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Actualités - Opinion

Pour que cela ne se répète plus

Peut-on déjà parler de l’après-guerre, envisager l’avenir, jeter un regard serein sur un futur incertain ? Est-il seulement décent de parler de reconstruction alors que la machine de guerre israélienne poursuit son œuvre de sape, broie tout sur son passage, démolit les structures mêmes de l’État fort ? Est-il approprié d’évoquer le Liban de demain alors que celui d’aujourd’hui est défiguré, réduit en lambeaux ? Depuis qu’il existe, le Liban n’a jamais cessé d’être tué, assassiné, dépecé, mais, depuis qu’il existe, le Liban n’a, aussi, jamais cessé de ressusciter, de se réunifier, un incessant pied de nez à ses bourreaux, jamais les mêmes mais toujours aussi féroces. Étrange destin d’un pays éternellement bâtisseur, ivre d’une boulimie de vie mais qui, avec la même fébrilité, crée sans arrêt les conditions de sa propre destruction, de sa propre mort. Aujourd’hui, alors que le Liban se démembre sous les coups israéliens, cette folie suicidaire doit être désamorcée, un terme doit être mis à l’engrenage fatidique. Aujourd’hui, le phénix est fatigué, est à bout de souffle et à moins d’un sursaut, d’une prise de conscience collective, ne renaîtra plus de ses cendres. Ce n’est là ni figure de style ni cliché maintes fois ressassé : depuis deux semaines le pays du Cèdre vit l’horreur au quotidien et rien n’indique que le cauchemar prendra fin de sitôt. Continuer alors à agir et à réagir avec les idées préconçues d’avant la guerre, refuser d’admettre que tout a basculé et qu’une nouvelle structure de raisonnement doit être mise en place, ce serait creuser nos tombes de nos propres mains, plonger dans des drames, des conflits sans fin. Le Liban de demain ne peut être celui d’hier. Trop de victimes sont tombées, trop de dégâts se sont produits, une colère trop longtemps contenue va surgir, s’amplifier, enfler comme une tempête qui se lève. Le Liban de demain sera différent ou ne sera pas, et c’est dès maintenant qu’il doit prendre forme. Kofi Annan, dans sa magistrale intervention devant le Conseil de sécurité des Nations unies, a clairement indiqué la voie à suivre, celle qui passe nécessairement par la légalité libanaise. Tôt ou tard, dans quelques jours, dans quelques semaines, un cessez-le-feu sera proclamé et il ne sera alors plus tolérable que la situation malsaine d’avant la guerre puisse prévaloir de nouveau. Plus jamais la guerre, plus jamais de prétextes à la guerre, plus jamais d’enjeux régionaux à exécuter. Les milliers de victimes, de mutilés, d’handicapés à vie seront en droit de demander des comptes, de réclamer des explications. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Une interrogation, un interrogatoire, un réquisitoire auxquels il serait difficile d’échapper, un questionnement qu’il ne serait plus possible d’éluder. Le Liban de demain ne peut être celui d’hier : plus une décision capitale ne doit être prise hors de la légalité, nulle présence armée hors celle des forces de l’État ne doit être tolérée dans la région frontalière. Qu’on ne s’y méprenne pas : il n’est question là, en aucune façon, de la simple application de la 1559. Il s’agit essentiellement du droit élémentaire de tout État d’exercer son entière souveraineté sur toute l’étendue de son territoire. Est-ce mettre la charrue devant les bœufs alors qu’Israël poursuit son agression meurtrière contre le Liban ? Bien sûr que non : l’urgence est évidente, elle se justifie encore plus par l’irruption d’une véritable bombe à retardement : l’exode de centaines de milliers de réfugiés chiites qui ont tout perdu, maisons, emplois et maigres biens, et qui n’auront, pour une bonne partie d’entre eux, nul endroit où aller lorsque la guerre prendra fin. Une crise sociale en perspective, doublée de frictions intercommunautaires inévitables (nonobstant la solidarité qui se manifeste aujourd’hui avec les déplacés) si la légalité n’a pas les coudées franches pour intervenir, pour étendre son autorité. Laboratoire depuis des décennies de toutes les expérimentations, de tous les plans échafaudés pour la région, le Liban n’en peut plus d’être le cobaye de tous les apprentis sorciers, de tous les aventuriers du monde. Condoleezza Rice, péremptoire, annonce d’ores et déjà la naissance d’un « nouveau Proche-Orient ». C’est d’un « nouveau Liban » qu’il devrait s’agir en toute priorité. Plût à Dieu, une fois la guerre terminée, une fois Israël ramené à la raison, que le parti de Dieu souscrive à la volonté internationale et s’insère dans la structure d’une légalité hors de laquelle il n’y aura point de salut. Nagib AOUN
Peut-on déjà parler de l’après-guerre, envisager l’avenir, jeter un regard serein sur un futur incertain ?
Est-il seulement décent de parler de reconstruction alors que la machine de guerre israélienne poursuit son œuvre de sape, broie tout sur son passage, démolit les structures mêmes de l’État fort ?
Est-il approprié d’évoquer le Liban de demain alors que celui d’aujourd’hui est défiguré, réduit en lambeaux ?
Depuis qu’il existe, le Liban n’a jamais cessé d’être tué, assassiné, dépecé, mais, depuis qu’il existe, le Liban n’a, aussi, jamais cessé de ressusciter, de se réunifier, un incessant pied de nez à ses bourreaux, jamais les mêmes mais toujours aussi féroces.
Étrange destin d’un pays éternellement bâtisseur, ivre d’une boulimie de vie mais qui, avec la même fébrilité,...