La grande, la véritable victoire que nous avons emportée, durant cette guerre, c’est la victoire sur le doute. Sans savoir vraiment pourquoi, cette guerre a réveillé le goût de la glorieuse journée du 14 mars 2005, quand nous avons décidé de croire au Liban, d’être fiers de nous. Quelques jours auparavant, le Hezbollah avait aussi voté, mais dans le sens opposé. Nous en avions été tout consternés. Contre la liberté retrouvée, le Hezbollah avait choisi des régimes qui, aux yeux de certains d’entre nous, sont des camps de concentration.
Et à ce sujet, n’avez-vous jamais remarqué, sur al-Manar, la fréquence des émissions historiques sur le nazisme ? Pourquoi ? Je me suis souvent posé la question. Le Hezbollah devrait aussi se la poser. Et pourquoi, chez les bouquinistes de trottoir, trouve-t-on une nouvelle édition de Mein Kampf en arabe ? Pourquoi certains Arabes sont-ils fascinés par cette période de l’histoire, quand on sait de combien d’holocaustes et d’infamies elle est responsable ?
Les Israéliens devraient, de leur côté, apprendre ce que veulent dire les mots « parole donnée ». Leur blocus est peut-être levé, mais nous ne sommes pas à l’abri de leurs revirements, qui prennent souvent la forme de changements de gouvernement. Au demeurant, ce n’est pas la première fois qu’ils hésitent, qu’ils se parjurent. Ils l’ont fait à Oslo, ils l’ont fait avec Arafat. Ils l’ont même fait avec Amine Gemayel. Bref, ils le font, et c’est l’une des raisons fondamentales de ce qu’on a appelé leurs « guerres inachevées ». Israël devrait tenir parole, même si cela représente un risque pour lui. C’est le risque de la parole donnée, de la crédibilité. Le grignotage qui se fait sur la ligne bleue entre dans cette catégorie. Ouvertement, respect des frontières. Effectivement, parjure.
Israël devrait aussi songer au nombre de nos morts, de nos martyrs, pourquoi les priver de cette dignité ? « Ce que nous avons fait est démentiel et monstrueux », s’écrie un officier cité par le quotidien israélien Haaretz, songeant au nombre de mines et de sous-munitions laissées derrière elle par l’armée israélienne. C’est sous les yeux du monde entier, mais surtout, pour un croyant, sous le regard de Dieu qu’Israël a commis ses crimes de guerre. Oui, la guerre est cruelle par définition, et cet acharnement des hommes à se détruire porte en lui-même sa propre condamnation. Mais en admettant que certaines guerres soient justifiables, celle-là ne l’était pas. Marquée par de si grandes pertes civiles, par un si flagrant cynisme, elle n’avait aucune noblesse, aucune grandeur.
Ne parlons pas des États-Unis ou de leur alliée, la Grande-Bretagne. Les États-Unis n’ont pas de politique, ils n’ont que des intérêts. Le président Bush devrait surveiller sa politique de près. Sa foi de chrétien ressemble plutôt, de ce côté-ci des décombres, à celle d’un antéchrist. Surtout si l’on tient compte du nombre de chrétiens que, jusqu’à présent, ses croisades ont chassés d’Orient.
Pour tous, y compris le Hezbollah, c’est l’heure d’agir, de parachever l’œuvre commencée. Au prix d’infinies souffrances, d’extraordinaires sacrifices, le Liban a pu continuer à tenir debout. Pour ressentir cette extraordinaire poussée de lave dans le sang, cette extraordinaire joie d’être toujours en vie, faut-il obligatoirement être chiite ? La flamme de cette extraordinaire fierté, il faut la mettre au service d’un État que nous n’avons que trop tardé à vouloir, que nous n’avons que trop fui parce que, comme dit de Gaulle cité par Malraux, « s’il existe, eux (les petits barons de la politique) n’existent plus. Ils perdent ce à quoi ils tiennent avant tout et qui n’est point l’argent, mais l’exercice de leur vanité ».
Au sayyed qui ironisait un jour sur le Liban, expliquons ce que ce pays est pour nous et pourquoi nous y tenons tant : une terre sainte, une terre foulée par les pieds du Christ et de l’Immaculée. Et aussi une terre de liberté et de convivialité, qui est le nom de guerre de l’amour. Expliquons et rêvons au jour où, à la question : « Qu’est-ce que ces ponts détruits ? », nous répondrons tous ensemble : « Une stèle de plus ! »
Fady NOUN
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Et à ce sujet, n’avez-vous jamais remarqué, sur al-Manar, la fréquence des émissions historiques sur le nazisme ? Pourquoi ? Je me suis souvent posé la question. Le Hezbollah devrait aussi se la poser. Et pourquoi, chez les bouquinistes de trottoir, trouve-t-on une nouvelle...