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Actualités - Opinion

EN APARTÉ Love me tender

Nous n’irons plus jamais/Où tu m’as dit je t’aime/Nous n’irons plus jamais/Comme les autres années... Sous la douche, en voiture, dans un demi-sommeil, aux fourneaux, au boulot, au tripot, après l’orgasme, en bricolant, avant un penalty, pour bercer l’Alexia qui fait ses dents, pour dompter une peur, exorciser des démons, on entonne, on tonne, on chuchote, on fredonne. On chante. Parfois je voudrais bien/Te dire recommençons/Mais je perds le courage/Sachant que tu vas dire non... On chante. Du guimauve, du mièvre, Candy, Nancy, du kitsch, has-been à donf, une rengaine immarcescible, une somptueuse connerie, un premier french kiss, c’est only you baby ; souvent, ça s’appelle un tube de l’été, c’est beau, n’est-ce pas, l’été ; souvent, cinq, douze, quarante étés plus tard, ça revient, ça reste, refrain-vampire, refrain-victoire, refrain-violence, refrain-marteau-piqueur : Nous n’irons plus jamais/Comme les autres années/Nous n’irons plus jamais/Plus jamais, plus jamais... Capri-c-est-fini : pour la voix flamboyant queen d’Hervé V., vieille marquise poudrée et poète incompris, maudit, antigainsbourgien à mort, faussement mineur, génialement démago. Capri-c-est-fini : parce que plus jamais bresaola, pizza, pasta, tiramisu et limoncello, plus jamais l’Italia de ce rien de Materazzi, mais Naples restera la plus belle ville du monde et Taormina il mio refugio. Capri-c-est-fini : parce que c’était la chanson préférée de la reine Margot. Pas celle qui a fini avec la tête de son amant sur ses genoux, fuyant les bruits et les fureurs de la Saint-Barthélémy et que l’Adjani a su, pour une fois, sublimer devant une caméra. Pas celle qui pleure dans les chaumières. Pas Thatcher. Pas Gauthier. Mais la vraie reine Margot : celle qui, si elle n’avait pas écrit, serait devenue une incurable de l’alcool ; celle qui ne les aimait que bien plus jeunes qu’elle, vigoureux, platoniques ; celle qui a gravé sur 33 tours la Rumba des îles avec la Moreau ; celle qui chantait, entre chaque geste Nous n’irons plus jamais/Où tu m’as dit je t’aime/Nous n’irons plus jamais/Comme les autres années ; la reine Margot, l’unique, Mademoiselle Duras qui a raconté l’histoire de ce p’tit jeune, yeux bleus, cheveux noirs, que son amant a quitté et qui paie une femme pour qu’elle l’écoute pleurer, raconter son amour perdu. Et dire que c’était la ville/De mon premier amour/Je ne crois pas/Que j’y retournerai un jour. Capri-c-est-fini, moderato cantabile, éternel tube de l’été qu’une jeune lolita au rimmel coulé, au ventre noué, sa meilleure amie dans les bras de son monstrueux et trop bel amant, vient demander, en reniflant dans sa vodka-red bull, au DJ nonchalant et puant la frite, les pieds perdus dans le sable d’une plage abandonnée, de la lui jouer à faire péter les baffles. Ziyad MAKHOUL
Nous n’irons plus jamais/Où tu m’as dit je t’aime/Nous n’irons plus jamais/Comme les autres années... Sous la douche, en voiture, dans un demi-sommeil, aux fourneaux, au boulot, au tripot, après l’orgasme, en bricolant, avant un penalty, pour bercer l’Alexia qui fait ses dents, pour dompter une peur, exorciser des démons, on entonne, on tonne, on chuchote, on fredonne. On chante. Parfois je voudrais bien/Te dire recommençons/Mais je perds le courage/Sachant que tu vas dire non... On chante. Du guimauve, du mièvre, Candy, Nancy, du kitsch, has-been à donf, une rengaine immarcescible, une somptueuse connerie, un premier french kiss, c’est only you baby ; souvent, ça s’appelle un tube de l’été, c’est beau, n’est-ce pas, l’été ; souvent, cinq, douze, quarante étés plus tard, ça revient, ça reste,...