C’est dans un contexte particulier que la conférence nationale de dialogue reprend ses travaux demain, place de l’Étoile, pour poursuivre le débat sur la stratégie nationale de défense et le sort de l’arsenal du Hezbollah.
Les dernières déclarations des responsables syriens prouvent en effet ce que tout le monde sait désormais, que ce soit par déduction ou par intuition : en l’occurrence que la Syrie est désormais à l’aise sur le plan international. Damas cherche en effet à gagner du temps maintenant que la pression exercée sur lui a relativement baissé, en attendant les résultats des tractations entre les États-Unis et l’Iran. D’autre part, les autorités syriennes ont prouvé à la communauté internationale qu’elles pouvaient être efficaces sur certains dossiers, comme l’Irak, la question palestinienne ou le Liban. Sans oublier le sentiment de relaxation syrienne par rapport à l’action de Serge Brammertz, sentiment qui était loin d’exister à l’époque de Detlev Mehlis. Par conséquent, Damas ne se sent guère obligé – et c’est là un doux euphémisme – d’œuvrer en faveur d’une réconciliation syro-
libanaise, ce qui représenterait d’ailleurs pour lui une forme comme une autre de concessions. Pourquoi d’ailleurs la direction syrienne se laisserait-elle aller à faire des concessions, puisque le débat syrien existe au cœur même de la société politique libanaise, et tout particulièrement à la table même de dialogue ? N’est-il pas plus facile, et ô combien plus plaisant, de rester à distance et de contempler les leaders libanais s’entredéchirer, voire même de jouer sur leurs contradictions ? – et l’on sait combien la Syrie excelle à ce jeu machiavélique.
Cela expliquerait d’ailleurs que Damas veuille absolument lier la réconciliation libano-
syrienne à la fin du dialogue interlibanais, en prétextant qu’il faut un Liban uni et harmonieux pour pouvoir mener la réconciliation, et que si la normalisation n’a pas lieu, c’est bien aux Libanais désunis qu’il faut jeter la pierre. En ce sens, la visite du Premier ministre Fouad Siniora est source de grande gêne pour le directoire syrien, d’où la volonté syrienne de retarder autant que possible cette échéance en faisant assumer au chef du gouvernement libanais la responsabilité de ce non-événement.
Mais qu’en est-il de la séance de demain sur la stratégie de défense ? Selon des sources bien informées, les parties au dialogue auraient préparé des études globales sur la question en se référant à des officiers à la retraite. Des sources au sein du Bloc du changement et de la réforme précisent que le chef du Courant patriotique libre assistera bel et bien à la séance de dialogue, malgré ses positions sur une possible abstention au cours des derniers jours. Des sources au sein du Hezbollah affirment d’ailleurs que la position du général Michel Aoun était mue par une volonté de redynamiser le dialogue et de mettre ses décisions à exécution.
Selon certaines sources ministérielles, la séance de demain ne sera pas la dernière, et le dialogue se poursuivra sans vacances d’été. De part et d’autre, l’on est conscient du danger de maintenir la question de l’arsenal du Hezbollah en suspens, ce qui pourrait donner lieu à une nouvelle crise politique.
Ce qui est sûr, c’est que la Syrie, à travers les dernières positions syriennes, notamment celles du président Bachar el-Assad, s’est invitée elle-même à – ou plutôt sur – la table de dialogue. Il n’y a en effet aucun doute que les provocations syriennes seront à l’ordre du jour, puisqu’elles prouvent, pour les pôles de la majorité, les intentions réelles de Damas et la volonté de la direction syrienne de continuer à traiter le Liban avec mépris et condescendance. Ce que le Liban rejette plus que jamais, en faisant valoir que les relations interétatiques, qui plus est entre des États voisins liés par des intérêts vitaux, sont nécessairement fondées sur des bases de respect mutuel et d’égalité – ou ne sont pas.
Philippe ABI-AKL
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Les dernières déclarations des responsables syriens prouvent en effet ce que tout le monde sait désormais, que ce soit par déduction ou par intuition : en l’occurrence que la Syrie est désormais à l’aise sur le plan international. Damas cherche en effet à gagner du temps maintenant que la pression exercée sur lui a relativement baissé, en attendant les résultats des tractations entre les États-Unis et l’Iran. D’autre part, les autorités syriennes ont prouvé à la communauté internationale qu’elles pouvaient être efficaces sur certains dossiers, comme l’Irak, la question...