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Rapport captivité-prix

On n’a cessé de le dire et de le répéter depuis que contraintes et intrigues régionales ont conduit à faire du Liban, le plus faible pourtant de tous les pays arabes, la principale base d’opérations de guérilla (sinon la seule) contre l’ennemi israélien ; et les commentaires suscités par les graves développements d’hier à la frontière sud n’ont fait que le confirmer, comme s’il en était encore besoin : il n’est rien de plus contradictoire, de plus rigoureusement incompatible que logique révolutionnaire et logique d’État. Leur imposer la cohabitation, c’est seulement noyer le poisson, c’est se moquer du monde et de soi-même. On l’avait bien vu avec le funeste accord du Caire, qui prétendait codifier la liberté d’action des fedayine palestiniens sur et à partir du territoire libanais. On croyait même avoir tout vu, tout assimilé, tout appris, c’est-à-dire les âpres débats internes sur l’opportunité de la résistance armée, la spirale sans fin des raids et des représailles, les morts et les destructions massives, l’exode des populations martyrisées, pour en venir à cette suprême forme d’impasse existentielle que fut la guerre dite civile. Une terrible constante cependant, tout au long de ce mortel processus : l’effacement graduel puis l’éclatement, l’effondrement de l’État, la ruine générale. Car, à la différence de la guérilla, l’État en déroute n’a guère la ressource de ramasser ses cliques et ses claques pour aller se reconstituer ailleurs : ou bien il se dresse sur place, ou alors il n’est plus. Dans cet absurde tête-à-tête, le pot de terre, c’est inévitablement lui. Les exploits du Hezbollah ne peuvent certes que forcer l’admiration. En matière de motivation et d’esprit de sacrifice, comme d’audace et de technique paramilitaire, ses combattants n’ont pas d’égal. Mais cela ne saurait faire du Hezbollah l’autorité suprême détentrice du droit – et surtout de la capacité, du pouvoir – de décider de la paix ou de la guerre. Guerre, mi-guerre ou non-guerre, c’est en effet l’affaire de tous les Libanais : ceux qui ont bruyamment célébré dans la rue la capture des deux soldats israéliens, mais aussi tous ceux qui, après les premiers bombardements amplement entamés dès hier, s’effarent déjà du prix exorbitant qu’il y aura encore à payer, comme nous le promettent à l’unisson Ehud Olmert, ses ministres et ses généraux. Facture d’autant plus saumâtre et inopportune, en vérité, qu’elle atterrit au seuil d’une saison touristique qui se présentait sous d’assez favorables auspices. De la conférence de presse de Hassan Nasrallah se détachent quelques thèmes forts lesquels, paradoxalement, sont autant de points faibles dans l’argumentaire du Hezbollah destiné aux Libanais. C’est bien en vue d’un échange de prisonniers que les deux militaires israéliens ont été enlevés, a-t-il ainsi indiqué ; et si le Hezbollah qui siège au sein du gouvernement n’en a pas informé ce dernier à l’avance, c’est pour éviter de le mouiller : délicate attention, subtile nuance qui a malencontreusement échappé à ce novice d’Olmert retenant obstinément la responsabilité de Beyrouth. Ce qui dérange le plus cependant dans la prestation de Nasrallah, c’est cette injonction adressée aux citoyens et aux médias afin qu’ils fassent corps avec la Résistance en remettant à plus tard leurs éventuelles réserves ou objections car ils n’auraient fait, autrement, que couvrir la politique agressive de l’ennemi. En somme, la Résistance agit à sa guise ; elle n’attend la bénédiction de personne, elle se positionne ostensiblement, sans trop s’en défendre, dans un vaste projet allant du Hamas palestinien à l’Iran en passant par la Syrie et dans le même temps, elle fait du ralliement inconditionnel de la population une véritable obligation nationale. Y a-t-il donc encore une quelconque logique de la révolution ? Pour une fois en revanche, la logique étatique paraît résolue à reprendre ses droits, ou du moins quelques-uns de ceux-ci : celui, par exemple, brandi par le Conseil des ministres, de décliner toute responsabilité dans une opération explosive qu’il se refuse explicitement à cautionner ; le droit, aussi, de rappeler à l’ordre et même de rappeler tout court un trop hezbozélé ambassadeur du Liban à Washington. Reste évidemment à régler, autrement qu’à la libanaise, la dangereuse fiction d’un Hezbollah assumant des responsabilités ministérielles, mais jaloux au plus haut point de sa liberté d’action. Une réconfortante constatation toutefois, en ces heures particulièrement graves : l’État n’a plus désormais pour seule fonction de rameuter les grandes puissances, afin que soient éteints des brasiers par d’autres allumés. Issa GORAIEB
On n’a cessé de le dire et de le répéter depuis que contraintes et intrigues régionales ont conduit à faire du Liban, le plus faible pourtant de tous les pays arabes, la principale base d’opérations de guérilla (sinon la seule) contre l’ennemi israélien ; et les commentaires suscités par les graves développements d’hier à la frontière sud n’ont fait que le confirmer, comme s’il en était encore besoin : il n’est rien de plus contradictoire, de plus rigoureusement incompatible que logique révolutionnaire et logique d’État. Leur imposer la cohabitation, c’est seulement noyer le poisson, c’est se moquer du monde et de soi-même.
On l’avait bien vu avec le funeste accord du Caire, qui prétendait codifier la liberté d’action des fedayine palestiniens sur et à partir du territoire libanais. On croyait...