Sa sœur l’appelait Rudik. Elle était folle de lui, la matriochka, même s’il lui faisait tellement honte lorsqu’il allait, avec Warhol, s’embourber dans le stupre infini des nuits new-yorkaises. Elle était folle et fière de lui : Maman m’a tricoté une écharpe avec la laine récupérée sur un vieux chandail de Rudik, elle racontait. Tamara était fruste, un peu ; primitive, elle ressentait pourtant comme un coup de poing dans son battoun chacun des gestes rêvés du frère adoré. Quand Rudik dansait, Tamara laissait couler ses larmes, sans les essuyer, sans renifler. Chez les Noureïev, on a l’émotion généreuse. Sur scène, sous les projecteurs (comme, plus tard, sur les pelouses en plein air), elle ne voit pas les ballets, elle se fout un peu de ces corps qui sans arrêt se cherchent, se collent, se repoussent,...
Actualités - Opinion
EN APARTÉ L’ange, parle-moi
le 05 juillet 2006 à 00h00
Sa sœur l’appelait Rudik. Elle était folle de lui, la matriochka, même s’il lui faisait tellement honte lorsqu’il allait, avec Warhol, s’embourber dans le stupre infini des nuits new-yorkaises. Elle était folle et fière de lui : Maman m’a tricoté une écharpe avec la laine récupérée sur un vieux chandail de Rudik, elle racontait. Tamara était fruste, un peu ; primitive, elle ressentait pourtant comme un coup de poing dans son battoun chacun des gestes rêvés du frère adoré. Quand Rudik dansait, Tamara laissait couler ses larmes, sans les essuyer, sans renifler. Chez les Noureïev, on a l’émotion généreuse. Sur scène, sous les projecteurs (comme, plus tard, sur les pelouses en plein air), elle ne voit pas les ballets, elle se fout un peu de ces corps qui sans arrêt se cherchent, se collent, se repoussent,...


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