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Actualités - Opinion

IMPRESSION Summertime

C’est l’été, et la vie coule doucement. Les poissons font des bonds et le coton est haut. Ton papa est riche, ta maman est belle, alors, chut, petit bébé, ne pleure pas… Summertime, trois syllabes, comme un fil de soie qui déchire la nuit. Quel est le secret de cette berceuse composée en 1935 par George Gershwin pour son opéra Porgy and Bess, devenue depuis un standard du jazz ? Magie des berceuses. Chacun croit y entendre sa propre mère. Qu’importent les paroles. La chanson de Gershwin, écrite par sa femme, raconte au bébé de Clara la vie au-dehors. Les bébés ignorent ce qui se passe au-delà de leur berceau. C’est peut-être pour cela qu’ils pleurent. Il n’est pas forcément réconfortant d’apprendre que c’est l’été, que les poissons se jettent à l’air tant l’eau est chaude, que bientôt les cotonniers reprendront le chemin du labeur. Et ça ne doit pas beaucoup changer la vie de savoir que sa maman est belle et que son papa est riche – aux yeux des enfants, ils le sont en tout cas – mais comme il est bon de l’entendre ! Yalla tnam, Rima tnam, chante Feyrouz. Elle promet à Rima de lui égorger un pigeon, pourvu qu’elle s’endorme. Même pour rire, qui songerait endormir un enfant avec un tel gage ? Voilà pourtant une rhapsodie transmise de mère en mère depuis le fond des âges, par les mères de chez nous. Elle nous vient des temps très anciens et très frustes où l’amour sacrifiait une âme pour qu’une autre âme vive. Que perle donc le sang du pigeon, et que se ferment les paupières du tout petit. La rue est bloquée par la bétonneuse. Les klaxons retentissent, les conducteurs vocifèrent, la grue grince, les scies électriques agacent les dents, le cœur fait des bonds, le soleil est bas et les tours sont hautes. L’air est lourd, la poussière est gluante, et les gens fatigués, si fatigués…Tu dors dans le ronflement de la climatisation. Quel cauchemar métallique vient-il crisper tes petits doigts ? quel monstre broyeur de terre, quelle mante dévoreuse d’acier peuplent-ils ton repos ? Summertime… Je n’égorgerai personne, je ne te chanterai pas la berceuse des cotonniers. La vieille maison de pierre se replie sur son ombre et le jasmin sème ses fleurs au pied du muret. Dans la courette que rafraîchit un bassin, des chats ronronnent, repus. Hush little baby, don’t you cry. Il est temps que je t’emmène là-bas. Fifi ABOU DIB
C’est l’été, et la vie coule doucement. Les poissons font des bonds et le coton est haut. Ton papa est riche, ta maman est belle, alors, chut, petit bébé, ne pleure pas… Summertime, trois syllabes, comme un fil de soie qui déchire la nuit. Quel est le secret de cette berceuse composée en 1935 par George Gershwin pour son opéra Porgy and Bess, devenue depuis un standard du jazz ? Magie des berceuses. Chacun croit y entendre sa propre mère. Qu’importent les paroles. La chanson de Gershwin, écrite par sa femme, raconte au bébé de Clara la vie au-dehors. Les bébés ignorent ce qui se passe au-delà de leur berceau. C’est peut-être pour cela qu’ils pleurent. Il n’est pas forcément réconfortant d’apprendre que c’est l’été, que les poissons se jettent à l’air tant l’eau est chaude, que bientôt les...