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Actualités - Opinion

Neurologie

On ne mélange pas, c’est vrai, torchons et serviettes. Et c’est enfoncer des portes ouvertes que de songer à établir un quelconque parallèle entre systèmes aussi dissemblables que les démocraties et les dictatures. Mais parce qu’il s’agit là du Liban – et plus particulièrement de la presse libanaise –, on ne peut s’empêcher de relever – et de bénir ! – le hasard qui a voulu qu’Américains et Syriens choisissent le même moment pour nous livrer leurs vues sur la question. À Beyrouth s’est tenu, mercredi et jeudi, un congrès de soutien à l’indépendance des médias, organisé par l’ambassade des États-Unis. Indépendance est un mot qui, pour tous les Libanais, a pris ces derniers mois du volume, de la consistance, du poids. Et pour les organes de presse, c’est au niveau du financement que commence l’indépendance : celle-là même dont est en mesure de se prévaloir – ou non – toute rédaction face aux pressions ou interférences conjuguées des politiques, des publicitaires et des groupes d’intérêts. Cette règle d’autofinancement et donc d’indépendance effective, cette somme de sacrifices conjointement consentis par les journalistes et les actionnaires ont toujours été la marque de ce journal et nous en tirons, ici, une légitime fierté. Nombre de modèles en matière de robustesse économique et autres success stories ont été évoqués lors de ce congrès. Il va de soi cependant que l’argent, ce fameux nerf de la guerre, n’entre pas seul en jeu. Car les médias sont le reflet fidèle – et parfois même le moteur – du grand débat national sur le Liban nouveau. Dès lors, c’est du nerf qui est requis aussi. Du nerf et des nerfs face à l’intimidation et à la terreur, et cela à la lumière des criminels attentats qui, l’an dernier, ont coûté la vie aux regrettés Gebran Tuéni et Samir Kassir. On est évidemment libre d’apprécier ou non les prestations régionales et libanaises de l’Administration Bush ; on peut croire ou non à la sincérité et à la bonne foi de Washington, quand il exclut tout marché avec la Syrie ou l’Iran aux dépens du Liban. Il faut savoir gré néanmoins à l’ambassadeur Feltman d’avoir soulevé avec force, devant les congressistes, ce grave et insidieux problème de la peur qu’affronte, dans l’honneur, la presse libanaise. D’avoir réaffirmé, de même, la volonté de son pays de défendre la liberté d’expression au Liban et d’œuvrer au châtiment des criminels. D’avoir tenu à préciser, enfin, qu’il n’entendait nullement par médias indépendants des médias rangés sous la bannière de l’Oncle Sam. Au Caire, où Bachar el-Assad s’entretenait jeudi avec Hosni Moubarak, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem a expliqué avec patience et bonhomie aux journalistes, comme il l’eût fait à des enfants totalement profanes en la matière, pourquoi le moment n’était pas opportun à un échange d’ambassades entre son pays et le Liban. Cela ne servirait à rien, a-t-il ainsi soutenu, car de telles relations seraient rompues si l’atmosphère était mauvaise, comme elle l’est présentement. Élémentaire, mes petits. Et pourquoi est-elle mauvaise, l’atmosphère ? À cause des campagnes médiatiques injustes menées contre la Syrie. À ces allégations, Fouad Siniora a répondu hier ; mais seulement en partie, car à l’outrance, le gouvernement a choisi d’opposer la modération et l’ouverture. Bien que rigoureusement logique, l’exposé du Premier ministre sur cette nécessité naturelle, évidente pour tous les États de délimiter leurs frontières et d’échanger des représentations diplomatiques, était finalement superflu. Si la Syrie, en effet, se dérobe à une si lumineuse nécessité, ce n’est guère parce que ses dirigeants attendaient d’être initiés au b.a.-ba des relations internationales. C’est seulement parce qu’une aussi élémentaire démarche impliquerait une reconnaissance formelle, définitive, irrévocable de l’existence d’un Liban pleinement indépendant. Et surtout d’une société libanaise libre de ses opinions, d’une presse libre comme on n’en voit pas à des milliers de kilomètres alentour, et surtout pas en Syrie. Sur ce terrain précis Siniora aura beau parler, il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le nerf – auditif, en l’occurrence – n’y est strictement pour rien. Issa GORAIEB
On ne mélange pas, c’est vrai, torchons et serviettes. Et c’est enfoncer des portes ouvertes que de songer à établir un quelconque parallèle entre systèmes aussi dissemblables que les démocraties et les dictatures. Mais parce qu’il s’agit là du Liban – et plus particulièrement de la presse libanaise –, on ne peut s’empêcher de relever – et de bénir ! – le hasard qui a voulu qu’Américains et Syriens choisissent le même moment pour nous livrer leurs vues sur la question.
À Beyrouth s’est tenu, mercredi et jeudi, un congrès de soutien à l’indépendance des médias, organisé par l’ambassade des États-Unis. Indépendance est un mot qui, pour tous les Libanais, a pris ces derniers mois du volume, de la consistance, du poids. Et pour les organes de presse, c’est au niveau du financement que commence...