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Actualités - Opinion

Cadeau surprise

Je le sais d’expérience, je l’entends autour de moi, je le lis dans la presse. La déconfessionnalisation politique fait son mystérieux chemin dans les esprits. Pendant que des esprits frustrés et des vocations politiques tardives glosent sur le gouvernement d’union nationale, la chose la plus extraordinaire, la plus inattendue aussi, se matérialise : pour peu qu’il soit libanais, peut importe qui parle en mon nom. Plus précisément, peu importe si celui qui parle en mon nom est chrétien, sunnite ou druze. Il me représente. Il a désormais ma confiance. Je lui confie mon pays, ma patrie, mon avenir. Certes, je ne suis pas assez candide pour lui attribuer une quelconque infaillibilité, mais l’essentiel, la confiance de base, est là. Voilà qui est extraordinaire, une vrai cadeau surprise de la guerre. On aura beau tempêter, devant moi, que l’accord de Taëf était un piège, que les privilèges des chrétiens ont été confisqués par les musulmans, rien n’y fait. Si les sunnites incarnent mon Liban, ils cessent d’être sunnites, ils deviennent libanais. J’ose dire même : ils deviennent maronites, au sens patriotique du terme. Si, par contre, un maronite brade la confiance qui lui a été accordée et commence à jouer au caudillo, il cesse d’être libanais, au sens où je l’entends. Il ne cesse pas d’être maronite, mais ils cesse d’être de l’étoffe dont on fait les patries. C’est exactement ce dont parlait toujours le patriarche maronite. La déconfessionnalisation politique doit se faire dans les esprits, avant de se faire dans les textes. Eh bien, au risque de paraître bien naïf, je crois que nous y sommes. Tous les discours sur la représentation des chrétiens en prennent un goût obsolète de combat d’arrière-garde. Reste à préciser ce que veut dire, à mes yeux, Libanais. Cela tient en deux mots : démocratie et diversité. On pourrait y ajouter : modération, pluralisme, fermeté,transparence, modestie. Le contraire de l’arrogance de ton qui nous hérisse dans certains discours outranciers, qu’il viennent de gauche ou de droite. Au fond, Libanais, c’est tout ce qui donne envie de rester. Y compris le bleu de la mer. Bien sûr, il faudra toujours qu’il y ait une Constitution et des institutions. Seulement, après la déconfessionnalisation des esprits, ce ne sera plus moi qui suis fait pour elles, mais elles pour moi. Définition même de la liberté, émancipation de la lettre et épanouissement dans l’esprit des lois. Quel extraordinaire cadeau qu’un Liban naissant dans l’explosion même qui devait le désintégrer. Ne tuons pas ce rêve. Fady NOUN
Je le sais d’expérience, je l’entends autour de moi, je le lis dans la presse. La déconfessionnalisation politique fait son mystérieux chemin dans les esprits. Pendant que des esprits frustrés et des vocations politiques tardives glosent sur le gouvernement d’union nationale, la chose la plus extraordinaire, la plus inattendue aussi, se matérialise : pour peu qu’il soit libanais, peut importe qui parle en mon nom. Plus précisément, peu importe si celui qui parle en mon nom est chrétien, sunnite ou druze. Il me représente. Il a désormais ma confiance. Je lui confie mon pays, ma patrie, mon avenir. Certes, je ne suis pas assez candide pour lui attribuer une quelconque infaillibilité, mais l’essentiel, la confiance de base, est là. Voilà qui est extraordinaire, une vrai cadeau surprise de la guerre.
On aura beau...