Jouer aux campeurs de luxe en plein hémicycle ? En voilà une décision d’une sottise remarquable : puérile, tape-à-l’œil, toc et pas chic, bouffonne, stérile et, surtout, démagogique – cette complaisance populiste était d’ailleurs naturelle, puisque l’idée est celle de Nabih Berry. Et pourtant, parce que c’est celle de Nabih Berry, elle a quelque chose de relativement bienvenu. Indépendamment du fait qu’elle colle bien plus avec ce que devrait faire le Liban, c’est-à-dire résister politiquement ou même folkloriquement (en faisant camper ses députés), mais pas militairement, elle est particulièrement opportune parce qu’elle casse le monopole de l’initiative hezbollahie post-14 août au sein de la communauté chiite.
Personne ne rêve : ce n’est pas demain qu’Amal et son (très ambigu, très calculateur et très timoré) chef rejoindront les partis de l’Alliance du 14 Mars pour recréer, avec le tandem aounisto-hezbollahi et ses affiliés, un équilibre politico-confessionnel comme aux temps bénis du Bloc national et du Destour. Mais il y a dans ce je gigote donc je suis de Nabih Berry de quoi (plutôt) rassurer, surtout que les ministres berryistes, pour la première fois depuis la naissance du cabinet Siniora, ont voté hier pas comme leurs collègues du Hezb. Bien sûr, le campeur en chef pourra toujours se draper dans l’excuse qui dit qu’il ne peut pas en même temps faire son cirque place de l’Étoile pour la levée du blocus et voter contre une mesure (la participation allemande à la Finul Plus) destinée à accélérer sa levée. Sauf que connaissant l’homme et ses circonvolutions infinies, il aurait pu trouver mille et un scenarii, mille et une excuses pour voter contre. Mais en attendant, il a pris le contre-pied du Hezb – on est loin, certes, du schisme aounisto-geageaïste ou arslano-joumblattiste – et cela, c’est bien ; cela, aussi, tranquillise, à quelques semaines à peine de la concrétisation du concept de tribunal à caractère international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et leurs complices – un laps de temps critique, ultrasensible, et que beaucoup, à commencer par le Hezbollah, utiliseront sans doute pour frapper quelque grand et malsain coup : une tabkha se prépare et mijote quelque part…
En attendant, ces vaillants députés, dont l’abnégation frise le sacrifice, seraient bien inspirés s’ils ramenaient leurs couettes, oreillers et autres trousses de toilette chez eux et s’ils se mettaient réellement au travail ; si, par exemple, ils commençaient à exiger la résurrection de l’accord d’armistice libano-israélien – ne serait-ce que dans son esprit, puisqu’un gros travail juridique devrait immanquablement être fait le jour où toutes les parties auront la bonne idée de le réactiver. Mais en attendant, il reste, encore une fois dans son esprit, son objectif, absolument valable.
Cet accord signé le 23 mars 1949 à Rhodes évoque des réunions régulières, tantôt à Naqoura tantôt à Metoulla, entre officiers libanais et israéliens, sous supervision onusienne – française, jusqu’à nouvel ordre… L’excellent Alain Pellegrini l’a fait déjà trois fois depuis la fin de la guerre, à Naqoura, et il le referait sans aucun doute très volontiers si on le lui demandait – gentiment –, une fois, certes, le retrait israélien totalement achevé, l’échange de prisonniers enclenché et le premier rapport de Kofi Annan sur les fermes de Chebaa rédigé.
On ne peut pas faire respecter et faire durer un accord d’armistice sans rencontrer l’ennemi. Ces réunions tripartites libano-israélo-onusiennes devraient se multiplier, et sans pudeurs idiotes : il n’y a aucune honte à se réunir avec l’ennemi et à mitonner avec lui quelque chose qui, sans s’appeler paix, ressemblerait à s’y méprendre, encore une fois, à de la tranquillité. Bien au contraire : c’est un devoir national ; plus encore, une résistance active et féconde.
Ziyad MAKHOUL
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