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Actualités - Opinion

L’œil de Néron

Faudra-t-il que Beyrouth soit rasée pour qu’un cessez-le-feu définitif soit accepté, instauré ? Aujourd’hui, il y a un projet de résolution franco-américain sur la cessation des hostilités, né dans une grande urgence, sur les ruines humaines et matérielles libanaises ; un projet que Beyrouth souhaite voir lourdement amendé, et que les pyromanes-pseudo-pompiers irano-syriens ont rejeté en bloc. Ce projet est né d’une proposition française, presque jumelle du plan en sept points de Fouad Siniora. Pour qu’elle passe au Conseil de sécurité de l’ONU, pour qu’elle ait force de loi internationale, il fallait, c’est sous-entendu qu’elle obtienne l’aval des États-Unis de Condie Rice, pour laquelle il n’est jamais trop tard pour être maman, surtout si le bébé s’appelle nouveau Proche-Orient. Et pour que cette proposition française soit féconde, il fallait qu’elle bénéficie du OK des deux protagonistes : le Liban et Israël ? Hezbollah et Israël ? Personne ne sait, personne ne veut savoir – c’est ubuesque – même si, officiellement, le Hezb, par Nabih Berry interposé, a mandaté le gouvernement pour gérer le côté politique du règlement de cette crise générée par le rapt, le 12 juillet dernier, des deux soldats israéliens, en territoire israélien... Dans cette lourde, très lourde partie de catch menée en duo avec/contre Washington, Paris avait le choix entre deux options. Un : refuser les exigences américaines, recréer le schisme préguerre d’Irak, difficilement mais très joliment comblé par le dossier libanais, présenter seul, ou avec quelques pays européens, une résolution qu’auraient encensés tous les Arabes, qui aurait sans doute obtenu 14 voix au Conseil de sécurité, mais qui aurait écopé d’un cinglant et irréversible veto US. Tout le monde n’aurait plus eu que ses yeux pour pleurer, résume un œil très averti. Deux : aboutir à un compromis, avec tout ce que ce mot a de bancal, pour stopper l’hémorragie, la noyade dans la préhistoire. Une source diplomatique européenne dit que ce projet, « objectivement, a de nombreux points communs avec le plan Siniora : l’allusion aux prisonniers, la mention de Chebaa, les perspectives d’un retrait israélien, les mines, etc. Mais surtout, ce plan comprend une séquence bien plus crédible que celle proposée par les Américains, et, aussi, beaucoup de points positifs pour le Liban et l’équilibre entre Libanais ». Il n’empêche : Fouad Siniora veut – à raison, faut-il le souligner encore et encore – un retrait israélien immédiat derrière la ligne bleue et la mise sous tutelle onusienne des fermes de Chebaa. Deux conditions à même de poser les jalons d’un... cessez-le-feu durable. Les Américains, les Israéliens n’en veulent pas (un enfant de quatre ans aurait pourtant compris l’importance, sur le long terme, de la rétrocession de ces hameaux...). « Les Français ont été aussi loin que possible dans la négociation avec les Américains. Il ne peut aucunement y avoir introduction des amendements souhaités par Siniora, mais ils vont essayer d’aller encore plus loin : donner le maximum sur les perspectives du retrait israélien derrière la ligne bleue, jusqu’à essayer d’obtenir la signature de lettres de garantie, et préciser davantage le langage sur Chebaa. Mais ils ne peuvent pas aller plus loin ; les Français insistent sur l’efficacité, le réalisme », souligne la source européenne. Preuve en est, le message on ne peut plus clair de Jacques Chirac hier : La résolution doit prendre en compte les préoccupations de tous, a-t-il dit ; un joli euphémisme pour rappeler et bien faire comprendre que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ; qu’il vaut mieux mille compromis qu’un seul mort ou qu’un seul village napalmé de plus. Ou qu’une capitulation. Et maintenant ? Totalement paralysé par les revendications (retrait israélien, déploiement de la force internationale des deux côtés de la ligne bleue, puis l’armée, puis l’échange de prisonniers) du Hezbollah ; pris jusqu’aux yeux par cette guerre qu’il n’a pas voulu et à propos de laquelle il n’a même pas été averti ; obsédé par la vulnérabilité du tissu libanais, le gouvernement Siniora peut-il accepter la résolution onusienne ? Peut-il la refuser, ne garder, à ses côtés, comme soutien, que... l’Iran et la Syrie ? Peut-il refuser de soigner, sur le long terme, le cancer distillé par les gouvernements successifs d’Israël, qui n’hésiteront désormais plus une seconde à brûler toutes les terres libanaises s’ils estiment que l’avenir de leur pays est en jeu ? Cela à l’aune de l’annonce, terrible, faite au monde par un certain Shimon Peres, qui n’avait pas été par quatre chemins : c’est le Hezbollah ou nous... La majorité, le gouvernement qui en est issu, et, surtout, ce Fouad Siniora-incarnation de l’État qu’il serait criminel d’affaiblir, n’a qu’une option : faire la paix, envers et contre tout et tous – à commencer, promiscuité oblige, par le sinistre Walid Moallem, dont la présence, dans ces circonstances, à Beyrouth, preuve certes de l’hospitalité et de l’intelligence libanaises avec force manifs à l’appui, n’en reste pas moins éprouvante et inquiétante à plus d’un titre. Hassan Nasrallah est mieux servi : il dispose d’une très large palette de choix. Parmi ces choix sur lesquels peuvent se poser ses yeux : celui de montrer qu’il est aussi doué pour faire la paix, durablement, que pour faire la guerre. Pendant qu’il est encore temps. Ziyad MAKHOUL
Faudra-t-il que Beyrouth soit rasée pour qu’un cessez-le-feu définitif soit accepté, instauré ?
Aujourd’hui, il y a un projet de résolution franco-américain sur la cessation des hostilités, né dans une grande urgence, sur les ruines humaines et matérielles libanaises ; un projet que Beyrouth souhaite voir lourdement amendé, et que les pyromanes-pseudo-pompiers irano-syriens ont rejeté en bloc.
Ce projet est né d’une proposition française, presque jumelle du plan en sept points de Fouad Siniora. Pour qu’elle passe au Conseil de sécurité de l’ONU, pour qu’elle ait force de loi internationale, il fallait, c’est sous-entendu qu’elle obtienne l’aval des États-Unis de Condie Rice, pour laquelle il n’est jamais trop tard pour être maman, surtout si le bébé s’appelle nouveau Proche-Orient. Et pour que...