Lancinante, presque maladive cette obstination à douter de tout, à ne voir dans les initiatives positives que des arrière-pensées sournoises.
Obsédante et néanmoins compréhensible : chat échaudé craint l’eau froide et les décennies de guerres, de divisions internes, d’atteintes à la paix civile ont bétonné les désillusions, ont banalisé les revirements conduisant aux déceptions les plus cruelles.
En un mot comme en cent, le père Noël ne fait plus recette au Liban et a cédé la place, depuis bien longtemps, à des pythies bien de chez nous, aux prévisions les plus noires.
Et pourtant, des ténèbres, du cauchemar de l’été, un espoir ténu mais résolu est apparu, a frayé son chemin parmi les décombres, les dévastations. Un processus a été enclenché, il ne devrait plus s’arrêter. Que les Israéliens poursuivent leurs provocations, qu’ils mènent des opérations ponctuelles, comme celle ratée de Bouday, qu’ils s’évertuent à réussir un grand coup pour couvrir l’échec de leur équipée sanglante au Liban-Sud, tout cela ne devrait rien changer à une affaire entendue : il n’est plus admissible, il n’est plus acceptable que la « tragédie des 33 jours » se répète. Il n’est plus tolérable que les Israéliens s’arrogent le droit d’intervenir, quand bon leur semble, en territoire libanais, il n’est plus envisageable que le Hezbollah crée des situations à risques qui pourraient conduire à de nouveaux exodes, à de nouvelles destructions.
La résolution 1701 n’a pas été un coup d’épée dans l’eau et la communauté internationale ne permettra pas qu’elle le soit. Que des ambiguïtés subsistent, que les intentions des uns et des autres restent imprécises, cela est évident et tout à fait normal dans le contexte actuel, mais les donnes, il faut bien l’admettre, ont totalement changé.
Qui aurait pu imaginer, il y a seulement deux mois, que l’armée serait déployée aujourd’hui au Liban-Sud, près de la frontière avec Israël, avec l’assentiment, l’encouragement même du Hezbollah qui s’opposait jusqu’alors à pareille démarche ?
Qui aurait pu imaginer, il y a seulement deux mois, que des forces internationales seraient dépêchées dans cette zone à haut risque pour épauler l’armée libanaise, dussent-elles prendre leur temps pour le faire ?
Qui aurait pu imaginer, il y a seulement deux mois, que le Hezbollah, au sortir même de la guerre, accepterait de discuter, quoique avec réticence, de l’avenir de son armement ? Les donnes ont changé, cela est évident, même si les écueils à surmonter restent nombreux, même si les non-dits recèlent encore beaucoup de pièges.
La 1701, quoi qu’on en dise, comporte des points inédits susceptibles de neutraliser les réserves du Hezbollah, de lui ôter tout prétexte à d’éventuelles remises en question. Ainsi en est-il des dossiers des fermes de Chebaa et des prisonniers sur lesquels le Conseil de sécurité s’est engagé à trouver des solutions ou du moins à en faciliter le dénouement. En se saisissant, tout particulièrement, du problème épineux de Chebaa, l’ONU désamorce une bombe à retardement et fournit à l’État un argument supplémentaire pour parier sur la diplomatie.
Plus que jamais auparavant, l’heure est au questionnement, aux interrogations, à l’autocritique. Non seulement au niveau national, mais aussi et surtout au sein même du Hezbollah. Au-delà de la bravoure des combattants, de leur résistance exceptionnelle, le prix payé a dépassé tout entendement, les sacrifices consentis ont excédé l’imaginable.
Plus jamais ça, plus jamais une situation fournissant à Israël des prétextes à de nouvelles agressions, à la perpétuation d’un Liban-otage. Le Hezbollah se doit impérativement, dans ses instances autant politiques que militaires, de réexaminer ses options, revoir ses calculs, réévaluer l’équilibre entre une fonction, une mission profondément libanaise et des alliances régionales, un agenda que l’Iran et la Syrie seraient tentés de lui imposer et qu’Israël prendrait comme prétexte pour se lancer dans des aventures insensées.
Le ralliement proclamé à la seule légalité, le soutien au déploiement de l’armée ne suffisent pas. Ce sont des actions concrètes qui sont requises, seules à même de lever les ambiguïtés, de rassurer les pays contributeurs à la Finul bis, de faciliter l’application de la 1701 à laquelle a souscrit le parti de Dieu.
Que l’arsenal du Hezbollah soit rangé, c’est fort bien, mais il doit être mis à la disposition de l’armée, seule habilitée à défendre les frontières, à recevoir les aides militaires qui proviendraient de l’étranger.
À l’heure où Israël patauge dans ses contradictions, mais garde un ton menaçant, à l’heure où la communauté internationale s’engage en faveur du Liban mais réclame un minimum de garanties, le Hezbollah se doit, une fois pour toutes, de trancher : ou force armée autonome, ou force intégrée à la légalité, une osmose totale qui ne pourrait prêter à aucune confusion.
Les semaines, les mois à venir seront porteurs de tous les risques, a prévenu l’ONU, mettant en garde contre la non-application rapide de la 1701.
Puisse cet avertissement être entendu, déblayer le chemin du retour à la normale. Dans le cas contraire, ce serait la voie ouverte à l’inconnu, à la victoire des pythies qui n’entrevoient l’avenir qu’à travers des bains de sang, des cataclysmes sans fin.
Trente-trois jours de misère, un million de déplacés, des milliers de victimes, des localités entières rayées de la carte, quel esprit malade peut-il encore envisager une récidive, un scénario de catastrophe bis ?
Que des options soient révisées, c’est inévitable, que des calculs soient réexaminés, c’est indiscutable, mais quelle latitude ont les parties concernées pour procéder à un véritable examen de conscience ?
Nagib AOUN
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Obsédante et néanmoins compréhensible : chat échaudé craint l’eau froide et les décennies de guerres, de divisions internes, d’atteintes à la paix civile ont bétonné les désillusions, ont banalisé les revirements conduisant aux déceptions les plus cruelles.
En un mot comme en cent, le père Noël ne fait plus recette au Liban et a cédé la place, depuis bien longtemps, à des pythies bien de chez nous, aux prévisions les plus noires.
Et pourtant, des ténèbres, du cauchemar de l’été, un espoir ténu mais résolu est apparu, a frayé son chemin parmi les décombres, les dévastations. Un processus a été enclenché, il ne devrait plus s’arrêter. Que les Israéliens...