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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Fautes de guerre

Hier la résistance palestinienne, aujourd’hui une résistance qui, pour être libanaise, ne se réclame pas moins de la révolution islamique iranienne. Et invariablement, aujourd’hui comme hier, le même et brutal médicastre prétendant œuvrer à neutraliser le mal, mais s’acharnant, en réalité, à tuer le malade. Le plus grave cependant, c’est ce vague délai de livraison (quelques jours, quelques semaines ?) gracieusement consenti au boucher israélien par une communauté internationale visiblement guère pressée, cette fois, d’imposer un cessez-le-feu. Comment diable Israël a-t-il fait pour convaincre le monde qu’il était le mieux désigné pour mettre en application la résolution 1559 de l’ONU ? Nous l’y avons tout simplement aidé par une incroyable accumulation d’erreurs, par nos inhibitions, nos contradictions et nos divisions, par notre incapacité de saisir la chance historique d’édifier un Liban nouveau que nous offrait la fin de l’occupation syrienne. Erreur générale, pour commencer, que tout ce temps perdu en vaines discussions, en manœuvres, en finasseries politiciennes, à la recherche de cette formule magique qui eût permis de désarmer le Hezbollah sans le désarmer tout à fait, en le désarmant absolument. Erreur, que l’ambiguïté érigée en règle de gouvernement sous couvert de consensus national, sans souci de la lassitude croissante des puissances ou des énormes périls que recelait l’entrée en éruption du volcan palestinien. Erreur colossale, de même, que cette capture de soldats israéliens à la frontière sud, opérée au lendemain du dévastateur ratissage de Gaza opéré en représailles, précisément, à une opération similaire conduite par le Hamas. Qu’à l’orée d’une saison touristique des plus prometteuses, le Hezbollah ait embarqué le pays tout entier, contre son gré, dans une catastrophique aventure, c’est l’évidence même, hélas. Que cette funeste décision ait obéi à des considérations et des motivations iraniennes, syriennes ou les deux à la fois, la terre entière en est convaincue (et avec elle, n’en doutons pas, l’écrasante majorité des Libanais eux-mêmes). Que ce pays serve de seule victime expiatoire, car ce serait trop pousser les enchères que de s’attaquer aux plus gros poissons, ne rend le fait que plus révoltant encore. Et pourtant, c’est une erreur littéralement planétaire cette fois que commettent les puissances, si elles croient qu’un Liban meilleur peut vraiment être façonné – à coups de massue – par l’État d’Israël, parfaite antithèse, en effet, du cas libanais. « Vingt ans en arrière ! » Dans cette sinistre promesse que nous ont faite, d’emblée, les chefs de guerre israéliens, il y a toute l’exaspération, la hargne, la rage que suscite notre petit pays surmontant l’un après l’autre tous les coups du sort, et obstiné à construire et reconstruire, sans cesse, son modèle. Car ce n’est pas le Hezbollah, mais le Liban tout entier, dans sa population civile comme ses infrastructures vitales, qui est l’objet en ce moment de la furie israélienne, laquelle n’épargne ni les ambulances ni les hôpitaux, pas plus que les usines de produits alimentaires et les convois de vivres. Et c’est le comble de l’absurde que l’on atteint avec le matraquage de cette même armée régulière, dont on attend pourtant qu’elle prenne en charge un jour la région frontalière : force internationale ou non, c’est un outil essentiel de toute stabilité future que l’on est en train de démonter systématiquement. À quelle fin ? L’Administration Bush a fait ses preuves de manière on ne peut plus éloquente, comme on sait, en Irak. Et ses équipées antérieures en terre libanaise ont déjà illustré une méconnaissance des réalités absolument stupéfiante, de la part d’un État aussi bien rodé à la guerre qu’Israël. Ce n’est pas en mettant à l’épreuve le culte du sacrifice inhérent à la communauté chiite que l’on peut, l’espace d’une campagne militaire,dresser celle-ci contre le Hezbollah. Ce n’est pas en faisant de la banlieue sud de Beyrouth un paysage lunaire, un Nasrallahgrad, que l’on vient à bout de la véritable adulation que vouent au chef de la Résistance islamique les foules palestiniennes orphelines de leurs héros historiques. Ce n’est pas en faisant de Fouad Siniora le maire en larmes d’un pays sinistré que l’on soutient dans les faits cette démocratie libanaise qu’évoquait encore hier George Bush, qu’on lui épargne la honte et la calamité de retomber dans les griffes du voisin syrien. Ce n’est pas en le cassant purement et simplement que l’on peut régler la complexe question du Liban. Issa GORAIEB

Hier la résistance palestinienne, aujourd’hui une résistance qui, pour être libanaise, ne se réclame pas moins de la révolution islamique iranienne. Et invariablement, aujourd’hui comme hier, le même et brutal médicastre prétendant œuvrer à neutraliser le mal, mais s’acharnant, en réalité, à tuer le malade. Le plus grave cependant, c’est ce vague délai de livraison (quelques jours, quelques semaines ?) gracieusement consenti au boucher israélien par une communauté internationale visiblement guère pressée, cette fois, d’imposer un cessez-le-feu.
Comment diable Israël a-t-il fait pour convaincre le monde qu’il était le mieux désigné pour mettre en application la résolution 1559 de l’ONU ? Nous l’y avons tout simplement aidé par une incroyable accumulation d’erreurs, par nos inhibitions, nos...