté internationale : laquelle faisait défaut lors de l’opération Saddam Hussein. Irak-Liban, même combat ? Merci Monsieur Bush, mais c’est non merci.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ce n’est pas le Mondial de football, certes. Pourtant, l’Assemblée générale des Nations unies est elle aussi l’un de ces happenings planétaires rigoureusement régis par le calendrier. L’automne venu, les 192 États membres de l’ONU sont là, au grand complet, et ils sont généralement représentés au niveau le plus haut. Réunis dans le même Palais de Verre, les grands de ce monde – mais aussi les moins grands – ont l’occasion rare de se retrouver, de se côtoyer, ou bien alors de s’éviter, de s’ignorer. De s’affronter aussi, du haut de la tribune.
Ce qui frappe dans la session de cette année, c’est la place prépondérante qu’occupent le Proche et le Moyen-Orient dans les préoccupations internationales. Elles sont de feu ces terres-là, en effet. À peine émergé d’une guerre insensée, le Liban...