Un autre combat
Je me rappelle de ce jour lointain où, jeune adolescente, elle s’est tournée vers moi, sa voisine et amie, pour l’aider à surmonter sa timidité. Aujourd’hui, des années plus tard, après maints départs « définitifs » et retours au Liban, de son côté et du mien, je la croise de temps en temps dans notre immeuble d’origine, lors d’une visite parentale. Sa beauté n’est pas seulement le fruit de sa jeunesse. Elle est gracieuse et douce. Son charme transparaît dans la fraîcheur de son teint, dans la lumière de son regard, dans sa voix suave. Elle aime la vie. Mais quand d’autres de son âge rêvent de carrière professionnelle, de rires d’enfants, de tourisme, mon amie lutte contre un mal impitoyable et cruel. Pendant que la guerre battait son plein au Liban, fauchant des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, une autre guerre non moins farouche se déroulait dans son corps.
À cette amie, je dis : tu sortiras triomphante de ton combat. Tu seras plus forte que la maladie, plus forte que la douleur, plus forte que la peur. Je sais que les circonstances au Liban ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour te donner des forces. Mais arme-toi de la chaleur des tiens et de l’amour de tes proches et lutte, lutte, lutte. Je n’ose pas te dire ces mots face à face. Suis-je lâche ? Tu as toujours été si pudique et je respecte cela.
Roula DOUGLAS
En attendant des « signes forts »
Israël commence à se rendre compte de l’impasse dans lequel il s’est mis. À quoi rime le fait de quitter Gaza, puis de détruire Gaza ? Idem pour le Liban. À quand la Cisjordanie et la Jordanie ?
Et si le but de tout cela est de récupérer 3 soldats, et bien c’est encore raté. Concrètement, les pays européens – la France en particulier – demandent à l’ONU des « règles d’engagement », mais celle-ci peut-elle garantir qu’Israël ne bombardera pas ses troupes ?
Israël doit faire la paix, ce qui aurait déjà dû être fait. Quant à l’Europe, qui n’existe pas, elle pourrait malgré tout donner des « signes forts » : rompre les relations économiques. Faut-il que l’aviation française bombarde quelques installations pétrolières de Haïfa pour que les choses soient vraiment devenues claires ? On en a marre de ce pays qui refuse de voir que seule son intégration dans la région est son unique moyen de survivre. Et chaque jour qui passe au Proche-Orient, avec la présence américaine en Irak, conduit au désastre. Le discours du roi de Jordanie est l’évidence même et le Liban a le droit de vivre en paix.
H. WIBAULT
Le cercle vicieux
Le ministre de la Défense, M. Élias Murr, vient d’affirmer que les autorités libanaises poursuivront pour trahison toute personne qui violera le cessez-le-feu en tirant des roquettes sur Israël, et que toute violation de l’accord sur l’arrêt des hostilités entre le Hezbollah et Israël « sera considérée comme un acte de collaboration direct avec l’ennemi », en précisant que l’auteur sera « arrêté et déféré devant le tribunal militaire ». Dans le même temps, Paris et plusieurs pays européens révisent leurs engagements à la baisse et font montre d’une grande prudence concernant la participation de leurs troupes à la force internationale, estimant que le mandat de la Finul est pour l’instant trop nébuleux.
L’affirmation de M. Murr peut être considérée comme une définition plus ou moins claire de la mission de l’armée libanaise au Sud. Les pays européens pourraient s’en inspirer en prévoyant par exemple que « le commandant en chef de la Finul poursuivra pour trahison toute personne qui violera le cessez-le-feu en tirant des roquettes sur le Hezbollah, et toute violation de l’accord sur l’arrêt des hostilités entre le Hezbollah et Israël sera considérée comme un acte de collaboration direct avec l’ennemi et l’auteur sera arrêté et déféré devant le tribunal international de justice ».
On me dirait que c’est trop beau pour être vrai car le problème est beaucoup plus compliqué que cela, mais au moins qu’on propose des solutions au lieu d’attendre que l’armée libanaise soit entièrement déployée, renforcée d’équipements modernes lui permettant de faire face aux attaques. À ce moment-là à quoi servirait le Finul ?
Michel BARDAWIL
Poésie et résistance
Lire en ces moments de guerre ne peut qu’être bénéfique, comme souligné dans le dernier numéro de L’Orient Littéraire, et il faut savoir, par la plume, résister face à l’occupation, comme ont su le prouver par le passé nos écrivains, poètes et penseurs libanais. C’est ainsi qu’on assista à l’aube du 1er août 1934 à la naissance du quotidien francais Le Jour. Son propriétaire, Michel Chiha, aidé par son ami Charles Helou et plusieurs collaborateurs fidèles à sa doctrine, s’opposèrent au gouvernement français mandataire à l’époque, réclamant à travers leurs articles l’indépendance du Liban, qui sera acquise en 1943.
Et Chiha, tranquille enfin d’avoir réalisé son rêve, et pressentant sa mort, avait considéré alors celle-ci comme un passage, écrivant : « Les regards de nos morts nous suivent et leurs cœurs nous soutiendront dans la joie. »
Dans ce contexte, Nadia Tuéni écrira, un quart de siècle plus tard : « La mort est un chariot faisant route vers l’est, la vie n est que la vie, simple abri du regard. »
Antoine SABBAGHA
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