Être radical, c’est prendre les choses à la racine, disait Karl Marx qui, s’est-on aperçu par la suite, ne savait pas de quoi il parlait. Mais dans la forme, sa proposition reste vraie. L’histoire l’a amplement prouvée : on n’atteint pas la paix en œuvrant pour la paix, mais pour la justice. C’est même là un principe biblique auquel le judaïsme, je n’ai pas dit le sionisme, devrait être sensible. La paix pour la paix, la paix à tout prix, c’est l’équilibre précaire, l’expression d’un rapport de force qui finit toujours par se rompre. Le véritable problème finit toujours par resurgir.
Une semaine après l’accord de cessation des hostilités, le Liban se trouve toujours, il semble, dans cet équilibre fragile. Israël est à la recherche désespérée d’une victoire « morale », au sens humain du terme, d’une carte quelconque pour se dérober à son devoir de justice, pour continuer à faire prévaloir la logique de la force. Le raid manqué de la Békaa ne le prouve que trop.
D’autre part, l’entêtement de la Syrie à refuser une démarcation des fermes de Chebaa, qui prouverait que ce territoire est libanais, est au même titre que la tentative israélienne, un obstacle à un règlement de fond qui signifierait un règlement de justice. C’est un signe d’hostilité – un de plus – à l’égard du Liban, un point d’appui au levier militaire grâce auquel elle espère un jour faire prévaloir ses droits sur le Golan spolié et annexé par Israël.
Telle que l’application de la 1701 se présente, même la Finul reste, pour le moment, une force de maintien d’une paix fondée sur la force, non sur la justice. Une paix précaire, fragile, qui n’a que très peu de chances de durer. La France ne le sent que trop bien, semble-t-il, et c’est cette précarité qui justifie probablement ses hésitations.
Mais si l’entêtement de la Syrie se comprend, notamment par son dépit de se voir hors jeu, au Liban, celui d’Israël se comprend moins bien. Pour l’État hébreu, en effet avec la 1701, l’occasion inespérée se présente de régler son contentieux avec le Liban indépendamment de ce règlement global réclamé depuis toujours par les Arabes, et dont les uns après les autres, tous les Arabes se sont départis, à l’exception de la Syrie.
La 1701, correctement appliquée, ce serait l’abandon du principe « sacré » de la concomitance des volets défendu par la Syrie, le Hezbollah et le Liban d’Émile Lahoud, depuis 1988. À moins d’une surprise de dernière heure, par laquelle le Hezbollah lierait de nouveau la paix au Liban au contentieux régional, par exemple par le biais de la résolution 194, l’application de la résolution 1701 permettrait à tout le monde, y compris le Liban, de trouver son compte dans un armistice qui signifie non seulement cessation des hostilités, mais véritable cessez-le-feu aux frontières.
Cette occasion en or, Israël devrait la saisir, restituer Chebaa, relâcher les prisonniers, même si cela signifie une victoire pour le Hezbollah. Pourquoi donc ce parti n’aurait-il pas droit, en fin de compte, à une victoire ? Une vraie, cette fois.
Fady NOUN
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Une semaine après l’accord de cessation des hostilités, le Liban se trouve toujours, il semble, dans cet équilibre fragile. Israël est à la recherche désespérée d’une victoire « morale », au sens humain du...