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Actualités - Opinion

En Dents De Scie Extinction de voies

Vingt-neuvième semaine de 2006. Les misères de la vie enseignent l’art du silence : pendant tout ce temps, au lieu d’apprendre, les Libanais, superbes, idiots, dialoguaient ; pendant ce temps, en silence, l’un d’eux préparait une ahurissante duperie, le hold-up politique le plus impressionnant, le/la casse du siècle. Et c’est dingue comme le Libanais rêve, aujourd’hui, de silence. Après, quand tout ça sera loin derrière, on devrait, avec, pourquoi pas, des pétrodollars iraniens, ériger des statues, partout, au silence. Vénérer le silence. Pas ce silence fourbe, pendant lequel on fomente, on donne aux généraux-bouchers israéliens de quoi détruire un pays, malgré les mises en garde répétées depuis plus de cinq mois des diplomates européens, allemands surtout. Pas ce silence assourdissant, plus tonitruant que les missiles air-sol largués sur l’espoir, tous les espoirs, par les avions de l’impensable Tsahal, plus tonitruant que ce cri infini d’une mère de Merouahine ; pas ce silence plus tonitruant que les appels à la oumma arabe à se lever, à marcher, sur les notes d’une mortifère valse perse, plus tonitruant que cet insensé cha’ou am abouw, lancé comme un Zelzal à la gueule de ses concitoyens carrément scotchés par autant d’arrogance, d’inconscience. Pas ce silence avec lequel on réduit un être humain sans pour autant réussir à le convertir. Pas ce silence sublime et inutile des larmes d’un Siniora, requin des finances et loup pour l’homme jusqu’à ce jour de février 2005, cette Saint-Valentin thanatos qui l’a transmuté, transfiguré, transformé en cet homme d’État que chacun, ici, à commencer par Rafic Hariri, a voulu être sans vraiment y arriver. Vénérer plutôt le silence qui ressemble à un refus d’appartenir. Un silence comme un avant-goût du bonheur. Comme une urgence de reconstruire. Comme la rédaction muette d’une nouvelle, d’une nécessaire façon, transcommunautaire, transgéographique, libanaise, de résister. Vénérer le silence comme une preuve d’amour, une recherche de destin. Se taire pour écouter davantage, mieux entendre, simplement comprendre ; bref, se taire pour apprendre. Les misères de la vie enseignent l’art du silence : noire, femme, Condoleezza Rice a dû se battre plus que d’autres pour arriver à extirper son (ses) droit(s), à le(s) garder. Ceci est un Proche-Orient différent. C’est un nouveau Proche-Orient. C’est dur. Nous traversons une période très violente. Mademoiselle a parlé. Même résumé à cela, son don (linguistique) au monde est une logorrhée, la nouvelle énigme d’une Sphinxe du troisième millénaire, mystiquement bushienne ; une working girl reine du monde, futée certes, mais à qui manque cruellement cette flamme d’humanité qui a fait que celle qu’elle admire et méprise à la fois, Madeleine Albright, la dépassera très facilement dans l’histoire. Qu’est-ce qu’elle veut dire Condoleezza Rice lorsqu’elle lâche son Proche-Orient nouveau ? Elle pense à quoi, la Dame de Pique de W. ? Désyrianiser, désiraniser la région ? Exorciser la prophétie du jeune mais sans doute intuitif monarque jordanien ? Libaniser – dans le sens de démocratiser ? Irakiser – dans le sens de transhumer ? Fédéraliser ? It’s a new Middle-East : dans ces quelques mots, il y a, peut-être, comme le bâton et la carotte, la blessure et le baume, le poison et l’antidote, l’apocalypse et l’aurore, le paradis et l’enfer, les gratte-ciel Ivana Trump et les ruines. Le Moyen Âge et la Renaissance. Mais, pour l’instant, il y a le néant. Mademoiselle Rice aurait peut-être mieux fait de garder le silence ; attendre l’avènement naturel et spontané de ce Proche-Orient nouveau avant que d’en publier les faire-part et de le présenter au monde. Mais Mademoiselle Rice n’aime pas le (s) silence (s) : dans ses impatiences, dans ses transparences, il peut y avoir comme l’augure, capricieuse, d’une révolution de boudoir que mènent celles qui balancent toute leur (vieille) garde-robe en un seul et ample geste, oubliant que les boutiques de prêt-à-porter et les ateliers de haute couture ont décidé de brûler tous leurs stocks. Il peut y avoir aussi l’annonce – mais comment fait-elle pour être aussi sûre d’elle alors que ni Damas ni Téhéran n’ont été conviés à Rome ? – d’une interminable épopée, Iliade des temps modernes, avec, en fin de parcours, cet ultrahollywoodien happy end. Alors, de cette nudité affolante dans laquelle est en train de se révéler/réveiller, à genoux, ce Proche-Orient nouveau que, pour l’instant, même les scorpions ont envie de quitter, de cette écume silencieuse des après-tsunamis, pourrait ressusciter un pays. Ou en naître plusieurs. Ziyad MAKHOUL
Vingt-neuvième semaine de 2006.
Les misères de la vie enseignent l’art du silence : pendant tout ce temps, au lieu d’apprendre, les Libanais, superbes, idiots, dialoguaient ; pendant ce temps, en silence, l’un d’eux préparait une ahurissante duperie, le hold-up politique le plus impressionnant, le/la casse du siècle. Et c’est dingue comme le Libanais rêve, aujourd’hui, de silence. Après, quand tout ça sera loin derrière, on devrait, avec, pourquoi pas, des pétrodollars iraniens, ériger des statues, partout, au silence. Vénérer le silence.
Pas ce silence fourbe, pendant lequel on fomente, on donne aux généraux-bouchers israéliens de quoi détruire un pays, malgré les mises en garde répétées depuis plus de cinq mois des diplomates européens, allemands surtout. Pas ce silence assourdissant, plus tonitruant...