De l’autocratie à l’autocritique, un long chemin à parcourir et quelques lettres à modifier. De l’individualisme partisan à la collégialité nationale, une structure mentale à remanier, une procédure de divorce à entamer, une autre, parallèle, d’intégration à engager.
Sans fioritures et pour aller droit au but, c’est du Hezbollah qu’il s’agit. Nonobstant les garanties fournies, les assurances données, la Finul Plus sera immanquablement confrontée à une double situation de fait accompli : un arsenal impressionnant enfoui dans des caves, des tunnels au sud du Litani, une frontière poreuse avec la Syrie que le régime baassiste veut naturellement garder en l’état.
Au-delà de l’indispensable déploiement des forces internationales, au-delà du vif soulagement de la population sudiste, force est de constater que l’ONU a évité d’attaquer de front, de prendre directement en main les dossiers explosifs de l’armement du Hezbollah et du trafic d’armes en provenance de la Syrie, laissant à l’État libanais le soin de gérer ce qui était jusqu’à ce jour quasiment ingérable. Décision peut-être judicieuse dans le contexte actuel, mais qui nous ramène à la case départ, à la quadrature du cercle.
Situation bloquée ? Loin de là : les donnes, redisons-le encore une fois, ont changé, et l’heure est inévitablement aux remises en question.
Dans l’une de ses interventions télévisées, lors des « 33 misérables jours » vécus par le Liban, Hassan Nasrallah a clamé, haut et fort, que le pays du Cèdre se battait au nom de toute la « oumma », une bataille, rappelons-le, décidée en toute unilatéralité.
Cette « oumma » pour laquelle le Liban a sacrifié tant de ses fils, pour laquelle le Liban est devenu un champ de ruines, un pays sinistré, a assisté passive, en spectatrice, à notre terrifiante descente aux enfers. Cette « oumma », même celle très proche du Hezbollah, s’est battue jusqu’au dernier Libanais, vautrée devant les écrans de télévision : un spectacle dantesque, hollywoodien, offert au prix dérisoire d’un abonnement à une chaîne câblée !
Mais trêve de cynisme : le Hezbollah d’aujourd’hui ne peut plus être celui d’avant le 12 juillet. De catalyseur de guerre, il doit se transformer en catalyseur de paix. Il le doit aux centaines de milliers de Sudistes jetés sur les routes de l’exode et qu’il invite maintenant à reconstruire leurs foyers. Il le doit, encore plus, à ceux, nombreux parmi les chiites, qui ne veulent plus que l’avenir du Liban reste hypothéqué par les conflits régionaux. Le sondage d’opinion publié aujourd’hui dans L’Orient-Le Jour en fait foi.
Développement inédit : des voix chiites, autant laïques que religieuses, se font entendre pour contester le bien-fondé de la politique suivie jusqu’à présent par le parti de Dieu, qu’il s’agisse de ses liens avec l’Iran ou de ses options militaires hors de la légalité.
Une démocratisation du discours politique, jusque-là monopolisé par le Hezbollah, qui pourrait progressivement ouvrir la voie aux débats internes, aux interrogations et, pourquoi pas, aux révisions déchirantes. Une démarche qui pourrait, dans sa finalité, paver le chemin menant au règlement du problème des armes qui couvent sous les cendres du Liban-Sud, sous les pieds des Casques bleus de la Finul Plus.
Une vision illusoire des choses ? Bien sûr que non : le cataclysme subi par le Liban, par sa population chiite en particulier, constitue un facteur éminemment dissuasif, une plaie béante pour rappeler que les options de guerre ou de paix ne doivent être désormais que l’apanage de la seule légalité hors de laquelle tout est aventurisme, tout est dévastation.
Où se positionne la Syrie à cet égard ? Au-delà de ses rodomontades, de ses cris d’orfraie, le régime baassiste vit un isolement international jamais expérimenté auparavant.
Au-delà des menaces et des insultes dont il abreuve ses contempteurs, le régime baassiste vit les heures les plus difficiles de son histoire, empêtré qu’il est dans ses contradictions, démasqué qu’il est après ses « glorieuses » prestations durant la guerre des 33 jours : militantisme effréné, résistance acharnée, lutte à outrance contre Israël, mais la chair à canon est généreusement, totalement libanaise !
La Finul Plus ne se déploiera pas à la frontière libano-syrienne, la 1701 ne le prévoit d’ailleurs pas, mais elle assistera techniquement l’armée pour lui permettre de contrôler et d’interdire tout trafic d’armes à partir de la Syrie. La Finul renforcée sera, en quelque sorte, grâce aux satellites d’observation, aux caméras de surveillance, les yeux et les oreilles de l’armée libanaise. Une nécessaire coordination pour retirer à la Syrie une dernière carte de nuisance, pour l’empêcher de nous envoyer les « cadeaux » dont elle a l’exclusivité.
Tout cela à une vingtaine de jours du rapport Brammertz sur l’assassinat de Rafic Hariri : une procédure implacable, une enquête inexorable que la guerre contre le Liban n’a pas interrompue et qui fait couler bien des sueurs froides dans le dos des dirigeants syriens…
Nagib AOUN
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Sans fioritures et pour aller droit au but, c’est du Hezbollah qu’il s’agit. Nonobstant les garanties fournies, les assurances données, la Finul Plus sera immanquablement confrontée à une double situation de fait accompli : un arsenal impressionnant enfoui dans des caves, des tunnels au sud du Litani, une frontière poreuse avec la Syrie que le régime baassiste veut naturellement garder en l’état.
Au-delà de l’indispensable déploiement des forces internationales, au-delà du vif soulagement de la population sudiste, force est de...