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Actualités - Opinion

IMPRESSION La vie est belle

Ça n’arrive pas que dans les films. La vie a une fâcheuse tendance à basculer dans le mauvais sens. Ce que nous vivons depuis 10 jours n’a rien d’un cauchemar. C’est notre réalité. Un scientifique célèbre, dont le nom ne me revient pas – et pour cause –, a émis ce terrible postulat : « Ce qui peut tourner mal va mal tourner. » Ce n’était pas une lapalissade. Aujourd’hui, demain, dans cent ans, ce qui peut tourner mal, ce qui est mal situé, mal embouché, mal géré, est promis au cataclysme. Nul besoin de mages pour le prédire. À présent, nous y sommes. La Drôle de Guerre a tourné au tragique. D’autres ont des ouragans, des volcans cracheurs de laves, des tsunamis, des tremblements de terre, des canicules. Nous avons des voisins. Au répertoire des catastrophes, voilà un intrus qui ferait sourire, n’était la preuve quotidienne de son pouvoir de nuisance. Agnès a toujours eu de la chance. Sans le rond, quand elle était engagée pour un ménage, elle sautait sur l’aubaine en rendant mille grâces. Si je n’avais pas la santé !.. disait-elle. Quand une voiture l’a renversée, à l’hôpital on lui a dit : c’est la jambe. Un mois de plâtre. Mais elle raconta : ce n’était que la jambe ! J’en ai de la chance ! Rien qu’un mois et je reprendrai mon travail. Et tout à l’avenant, alors que nous plaignions de tout cœur notre pauvre Agnès, Agnès comptait ses bénédictions, touchait du bois et remerciait la Providence de lui avoir épargné le pire, alors que le pire, à nos yeux, elle y pataugeait jusqu’au cou. Nous voilà devenus des Agnès. Quand on a perdu sa maison, chance d’avoir pu quitter l’enfer. Quand on en est réduit à dormir à la belle étoile, chance d’avoir une place au gazon. Quand on a tout perdu, chance que ce ne soit pas l’honneur (voire). Quand on s’épuise dans les files interminables des évacués, chance d’avoir un passeport étranger. Quand on se rabat sur les villégiatures épargnées, chance d’avoir trois sous devant soi en attendant de voir venir. Quand on a perdu avec l’aéroport, les infrastructures et la prometteuse saison touristique, le fruit de 15 ans d’efforts, chance que ce soient choses que l’argent répare. Merci la Providence, touchons du bois. Avons-nous le choix de l’attitude ? Tant de guerres nous sont déjà passées dessus. Comme d’autres ont des bâtiments antisismiques, nous avons les structures psychiques idoines. Chaque fibre de nos muscles, chaque méandre de notre cerveau, chaque pixel de mémoire de notre peau savent, passées les premières montées d’adrénaline, les premières larmes de désarroi, qu’il est vital de résister. Pour soi et pour les siens. Par hygiène, dans le désordre : ne pas se laisser obséder par les informations télévisées. Ne pas faire de provisions en quantités indécentes. Ouvrir son cœur et sa maison. Inviter des amis avec les moyens du bord. Partager tout ce qui est partageable. Sortir quand sortir est possible. Bouger, même sur place. Fuir les Cassandre et autres cyniques augures : même placés à la droite du Père, ils n’en savent pas plus que d’autres. Ne pas se laisser entraîner dans les discussions pseudopolitiques où les uns brandissent leur carte du nouveau Moyen-Orient, et les autres forment des tribunaux de salon. Ne pas perdre son humour : rester élégant. Sans espoir, sans désespoir, ne pas oublier que le bonheur est possible. Ne pas oublier que la vie est une p… La traiter comme telle. Lui mentir : comme tu es belle. Se croire : la vie est belle tant qu’on l’a. Fifi ABOU DIB
Ça n’arrive pas que dans les films. La vie a une fâcheuse tendance à basculer dans le mauvais sens. Ce que nous vivons depuis 10 jours n’a rien d’un cauchemar. C’est notre réalité. Un scientifique célèbre, dont le nom ne me revient pas – et pour cause –, a émis ce terrible postulat : « Ce qui peut tourner mal va mal tourner. » Ce n’était pas une lapalissade. Aujourd’hui, demain, dans cent ans, ce qui peut tourner mal, ce qui est mal situé, mal embouché, mal géré, est promis au cataclysme. Nul besoin de mages pour le prédire. À présent, nous y sommes. La Drôle de Guerre a tourné au tragique. D’autres ont des ouragans, des volcans cracheurs de laves, des tsunamis, des tremblements de terre, des canicules. Nous avons des voisins. Au répertoire des catastrophes, voilà un intrus qui ferait sourire,...