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Otage jusqu’au bout

L’heure de vérité : plus que jamais le Liban est confronté aux dures réalités des intérêts internationaux, du pragmatisme politique à l’échelle planétaire, un pragmatisme qui ne prend en compte ni les souffrances ponctuelles des peuples ni les soucis propres aux États, liés à des considérations purement internes. Le monde est fatigué du Liban, fatigué de conflits qui s’éternisent, de guerres absurdes, dévastatrices, fatigué de voir le pays du Cèdre sortir d’un drame pour replonger dans une autre tragédie. Le monde n’en peut plus de voir le Liban régulièrement, systématiquement, pris en otage, une fois par les Palestiniens, d’autres fois par la Syrie ou l’Iran par alliés interposés. Le monde n’en peut plus de voir le Liban message, le Liban cité en exemple, succomber sous les coups israéliens à cause d’une guerre qu’il n’a pas voulue, à cause d’initiatives irresponsables dont il s’est démarqué. Le monde, village planétaire, est révulsé, bouleversé, par les images d’horreur, d’épouvante, répercutées en direct par les chaînes de télévision. Mais ce monde n’est pas sans savoir que la volonté libanaise, celle de l’État comme celle du peuple dans son unicité, est hypothéquée, kidnappée, entraînée dans un engrenage mortel qu’elle n’a pas souhaité, qu’elle n’a même pas vu venir. Au-delà du drame, au-delà des massacres, la communauté internationale, confrontée au risque d’une régionalisation, voire d’une mondialisation du conflit, ne peut plus accepter des solutions partielles, un rafistolage porteur des germes de nouveaux périls. C’est la raison pour laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de trancher dans le vif, enclenchant une opération chirurgicale supposée enrayer le mal à sa racine, éradiquer la tumeur une fois pour toutes. Le Liban malade, agonisant, peut-il s’y opposer, peut-il dire non à une initiative censée, dans sa finalité, permettre à la légalité d’asseoir son autorité au Sud et sur toute l’étendue du territoire ? Évidemment que non, mais tout est dans les nuances et dans les détails, ceux-là mêmes figurant dans le plan Siniora en sept points soumis une première fois à la conférence de Rome et, aujourd’hui, au Conseil de sécurité. Il est une réalité libanaise, une « dualité » dont l’ONU doit tenir compte. Il est un contexte au Liban, propre à son essence pluricommunautaire, qui ne peut être occulté dans la prise de décisions internationales. Passer outre à cet aspect socioconfessionnel, c’est ouvrir la voie à d’autres conflits, à des crises internes sans fin et, n’ayons pas peur des mots, au risque de nouvelles guerres civiles. C’est précisément pour éviter ce scénario de catastrophe bis que Fouad Siniora a inclus dans son plan deux points essentiels : l’évacuation de Chebaa par les Israéliens, territoire qui serait placé provisoirement sous juridiction de l’ONU, et envoi de l’armée au Sud qui passerait sous le contrôle de la seule légalité soutenue en cela par une Finul à mandat élargi. Le Hezbollah a donné son accord de principe à ce plan et il ne pourrait qu’y souscrire totalement s’il est retenu au Palais de Verre, ce qui renforcerait du même coup la position du Liban dans les négociations à venir. Mais aujourd’hui, on en est malheureusement bien loin : le fracas des armes continue de se faire entendre et Israël s’obstine dans son offensive, projetant clairement de rétablir jusqu’au Litani son ancienne « zone de sécurité » qui ne serait cédée qu’à une force multinationale. Quant au Hezbollah, il exige le retrait des unités israéliennes avant tout arrêt des hostilités et ne dit toujours pas s’il envisage de remettre ses armes au pouvoir légal une fois la guerre terminée. Un blocage total, une impasse criminelle et des vœux pieux exprimés par une imperturbable Organisation des Nations unies qui attend, de toute évidence, que la situation militaire se décante avant de prendre le taureau par les cornes. Feu vert donc à la machine de guerre et aux engins de mort, feu vert à l’agression et au suicide collectif. Combien de victimes faut-il encore, combien de malheurs faut-il supporter avant que les armes ne se taisent ? Combien de ponts, combien d’édifices doivent-il encore être détruits avant que la raison ne l’emporte, avant que l’Iran ne libère le Liban du piège qui lui a été tendu dans le conflit sur le nucléaire ? Une carte maîtresse à l’ombre de l’ultimatum du Conseil de sécurité qui expire à la fin de ce mois. Quand les arsenaux seront enfin rangés, quand la faucheuse arrêtera son œuvre de mort, le réveil sera dur, bien dur. Que personne ne s’aventure alors, n’ait l’indécence de clamer victoire. De cette horrible tragédie, de cette course effrénée à la mort, au martyre, ne surgira qu’un vaincu : un moribond appelé Liban. Nagib Aoun
L’heure de vérité : plus que jamais le Liban est confronté aux dures réalités des intérêts internationaux, du pragmatisme politique à l’échelle planétaire, un pragmatisme qui ne prend en compte ni les souffrances ponctuelles des peuples ni les soucis propres aux États, liés à des considérations purement internes.
Le monde est fatigué du Liban, fatigué de conflits qui s’éternisent, de guerres absurdes, dévastatrices, fatigué de voir le pays du Cèdre sortir d’un drame pour replonger dans une autre tragédie.
Le monde n’en peut plus de voir le Liban régulièrement, systématiquement, pris en otage, une fois par les Palestiniens, d’autres fois par la Syrie ou l’Iran par alliés interposés.
Le monde n’en peut plus de voir le Liban message, le Liban cité en exemple, succomber sous les coups...