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Actualités - Opinion

Délahoudisation

En finir, plutôt deux fois qu’une, de la présence d’un boulet à la première magistrature de l’État ; qui non seulement continue de rappeler, au mauvais souvenir de tous, pour les avoir tellement si bien incarnées et parfaitement continué à le faire, les années de plomb, mais qui empêche – que cela soit bien clair – à la fois les chrétiens de jouer l’ultrafondamental rôle qui est le leur pour la pérennité de l’idée et du concept libanais, mais, aussi, les sunnites et les chiites de se supporter politiquement, de travailler en harmonie, d’être égaux, d’apprendre le partage, de ne plus se sentir marginalisés. Parce que, bien sûr, il faut, surtout aujourd’hui, éviter de se leurrer : d’ici à ce que les Libanais (ou des extraterrestres) trouvent une solution, un substitut, un remède au confessionnalisme politique, celui-ci reste le seul ciment à la survie et à l’éventuelle prospérité du pays. À une seule condition : que règne un parfait équilibre. Le départ d’Émile Lahoud n’est naturellement pas la seule mesure à même d’assurer ce rééquilibrage, il en reste juste la première, l’initiale, la primitive. Parce que, bien sûr, en arriver, huit ans après un bilan exclusivement négatif, huit ans après avoir multiplié et collectionné des perles, huit ans après avoir fait de la présidence de la République, de cette référence ultime, une annexe provinciale de l’ex-Anjar puis du palais des Mouhajerine, huit ans après avoir enfoncé ou essayé de le faire, au quotidien, le Liban dans l’obscurantisme, en arriver donc à dire je reste au poste jusqu’au dernier instant de mon mandat pour sauvegarder la paix civile et l’entente nationale, voilà de quoi convaincre le plus incurable des imbéciles de l’urgence et de l’impérieuse nécessité d’une délahoudisation tous azimuts, à tous les niveaux, à chaque recoin… En écho au déjà anthologique et incontournable septième appel de Bkerké, un homme a posé hier, n’en déplaise au visiblement très révolutionnaire et très joueur Sleimane Frangié, les fondements de ce que devrait être la IIIe République. Le message à la nation de Fouad Siniora a ceci de fondateur, de paradoxalement très pionnier, qu’il a clairement fait comprendre que cette nouvelle République sera dédiée, après que l’ancienne se fut occupée de son accouchement, à rien d’autre qu’à l’application, la simple, la banale, l’évidente application de l’accord de Taëf – sans que cela n’empêche, évidemment, d’en corriger les lacunes, qui n’ont rien de viscérales. Rien n’est surprenant en terres libanaises… Pas zaïm pour un sou ; désormais définitivement et clairement émancipé d’un Courant du futur qui commence même à lui être redevable, et ayant visiblement compris que sans l’appui, critique parfois, souvent, de Walid Joumblatt et de Samir Geagea, tout s’écroule(ra), Fouad Siniora doit sans doute savoir que sa force et son impact viennent du fait qu’il ne s’exprimera jamais en son propre nom, mais toujours en celui d’un collectif, en celui d’une idée, en celui d’un collectif-idée appelé, un jour ou l’autre, s’il veut perdurer, à se débarrasser de l’incarnat cramoisi du martyr(e) : l’Alliance du 14 Mars. Et quand cet (encore une fois) admirable homme d’État qu’il a su devenir parle, plus ou moins en détails, de chaque étape de la construction de l’État ; quand il appelle au retour des Libanais et de leurs amis ; quand il les assure d’un État capable et protecteur ; quand la seule condition qu’il leur met est de rester-travailler-ensemble ; quand il évoque de nouvelles façons d’appréhender les choses publiques ; quand il invoque la nécessité de se montrer à la hauteur et de mériter l’attention et l’empathie du monde, quand il appelle à forcer l’admiration de ce monde ; quand il ose mettre au crédit du collectif-idée quelques-uns des arguments majeurs de l’opposition ; quand il n’a pas peur du gigantisme du défi, quand il accepte de prendre, au nom d’un collectif-idée pourtant connu pour sa fragilité, d’énormes risques, quand il s’expose à tous les dangers en acceptant l’éventualité de ne pas pouvoir traduire ce fulgurant discours en actes indiscutables, il pose effectivement les ébauches des jalons de la délahoudisation. Sauf que pour y arriver, pour danser un tango au Liban, il faut, c’est une loi de la nature et de la culture de ce pays, être trois. En s’engageant, sur le papier pour l’instant, à partager, la communauté sunnite invite la communauté maronite à prendre l’initiative et la communauté chiite à devenir décideuse à part entière : il n’est pas permis, au lendemain de la guerre de juillet, au lendemain de tous les chambardements, à l’heure de toutes les éventualités, de ne pas aboutir, dans le strict cadre de Taëf qui est beaucoup plus brillant et rassurant qu’il n’y paraît, il n’est plus permis de ne pas équilibrer, au milligramme près. De ne pas délahoudiser. Ziyad MAKHOUL
En finir, plutôt deux fois qu’une, de la présence d’un boulet à la première magistrature de l’État ; qui non seulement continue de rappeler, au mauvais souvenir de tous, pour les avoir tellement si bien incarnées et parfaitement continué à le faire, les années de plomb, mais qui empêche – que cela soit bien clair – à la fois les chrétiens de jouer l’ultrafondamental rôle qui est le leur pour la pérennité de l’idée et du concept libanais, mais, aussi, les sunnites et les chiites de se supporter politiquement, de travailler en harmonie, d’être égaux, d’apprendre le partage, de ne plus se sentir marginalisés. Parce que, bien sûr, il faut, surtout aujourd’hui, éviter de se leurrer : d’ici à ce que les Libanais (ou des extraterrestres) trouvent une solution, un substitut, un remède au...