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Actualités - Opinion

Érosions

Jeudi encore à Kuala Lumpur où elle participait au Forum asiatique (Asean), elle disait placidement attendre « le bon moment » pour reprendre contact, sur place, avec les Israéliens et les Libanais. Condoleezza Rice n’aura pas eu à attendre trop longtemps. Et si elle revient aujourd’hui même en provenance directe de Malaisie porteuse d’un paquet de propositions, c’est de toute évidence que quelque chose vient soudain de changer : sous la pression des ravages, mais aussi des amères désillusions de la guerre, des signes de souplesse apparaissent pour la première fois, un peu partout. Israël, c’est clair, a déjà dû faire son deuil d’un conflit-éclair se soldant par l’annihilation pure et simple du Hezbollah. Après plus de deux semaines d’intenses matraquages aériens et de durs engagements terrestres, son ambition se limite désormais à affaiblir la Résistance islamique, à l’éloigner de la frontière, à placer ses villes hors de portée des tirs de roquettes et de missiles qui se sont étendus hier même « au-delà de Haïfa », ainsi que l’avait annoncé Hassan Nasrallah. Et à l’aventurisme du Hezbollah dénoncé par des capitales arabes aussi influentes que Ryad, Le Caire et Amman, promet de faire pendant celui d’un état-major israélien visiblement trop sûr de lui-même, peut-être mal informé par ses services de renseignements et qui a vraisemblablement alimenté les faux espoirs du gouvernement Olmert. Affaire à suivre donc, comme au lendemain de chaque expédition militaire en terre libanaise. En laissant toutes ses chances au plan en sept points présenté à la conférence internationale de Rome par le chef du gouvernement Fouad Siniora, le Hezbollah, de son côté, semble avoir pris en compte les attentes unanimes des Libanais en proie à la barbarie israélienne. De là où elle refusait d’envisager autre chose qu’un cessez-le-feu et un échange de prisonniers, la Résistance adhère ainsi au principe d’un retour aux accords d’armistice de 1949, d’une mise sous juridiction de l’ONU du secteur des fermes de Chebaa et d’un déploiement de l’armée régulière au Liban-Sud avec l’assistance d’une force internationale. C’est à une pacification définitive et irréversible de la région frontalière qu’a consenti, jeudi en Conseil des ministres, le Hezbollah : le corollaire en étant l’élimination, à terme, d’un armement devenu alors sans la moindre justification ni le moindre objet. L’Administration US ne semble guère épargnée, elle-même, par les vents de changement. Par sa révoltante complaisance pour Israël, par son refus obstiné d’un cessez-le-feu immédiat, par son mépris de l’hécatombe de civils, de cette situation humanitaire que l’ONU et la Croix-Rouge internationale s’accordent à qualifier d’inacceptable, l’Amérique s’est mise en rupture avec la planète tout entière. Elle a donné du temps, et encore du temps, pour l’exécution du contrat lancé sur le Hezbollah ; or, sa position est devenue intenable, car techniquement aléatoire et moralement indéfendable. Et c’est apparemment pour amener George Bush à mettre un peu d’eau dans son bourbon que le dernier des fidèles, Tony Blair, fortement contesté chez lui, s’est rendu hier à Washington à seule fin d’y discuter du Liban. Le résultat de cette concertation, c’est la perspective d’une résolution onusienne qui serait adoptée dès la semaine prochaine et qui fixerait le cadre d’une solution globale ; c’est aussi une concertation internationale, déjà convoquée pour lundi par Kofi Annan, sur la forme et le mandat de la future force onusienne. Dans leur conférence de presse conjointe, B&B n’ont pas manqué de fustiger le soutien de l’Iran et de la Syrie au Hezbollah, tout en appelant ces deux pays à contribuer à la solution de la crise, comme le réclament les Européens. C’est curieusement le va-t-en- guerre Bush qui agitait la carotte, invitant Téhéran et Damas à devenir des participants actifs à la paix. Le bâton qu’agitait Blair, c’était le risque d’un affrontement croissant, encore que le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, s’est fendu de deux déclarations en quelques heures pour (r)assurer la Syrie qu’elle ne risquait pas d’être attaquée. Otage d’une guerre éminemment régionale se déroulant essentiellement sur son sol, le Liban aura du mal, une fois de plus, à distinguer les pyromanes des pompiers. Il a droit cependant, j’allais oublier, à un bout de carotte américaine : dix millions de dollars en pièces de rechange pour véhicules et en matériel de télécommunication pour aider l’armée à se déployer en force dans le Sud. Dix malheureux millions : 0,33 % de l’aide annuelle accordée à l’agresseur israélien. Issa GORAIEB
Jeudi encore à Kuala Lumpur où elle participait au Forum asiatique (Asean), elle disait placidement attendre « le bon moment » pour reprendre contact, sur place, avec les Israéliens et les Libanais. Condoleezza Rice n’aura pas eu à attendre trop longtemps. Et si elle revient aujourd’hui même en provenance directe de Malaisie porteuse d’un paquet de propositions, c’est de toute évidence que quelque chose vient soudain de changer : sous la pression des ravages, mais aussi des amères désillusions de la guerre, des signes de souplesse apparaissent pour la première fois, un peu partout.
Israël, c’est clair, a déjà dû faire son deuil d’un conflit-éclair se soldant par l’annihilation pure et simple du Hezbollah. Après plus de deux semaines d’intenses matraquages aériens et de durs engagements terrestres, son...