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Actualités - Opinion

De Ratisbonne à Beyrouth

S’il fallait encore une preuve, l’épisode de Ratisbonne l’aura fournie : le monde a des problèmes avec le dialogue, des difficultés à relativiser les choses. L’opinion écoute, tranche, extrapole, interprète, mal interprète et souvent déforme. L’intention originelle est alors déviée de sa trajectoire, de son objectif et le mal est fait. Benoît XVI a vite fait de remettre les pendules à l’heure, de clarifier sa pensée, mais le doute avait déjà été instillé dans les esprits comme un venin. Sans revenir sur l’opportunité des propos académiques, théologiques tenus par le pape, sur les explications qui en ont été données, force est de constater que les réactions ont été excessives, ont mis en péril l’essence même du débat : le dialogue des religions et dans son prolongement le dialogue des cultures. Au-delà du faux pas, au-delà des critiques, l’exploitation, à chaud, de cette affaire par certains médias arabes, surtout audiovisuels, a été désastreuse, une incitation aux haines religieuses, un retour à un passé douteux truffé de provocations et de mensonges. Les caricatures danoises du prophète Mohammad avaient déjà donné un avant-goût de ce que l’intolérance, la bêtise pouvaient provoquer comme dégâts. La tempête s’était apaisée avec le temps, mais « l’étape ratisbonnaise » a rallumé l’incompréhension qui couvait sous les cendres, réveillé les démons qui se cachaient dans les écrits, dans les paroles. Une méfiance, une crise de confiance qui s’étaient déjà manifestées après les attentats du 11 septembre 2001, une « dévoyance » entretenue, oxygénée par la Qaëda, une pieuvre tentaculaire qui a autant meurtri l’Occident qu’agressé l’Islam, totalement innocent de ses crimes. L’Islam n’est pas l’islamisme : entre religion et idéologie, un amalgame a été fait, un malentendu a surgi, faussant totalement le débat, piégeant un dialogue tumultueux, millénaire, souvent marqué d’opacité, de dérapages, mais encore plus souvent de convergences, de points communs, de respect mutuel, de convivialité. Convivialité : capacité d’une société à favoriser la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la constituent (le Larousse dixit). Convivialité : un mot magique, un état d’esprit, un choix que le Liban, dans toutes ses composantes confessionnelles, a fait sien, a adopté en toute conscience, en toute liberté. Ratisbonne a créé le malentendu, mais à l’antipode de ce monde fou qui nous entoure, de ce clash des civilisations dont on nous menace, il est bon de rappeler que le Liban a réussi à donner l’exemple, démontrant, à cet égard, que l’impossible n’est pas une fatalité. Pays message, pour reprendre les termes historiques de Jean-Paul II, il est un témoignage vivant qui se perpétue au fil des ans, transcendant les guerres, les divisions internes. Un laboratoire d’idées, d’idéologies, de croyances, forcément vecteur de conflits, mais inévitablement rassembleur, réunificateur. Alors même que le monde se déchire, que les religions sont mises à contribution dans des batailles d’arrière-garde, que Dieu lui-même est pris à témoin dans des querelles byzantines, le pays du Cèdre parvient toujours à préserver son unicité, à conforter sa pluralité. De la dernière guerre, celle des terribles 33 jours, au-delà des zizanies, des querelles du bord du précipice, a émergé la volonté unanime de protéger, de bétonner la vie en commun. La dégaine facile, les bonzes de la politique l’ont naturellement acquise au fil des décennies, au gré de leurs alliances ou de leurs mésalliances. Un jour c’est la lune de miel, le lendemain c’est le divorce, mais le surlendemain c’est nécessairement le rabibochage, la réconciliation. Une entente islamo-chrétienne dépassant les conflits politiques, un pied de nez aux fomenteurs de troubles, aux pitoyables annonceurs de guerres de religions. Une entente sans cesse proclamée, mise en exergue par le patriarche Nasrallah Sfeir. De Ratisbonne à Beyrouth, un long cheminement qui démarre dans l’angoisse et qui se termine dans l’espoir, un parcours miné par l’intolérance, l’incompréhension, mais qui débouche sur l’exemple libanais de convivialité, un processus qui se façonne dans la douleur, mais qui véhicule, immanquablement, l’entente intercommunautaire à bon port. Le Liban message : Jean-Paul II ne s’était pas trompé. De longues années de guerre, 33 jours de misère, d’humiliations ont peut-être lézardé l’édifice, mais la « formule magique » a été sauvegardée. Puisse-t-elle servir de modèle partout ailleurs dans le monde, rétablir la tolérance dans les cœurs et dans les esprits, la simple écoute de l’autre, loin de la violence, des invectives et des procès d’intention. Nagib AOUN
S’il fallait encore une preuve, l’épisode de Ratisbonne l’aura fournie : le monde a des problèmes avec le dialogue, des difficultés à relativiser les choses. L’opinion écoute, tranche, extrapole, interprète, mal interprète et souvent déforme. L’intention originelle est alors déviée de sa trajectoire, de son objectif et le mal est fait. Benoît XVI a vite fait de remettre les pendules à l’heure, de clarifier sa pensée, mais le doute avait déjà été instillé dans les esprits comme un venin.
Sans revenir sur l’opportunité des propos académiques, théologiques tenus par le pape, sur les explications qui en ont été données, force est de constater que les réactions ont été excessives, ont mis en péril l’essence même du débat : le dialogue des religions et dans son prolongement le dialogue des...