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La seconde mort de Gebran Tuéni

Gebran Tuéni a été enterré deux fois : la première fois le 12 décembre 2005 après l’attentat qui lui a coûté la vie ainsi qu’à ses deux compagnons, André Mrad et Nicolas Flouti ; la seconde fois le 30 juin 2006, après la terrible découverte des restes de sa dépouille et de celle de son compagnon André. Cette découverte macabre témoigne de l’inertie du gouvernement libanais et des enquêteurs face à tous les assassinats qui ont secoué le pays depuis deux ans. Mourir déchiqueté, mourir brûlé, perdre ses membres, retrouver des restes de la dépouille de son père n’est pas normal. Ne pas mettre tout en œuvre pour démasquer et retrouver les criminels n’est pas normal. Est-ce là le Liban démocratique dont Gebran a rêvé ? Tout cela se passe dans un pays qui fut le premier dans la région à se dire démocrate. Un pays où le premier des droits les plus sacrés, le droit à la vie, n’est plus protégé. Où même le droit de mourir dignement est dénié. Et dire que c’est ce Liban pour lequel Gebran s’est battu, pour lequel il a tout donné, jusqu’à sa vie, lui qui défendait avec acharnement tous ceux dont les droits étaient bafoués. Gebran, qui a livré un combat de tous les instants contre toutes les entorses à la justice, lui-même, aujourd’hui, victime de l’injustice. Je demeure sans voix devant cette absence de tout sens des responsabilités dans les investigations qui auraient dû être entreprises sur-le-champ. Le ministre de l’Intérieur, interrogé à la suite d’une interview télévisée, sur la découverte des restes des deux victimes, a nié être au courant. En fait, la responsabilité n’est pas celle du seul ministre de l’Intérieur. Elle est collective. Dans un pays digne de ce nom, de telles aberrations appellent à des prises de position, entraînent des démissions, à tout le moins des explications aux familles des victimes. Je n’en demande pas tant d’un pays qui connaît une multitude de problèmes ; mais la moindre des choses consiste à respecter notre deuil. Gebran, ne crains rien : je suis certaine qu’ils sont nombreux ceux qui ont repris le flambeau brandi par toi. En fait, tous les jeunes qui ont cru en toi vont poursuivre la lutte pour un Liban libre, démocratique. S’il y en a qui t’ont oublié, par intérêt personnel, console-toi à l’idée que la nouvelle génération assurera la relève. Cela fait sept mois que nous te pleurons. J’espère que là où tu te trouves, tu ne pleures pas, toi, en regardant ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir, qui n’ont même pas respecté ton combat. Tous ceux-là qui ont opté soudain pour le silence, qui ne sont pas à la hauteur des responsabilités censées être les leurs. Laisse-moi te le dire, une fois encore : Gebran, tu nous manques, car personne ne saura, sans crainte, dire la vérité comme tu as si bien su le faire. C’est pour cela aussi que tu es irremplaçable. Michelle TUÉNI
Gebran Tuéni a été enterré deux fois : la première fois le 12 décembre 2005 après l’attentat qui lui a coûté la vie ainsi qu’à ses deux compagnons, André Mrad et Nicolas Flouti ; la seconde fois le 30 juin 2006, après la terrible découverte des restes de sa dépouille et de celle de son compagnon André. Cette découverte macabre témoigne de l’inertie du gouvernement libanais et des enquêteurs face à tous les assassinats qui ont secoué le pays depuis deux ans. Mourir déchiqueté, mourir brûlé, perdre ses membres, retrouver des restes de la dépouille de son père n’est pas normal. Ne pas mettre tout en œuvre pour démasquer et retrouver les criminels n’est pas normal. Est-ce là le Liban démocratique dont Gebran a rêvé ? Tout cela se passe dans un pays qui fut le premier dans la région à se dire...