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Actualités - Opinion

En un combat douteux

Quinze milliards de dollars en pertes directes et indirectes, 130 000 habitations détruites ou endommagées, 630 kilomètres de routes rayées de la carte, 145 ponts et bretelles démolis, 900 usines et commerces éliminés… et 1 200 personnes qui ne pourront plus témoigner de la catastrophe. Pour la simple raison qu’ils ont perdu la vie dans une guerre qui aurait pu ne pas avoir lieu si les calculs des stratèges autoproclamés n’avaient pas été erronés ! Beaucoup a été dit là-dessus et nous n’y reviendrons pas. De critiques justifiées en mea culpa édulcoré, le chapitre est mis au rancart, placé en sommeil, mais ne sera pas enterré. Un devoir de mémoire pour éviter de nouvelles dérives, pour conforter une autorité renaissante, centralisatrice, seule habilitée à recoller les morceaux, à reconstruire ce qui a été détruit, à effacer l’offense faite au pays, l’humiliation entretenue par Israël comme un couteau qu’on retourne dans la plaie. Une opération de survie dans l’urgence, une tâche colossale à laquelle s’attelle le gouvernement et qui commence à porter ses fruits. Et à quoi assiste-t-on entre-temps ? À des règlements de comptes éhontés, à des combats plus que douteux, à une entreprise de sape interne qui achève de tuer ce que l’agression israélienne n’avait pas réussi à totalement annihiler : la confiance. Une sangsue qui détruit les âmes et les esprits, une guerre insidieuse qui ne veut pas dire son nom, plus pernicieuse que celle menée par les Israéliens parce que sournoise et enrobée de beaux sentiments : on discrédite au nom de la veuve et de l’orphelin, on insinue sous le couvert de la probité, on menace sous le prétexte de dilapidation des deniers publics. Le monde vient à notre secours, la Finul renforcée installe un bouclier protecteur, les aides parviennent par centaines de millions de dollars et, au lieu de s’en féliciter, les redresseurs de torts, les défenseurs de la moralité publique dénoncent, qui la mise du Liban sous mandat, qui les prémices d’une escroquerie financière. On croit rêver, et le pire c’est que ces flèches empoisonnées, répercutées, véhiculées comme autant de vérités par des médias attentionnés finissent par semer le doute dans l’esprit des gens. Déblatérez, déblatérez, il en restera forcément quelque chose ! Tout cela, accompagné de morceaux choisis du genre : « Je peux prendre facilement le pouvoir, mais je ne le ferai pas » ou bien « Continuez de cette façon et vous prendrez bientôt vos jambes à votre cou ». Démoraliser l’opinion à ce point alors que le Liban émerge d’une tragédie effroyable, qu’il est toujours aux soins intensifs, ce n’est pas faire preuve d’inconscience, c’est ouvrir la voie à de nouveaux scénarios-catastrophe, à un aventurisme menant tout droit à la discorde civile, au chaos. Vouloir régler d’anciens comptes sur les décombres du pays, c’est faire insulte à l’ensemble de la population, c’est décourager, dérouter tous ceux qui n’ont pas fini de panser leurs blessures, qui n’ont pas fini de pleurer leurs morts. Étrange paradoxe qui veut que ceux-là mêmes qui s’investissent gardiens du temple s’escriment à vouloir en ébranler les assises. Étrange paradoxe qui veut que ceux-là mêmes qui prônent le changement en deviennent les fossoyeurs. C’en serait fait alors des derniers espoirs d’une transition en douceur, c’en serait fait alors de la résurrection annoncée. Que se taisent donc les oracles en manque de reconnaissance, que s’estompent les insinuations fielleuses faites de bric et de broc. S’il n’y est pas mis rapidement un terme, si les guerres intestines sont appelées à succéder aux guerres externes, les chemins de l’exode, de l’exil ne se refermeront plus jamais. Dans une, deux ou trois décennies, le Liban d’hier, le Liban d’aujourd’hui ne serait alors plus. Il céderait place à un État uniforme, monochrome ayant perdu son unicité, sa spécificité. Une victoire offerte à Israël sur un plateau d’argent… Nagib AOUN
Quinze milliards de dollars en pertes directes et indirectes, 130 000 habitations détruites ou endommagées, 630 kilomètres de routes rayées de la carte, 145 ponts et bretelles démolis, 900 usines et commerces éliminés… et 1 200 personnes qui ne pourront plus témoigner de la catastrophe. Pour la simple raison qu’ils ont perdu la vie dans une guerre qui aurait pu ne pas avoir lieu si les calculs des stratèges autoproclamés n’avaient pas été erronés !
Beaucoup a été dit là-dessus et nous n’y reviendrons pas. De critiques justifiées en mea culpa édulcoré, le chapitre est mis au rancart, placé en sommeil, mais ne sera pas enterré. Un devoir de mémoire pour éviter de nouvelles dérives, pour conforter une autorité renaissante, centralisatrice, seule habilitée à recoller les morceaux, à reconstruire ce qui a...