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Actualités - Opinion

Yeux persans

On ne voit/distingue plus très bien de Téhéran : s’approcher plus près du lieu initial, primitif, de la genèse, là où les Iraniens ont joué avec tous les feux, est devenu chose essentielle. Ali Khamenei, encore plus, désormais, seule main de fer incontestée et incontestable en Iran, l’a compris, et a envoyé Manouchehr Mottaki à Beyrouth, commencer à faire, sur le terrain cette fois, ce en quoi le Perse, peut-être plus que le Phénicien ou le Juif, excelle : marchander, vendre le tapis. Le vendre 5 000 – ou 50 000 – dollars alors qu’il n’en vaut que 50 ; le troquer à 5 dollars contre, par exemple, un bijou qui en vaut 20 000 ; le donner gratuitement pour éviter la destruction de l’usine de tissage ou alors, carrément, refuser de le vendre... Dans le règlement de la crise libanaise ; dans l’arrêt de cette indicible danse de mort chorégraphiée, avec toute la barbarie qui restera sans doute à jamais la leur, des généraux-bouchers israéliens pour lesquels, après Cana II, d’aucuns commencent à prier, sur la Bible, sur le Coran, sur la Torah, pour la formation d’un Nuremberg II ; dans l’avènement d’un Proche-Orient nouveau, nécessaire, débarrassé à la fois de l’arrogance assassine des gouvernements israéliens et des je vais utiliser le Liban pour libérer la oumma, et faire le boulot à la place de chaque Arabe et permettre à l’Iran de posséder l’arme nucléaire, tous les chemins mènent, absolument, à... Téhéran. Seulement parce que l’Iran, le si puissant Iran, plus très loin du géant indien par exemple, est le parrain du Hezb, son banquier, son idéologue, son allié, son pourvoyeur en armes en tous genres, de la balle du Kalach au Zelzal ? Seulement parce que l’Iran, depuis la désastreuse, la malheureuse guerre d’Irak, après laquelle le non moins malheureux Colin Powell a vu, pendant des nuits, des hologrammes par dizaines de Dominique de Villepin revenir le hanter, cet Iran est devenu la terreur de l’océan sunnite, de Mascate à Casablanca – à l’exception, peut-être, de la très europhile Ankara ? Seulement parce que l’Iran est l’ennemi juré d’Israël ? Seulement parce que l’Iran, qui vient de se syrianiser joliment avec la résolution 1696, n’a pas hésité une seule seconde, sans le moindre état d’âme pour tous ces combattants du Hezb, Libanais avant toute chose, en train de mourir les uns après les autres, à lier le conflit au Liban et sa crise du nucléaire ? « L’Iran joue un rôle important de stabilisation dans la région », a dit lundi le Dr Douste-Blazy, auquel il faudrait un peu de temps encore pour être rompu aux arcanes de la diplomatie. « L’Iran peut jouer un rôle de stabilisation », a rectifié avec beaucoup de tact, quelques heures après, le Quai d’Orsay. Contre quoi ? Contre quoi Téhéran accepterait de convaincre le Hezbollah de souscrire totalement aux sept points essentiels du non moins essentiel, mais toujours ligoté, Fouad Siniora ? Contre un don de l’Irak ? Contre plus de souplesse de la part de la France ou de l’UE ou, même, des États-Unis, qui savent qu’une solution française ou européenne serait, éventuellement, mille fois mieux accueillie que le plus parfait des plans (virtuels) Rice ? Contre des aides substantielles pour tout ce qui cocnerne le nucléaire civil iranien ? Contre l’abandon des menaces de frappes militaires en Iran même ? Ou bien contre... rien ? Pourquoi la France prend ce pari risqué, mais de plus en plus inévitable selon des analystes parisiens, d’impliquer l’Iran dans les discussions pour mettre fin à la guerre au Liban ? Si tous les chemins mènent, désormais, absolument, à Téhéran, c’est, surtout, pour éviter qu’ils ne mènent à... Damas. Le pourtant très aguerri et très apprécié Miguel Angel Moratinos, qui s’entretiendra dans les quelques heures à venir avec les dirigeants syriens, pourrait avoir fait une faute majeure de jugement, sans doute sous une influence pas très heureuse d’une certaine Condie Rice : le ministre espagnol des AE a un plan : Contain Tehran, engage Damascus (contenir Téhéran, engager Damas). Sauf que la réalité géopolitique et le bon sens, la raison et le cœur, obligent la communauté internationale à faire en sorte d’engager l’Iran, de contenir, pour toujours, la Syrie – cette même Syrie qui a commencé il y a quelques jours, par le truchement de l’insensé mais pas bête Walid Moallem (qui a dû se ronger les ongles jusqu’aux sangs pendant le dîner Douste-Blazy/Mottaki), un grotesque strip-tease à l’intention de la Maison-Blanche. Laquelle serait bien inspirée d’écouter le conseil français : tenter de casser l’alliance entre Damas et Téhéran, entre lesquels, faudrait-il le souligner, ce n’est pas vraiment la lune de miel. « On s’adresse à la puissance dominante dans cette affaire pour que la puissance faible, la Syrie, se rende compte qu’elle risque d’être isolée », dit très justement François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique. Évidemment. Surtout que Damas – et ce brave Moratinos devrait le savoir mieux que d’autres – demandera bien plus en contrepartie d’une désormais bien hypothétique influence sur le Hezb : elle demandera ce à quoi elle a toujours, toujours, tenu presque comme à la prunelle de ses yeux : le Liban. C’est-à-dire qu’elle exigera la résurrection, sous une forme ou une autre, de sa tutelle sur ce même Liban ; elle exigera un pourrissement du tribunal international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et l’arrêt de l’enquête internationale sur tous les autres attentats ; elle exigera beaucoup. À moins que Moratinos ne lui offre que la survie du régime alaouite, et peut-être une plus grande implication en Irak, ce que Téhéran verrait d’un œil pas très bon... Et cela, encore une fois, en n’ayant aucune garantie sur le résultat. CQFD : il faut, cher Miguel Angel Moratinos, contain Damascus. Et engage Tehran, avant que Téhéran ne soit encore plus au centre du jeu ; avant que le jusqu’au-boutisme israélo-US ne rende totalement obsolète l’idée même d’un engagement quelconque. L’éventuelle implication iranienne ne signifierait certes pas pour autant une acceptation sans condition de la part de Hassan Nasrallah. Mais ce que le riche Perse pourrait, en ce cas-là, vouloir, Dieu le voudrait sans doute. En attendant, le Liban, pauvre Liban, reste pris entre le marteau israélien et l’enclume (conjoncturelle) syro-iranienne. Il reste pris, comme l’a dit un jour un œil ultraperçant, « entre Kerbala et Massada ». Ziyad MAKHOUL
On ne voit/distingue plus très bien de Téhéran : s’approcher plus près du lieu initial, primitif, de la genèse, là où les Iraniens ont joué avec tous les feux, est devenu chose essentielle. Ali Khamenei, encore plus, désormais, seule main de fer incontestée et incontestable en Iran, l’a compris, et a envoyé Manouchehr Mottaki à Beyrouth, commencer à faire, sur le terrain cette fois, ce en quoi le Perse, peut-être plus que le Phénicien ou le Juif, excelle : marchander, vendre le tapis. Le vendre 5 000 – ou 50 000 – dollars alors qu’il n’en vaut que 50 ; le troquer à 5 dollars contre, par exemple, un bijou qui en vaut 20 000 ; le donner gratuitement pour éviter la destruction de l’usine de tissage ou alors, carrément, refuser de le vendre...
Dans le règlement de la crise libanaise ; dans l’arrêt de...