Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Cyclothimies

Vingt-septième semaine de 2006. Le Hezbollah est une véritable Castafiore. Pendant les deux ou trois premiers mois du premier gouvernement indépendantiste et souverainiste depuis des décennies, le parti de Dieu, tout excité et tout ému de se retrouver au cœur d’un Exécutif qu’il a toujours sinon méprisé du moins évité comme une peste noire, affichait un comportement exemplaire : de l’aveu d’un ministre de la majorité, ses collègues du Hezb étaient tout entiers disposés à coopérer le plus loin et le plus vite possible pour réformer, assainir, et, même, contribuer à leur manière, sans avoir l’air d’y toucher, à accélérer l’assise des acquis d’un 14 Mars qu’ils ne pouvaient pas accepter, mais qu’ils ne pouvaient ni ignorer ni ne pas comprendre. Et puis le mot d’ordre est tombé : quelque bonne qu’ait été son intention ou aussi retors qu’ont pu être ses calculs ou aussi valeureuse qu’ait été son intention de s’intégrer à fond dans le tissu libanais, et indépendamment de sa puissance intrinsèque, le Hezbollah de Hassan Nasrallah, même s’il l’avait voulu, n’aurait pas pu dire non au catégorique no way de l’axe Téhéran-Damas. Et il n’a pas dit non. Comme par un coup de baguette magique, flanqué d’un document-gag cosigné avec le CPL de Michel Aoun, le Hezb a commencé son travail de sape, du boycottage du Conseil des ministres jusqu’aux manifs bouffonnes du 10 mai, en passant par les innombrables diatribes vitriolées à l’encontre de la majorité en général, du gouvernement en particulier, avec Fouad Siniora, la bête noire de la famille Assad, en cible préférée. Mais l’amour peut être vache. Et qui aime bien châtie bien. Et le cœur a ses raisons que la raison ignore. Etc. Jeudi soir, Éros a frappé : Mohammad Fneich, mais surtout Trad Hamadé, ont hurlé I love you au cabinet Siniora en direct, le plus officiellement du monde et à l’adresse des Libanais, tellement convaincus que cela en devenait émouvant. Incompréhensible, mais émouvant. Réponse en direct de Fouad Siniora : avec le Hezbollah, c’est de l’amour, c’est chaud – c’est bon, aurait même pu ajouter le très malin Premier ministre, qui n’a pas dû rater quelques jours auparavant le même Trad Hamadé annoncer le plus clairement du monde au micro de La Voix du Liban que « le Hezbollah, contrairement à Michel Aoun, ne souhaite pas la chute du gouvernement ». Diva jusqu’au bout des ongles, le Hezb ? Est-ce simplement de la reconnaissance du ventre, le ministre du Travail ayant obtenu gain de cause pour les nominations au sein de la CNSS, de même que son collègue de l’Énergie pour le plan de réforme de l’EDL ? Est-ce une manœuvre pour se disculper à l’avance de toute peau de banane plus ou moins mortelle qui risque de faire s’étaler de tout son long, après l’été assurent plusieurs sources, le gouvernement Siniora ? Est-ce parce que le Hezb sait qu’il va se passer quelque chose, que ce quelque chose ne sera pas bon pour ses alliés régionaux, ou bien pas bon pour la Syrie seulement, qu’il a décidé dès aujourd’hui de préserver ses arrières, d’éviter le point de non-retour ? Est-ce parce que le tribunal à caractère international va voir le jour et que nécessairement justice se fera ? Il n’en reste pas moins que le tonitruant satisfecit décerné jeudi au gouvernement, cette volte-face outrancière posent quelques petites questions. Des détails : quelles répercussions sur la prochaine séance de dialogue, sachant que Nabih Berry a prédit du concret ? Quelles répercussions sur les relations Hezb-CPL, quel devenir pour leur tactique commune ? Quelles conséquences, surtout, pour les relations Hezb-Damas, sachant, jusqu’à nouvel ordre, que le parti de Dieu ne fait rien sans au moins se concerter avec les Assad ? Tout lunatique et tout capricieux qu’il soit, le Hezb ne fait jamais rien qui ne serve pas, au premier comme au vingtième degré, ses intérêts. Le tout est de savoir où se situent, désormais, ces intérêts-là ; le tout est de savoir aussi jusqu’où un deal peut aller : pour qu’elle arrive à l’heure aux tournages et qu’elle évite de saouler toute l’équipe, on donnait à Marlène Dietrich la plus belle caravane, en mettant à sa disposition une armada d’assistants dévoués à ses moindres désirs. On n’a rien sans rien. Et c’est valable aussi pour les divas. Même celles à jamais dépourvues de glamour. Ziyad MAKHOUL

Vingt-septième semaine de 2006.
Le Hezbollah est une véritable Castafiore.
Pendant les deux ou trois premiers mois du premier gouvernement indépendantiste et souverainiste depuis des décennies, le parti de Dieu, tout excité et tout ému de se retrouver au cœur d’un Exécutif qu’il a toujours sinon méprisé du moins évité comme une peste noire, affichait un comportement exemplaire : de l’aveu d’un ministre de la majorité, ses collègues du Hezb étaient tout entiers disposés à coopérer le plus loin et le plus vite possible pour réformer, assainir, et, même, contribuer à leur manière, sans avoir l’air d’y toucher, à accélérer l’assise des acquis d’un 14 Mars qu’ils ne pouvaient pas accepter, mais qu’ils ne pouvaient ni ignorer ni ne pas comprendre.
Et puis le mot d’ordre est tombé : quelque...