C’est comme dire à un cancéreux au bord de la métastase que la chimiothérapie dont il a nécessairement besoin pour espérer guérir un tant soit peu ne peut pas lui être administrée immédiatement ; qu’il faut qu’il attende, quelque bon plaisir, un peu de bon vouloir.
Chaque jour qui passe sans elle, sans « Finul + », est pourtant un jour de trop ; un jour de moins pour ce pays qui, définitivement et n’en déplaise à l’éternel et très oxydé locataire de Baabda, présente tous les symptômes d’une kosovarisation urgente. Plus elle tarde à venir s’installer, plus le Liban reste ultraexposé à tous les vents mauvais.
On ne peut pas, dit-on par ici, mendier et poser ses conditions ; tendre la main et dire à vot’ bon cœur messieurs dames, mais ce sera un billet de 100 $ ou rien. On ne peut pas dire aux boys de venir s’installer dans ce magnifique Sud, le long de ces gruyères géants que sont les frontières libano-israélienne et libano-syrienne sans qu’ils ne sachent, ces boys, où ils mettent le pied et, surtout, pourquoi : la vocation au martyre, heureusement, n’a rien d’universelle. Et pourtant, jamais pays n’a eu besoin à ce point de… boys. Jamais pays, qui a pourtant souvent et scandaleusement brillé par sa passivité, n’a attendu à ce point, sachant combien délétère, combien pernicieuse peut s’avérer cette attente, combien sont prêts à l’utiliser à mauvais escient tous ces sbires nostalgiques, devenus totalement neurasthéniques depuis la fin de la tutelle.
Et pendant ce temps, les médecins, les Zorros, les Spidermen jouent…
L’Italie voit là, enfin, cette sympathique et très bienvenue occasion de damer le pion à sa sœur (siamoise) ennemie, la France, et de le montrer au monde. Malgré leur football voleur/menteur, les Libanais adorent les Italiens ; ils sont ravis de voir ce pays se « déberlusconiser » à vue d’œil, se crédibiliser à la même vitesse, prendre de l’épaisseur, de la consistance, se réinstaller, à la sueur de leurs fronts, à la bonne place sur l’échiquier européano-international ; ils regardent, contents et curieux, le tandem fellinien Prodi-D’Alema se démener au four et au moulin, proposer très charitablement de prendre le commandement de la Finul + et de jouer les médiateurs entre Israël et le Hezb pour l’échange de prisonniers, malgré le débat interne, malgré les cris d’orfraie des Allemands (d’ailleurs toujours pas remis, près de 65 ans plus tard, des monstruosités de l’Autrichien Adolf). Sauf qu’à trop vouloir embrasser, Rome risque de mal étreindre : tout, de l’histoire au terrain, du bon sens à l’intuition, du cœur à la raison,veut que ce soit la France qui dirige la Finul +.
Une France pour l’instant harcelée de partout, noyée, par sa faute, sous les lazzis et les quolibets des uns et des autres, et qui a laissé plus d’une paire d’yeux écarquillée. En se démenant comme une folle pour que soient prises en compte, lors de la rédaction de la 1701, les demandes du Liban (personne, à part elle, n’aurait pu réussir cela), la France a oublié de penser protéger ses arrières, lorsqu’arrivera le moment de traduire sur le terrain une résolution archifloue. Les réticences de la France sont compréhensibles : mère nourricière de la 1559 qui restera à tout jamais le cauchemar absolu de la famille Assad, bien engagée dans la 1696 et la volonté de dénucléariser l’Iran, Paris a toutes les bonnes raisons de craindre pour ses gars – ne serait-ce qu’une seule voiturette piégée qui n’aurait même pas à passer par la case Anjar, et en dépit des assurances très juvéniles de ce bon Samaritain de Miguel Angel Moratinos. Et malgré la bonne volonté de cette Turquie dont la simple évocation réussit à faire frémir, et Damas et Téhéran, et qui n’a toujours pas eu l’élégance, la décence et l’intelligence de demander pardon pour les crimes commis par ses dirigeants il y a plus de cent ans.
Et pourtant. Il faudra bien que Paris la trouve, la solution : le Liban a besoin d’un commandement français. Pour cela, il faut des gars, beaucoup de gars, des assurances, beaucoup d’assurances, mais – et si Hassan Nasrallah peut y contribuer en reprenant sa plume et en écrivant une nouvelle fois à Jacques Chirac – une lettre de garanties cette fois... Surtout que le trop sémillant Dr Bachar vient encore une fois de commettre une grosse bourde en pensant pouvoir se prononcer contre le déploiement d’une force onusienne le long de sa frontière avec le Liban : rien ne fera autant plaisir aux Libanais que des Casques bleus, de préférence français, le long de cette passoire. Juste pour imaginer les tronches, outre-Masnaa. Juste pour faire taire définitivement l’affreux Ehud Olmert et lui retirer le tapis à prétextes de sous les pieds.
Réunis à Bruxelles aujourd’hui et après-demain, Paris, Rome, Berlin, Madrid et les autres ne pourront pas oublier que, de Qaa à Naqoura, les Libanais attendent cette bonne vieille Europe, et n’ont qu’elle, pour commencer à respirer. Et – pourtant éternels assistés – à se prendre ensuite en main, ou du moins à essayer, puis, plus ou moins seuls, plus ou moins comme des grands, se mettre à reconstruire tous leurs ponts.
Ziyad MAKHOUL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est comme dire à un cancéreux au bord de la métastase que la chimiothérapie dont il a nécessairement besoin pour espérer guérir un tant soit peu ne peut pas lui être administrée immédiatement ; qu’il faut qu’il attende, quelque bon plaisir, un peu de bon vouloir.
Chaque jour qui passe sans elle, sans « Finul + », est pourtant un jour de trop ; un jour de moins pour ce pays qui, définitivement et n’en déplaise à l’éternel et très oxydé locataire de Baabda, présente tous les symptômes d’une kosovarisation urgente. Plus elle tarde à venir s’installer, plus le Liban reste ultraexposé à tous les vents mauvais.
On ne peut pas, dit-on par ici, mendier et poser ses conditions ; tendre la main et dire à vot’ bon cœur messieurs dames, mais ce sera un billet de 100 $ ou rien. On ne peut pas dire aux...