Depuis la prorogation forcée du mandat du président Émile Lahoud, en défi et en dépit de la communauté internationale, les forces du 14 Mars se sont montrées incapables de compléter le changement et de faire élire un nouveau président de la République. Le pays se retrouve dans une situation aberrante d’un partage du pouvoir entre les indépendantistes et les résidus de la tutelle syrienne. Les rapports de force s’annulent, les décisions sont gelées, les institutions paralysées, les projets nécessaires au redressement économique bloqués. Chacun mise sur de nouvelles donnes régionales ou internationales pouvant l’avantager. En attendant, le pays souffre. Comment en sortir ?
Faut-il attendre la fin du mandat prorogé ? Et, même alors, la présidentielle ne risque-t-elle pas d’être empêchée par défaut de quorum que provoquerait l’axe Hezbollah-Amal-Aoun ? Certains assurent que le Hezb poserait comme condition de participation l’application de l’article 95 de la Constitution. C’est-à-dire, tout simplement, que la Chambre aurait à prendre les mesures requises pour l’abolition du confessionnalisme politique ! Par étapes et en commençant par la formation d’une instance nationale dirigée par le chef de l’État et comprenant, outre les autres présidents, des sommités diverses. Cette abolition signifierait que les candidatures aux trois présidences pourraient désormais être présentées indépendamment de l’appartenance communautaire.
D’autres se focalisent sur le cas du président Nabih Berry. Solidaire jusqu’à présent du Hezbollah dans l’exigence d’un accord préalable sur le successeur, il pourrait, selon eux, être amené à changer de position. Car de par ses fonctions, il se trouverait contraint d’appliquer l’article 73 de la Constitution, qui prévoit qu’un mois au moins et deux mois au plus avant la fin du mandat présidentiel, la Chambre se réunit en collège électoral sur convocation de son président. S’il s’en abstient, la séance a lieu d’office dix jours avant la fin du mandat. Pour ces sources, le président Berry ne peut, logiquement, ni faire montre qu’il ne remplit pas normalement son rôle ni même s’absenter, avec son bloc, d’une séance aussi capitale, qui doit en tout cas être organisée, avec ou sans son assentiment.
Mais, dans tous les cas, le problème du quorum aux deux tiers reste entièrement posé. Comme le rappellent d’ailleurs Hassan Nasrallah et Michel Aoun. Certains suggèrent que l’on amende, ou que l’on éclaircisse à la Chambre, l’article 49 de la Constitution. De manière qu’au second tour, l’élection se fasse à la majorité absolue, c’est-à-dire la moitié plus un. Mais cela résout d’autant moins la question du quorum initial aux deux tiers, que ce même taux élevé est requis pour l’amendement constitutionnel envisagé !
Pour d’autres, le réalisme implique que les deux camps en présence, réalisant l’importance de la responsabilité nationale, remettent sérieusement sur le tapis, autour de la table de dialogue, le problème de la crise de pouvoir. Avant l’échéance fatidique, pour s’entendre sur le successeur. En base d’une liste de présélectionnés. Mais, évidemment, cette proposition n’est finalement qu’une vue de l’esprit. Car les motivations des parties tiennent autant à des considérations extérieures qu’à des ambitions locales, ou même personnelles, déterminées.
Émile KHOURY
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Faut-il attendre la fin du mandat prorogé ? Et, même alors, la présidentielle ne risque-t-elle pas d’être empêchée par défaut de...