« La liberté se perd quand on ne la pratique pas. »
Ghassan Salamé
Vingt-cinquième semaine de 2006.
Ce qui distingue un (Libanais) prosyrien des autres ? Un égocentrisme stupéfiant certes, une propension génétique à la mauvaise foi, bien entendu, mais aussi, surtout, cette capacité, cette célérité rapace à profiter de n’importe quoi pour essayer de se remettre en selle, se revitaminiser, se refaire une virginité. Il se jette tête la première, le prosyrien, toutes dents dehors et toutes vertus hurlantes, sur l’aubaine, il joue les duchesses offensées comme personne ; le zèle de ce prosyrien centuple lorsqu’il arrive à prendre pour cible ceux qui ont contribué, un peu ou beaucoup, à son malheur, son rachitisme, sa nudité, en permettant au Liban de se débarrasser de l’occupation syrienne.
Pourquoi les Libanais aiment la France – pas la Chiraquie, la France ? Parce qu’il y a des nuits Saint-Georges, la Deneuve, le cassoulet, Patrice Chéreau, les rues de Paris, Zidane, Cannes, les phrases de Rabelais et de Céline, les conférences des pays donateurs, Alceste et Phèdre, une histoire franco-libanaise qui ne bégayera jamais, et la bouche de Fanny Ardant ? C’est secondaire. Les Libanais aiment la France surtout parce qu’elle les a accompagnés en leur tenant la main pratiquement à chaque fois qu’ils ont eu à, ou dû, accoucher, (se) délivrer, donner naissance à leurs droits ; ils l’aiment parce qu’elle ne les a pas lâchés d’une semelle depuis le 14 mars 06. Bien sûr, ils eurent tant de fois cette envie de hurler aux six coins de l’Hexagone : Fais-en plus, fais-en plus, tu peux faire plus, oublie pour un temps tes intérêts commerciaux, économiques, culturels en Syrie, fais-en plus ; ils continuent de le faire. Mais quoi qu’il en soit, personne ne peut ou ne veut se leurrer : si la Syrie s’est retirée du Liban, c’est, entre mille autres raisons certes, grâce à la pugnacité, la férocité, la constance et l’intraitabilité de la France à aider les Libanais à arracher, préserver puis investir sur l’indépendance et la souveraineté de leur pays.
Pas les Libanais, Hariri et les sunnites. Cette phrase qu’un certain Émile Lahoud n’a eu aucun scrupule à faire sienne est un Everest de perversité, une tromperie phénoménale, surtout que d’aucuns, oublieux de toute gratitude, confortent chez les communautés non sunnites en général, maronite en particulier, le trouble et troublant sentiment d’être les vilains petits canards que maman cygne se sent obligée de nourrir et de protéger. Certes, l’amitié fondamentale entre les Chirac et les Hariri a de quoi générer quelques questions, quelques grincements de dents, surtout que la France du seigneur corrézien, pleine, à juste titre de sa bonne conscience, n’accorde pas beaucoup d’importance, presque pas d’ailleurs – c’est dommage et cela pourrait être dommageable – à la psychologie.
La preuve : aussi cohérente soit-elle, la décision collective de l’Organisation internationale de la francophonie, transmise par la voie roumaine, de ne pas inviter Émile Lahoud au sommet de Bucarest manque pas mal de... psychologie. Qu’est-ce qui prime : l’impopularité absolue d’un président ou le sentiment d’appartenance communautaire ? La Franc(ophoni)e aurait pu faire d’une pierre trois coups : éviter de froisser le protocole libanais, éviter aux prosyriens de se jeter sur l’occasion comme la misère sur le peuple, et inviter Émile Lahoud à Bucarest, où dans tous les cas, s’il avait condescendu à y aller, il se serait tourné les pouces pendant que les autres chefs d’État et membres de délégations se seraient rencontrés et auraient travaillé.
Ce qui rassure : la psychologie s’apprend ; le reste, tout le reste, aurait été impossible à maîtriser. Le reste, à commencer par la fraternité et la solidarité, la France l’a assimilé sur le bout des doigts. Elle est aidée en cela par la sagesse d’un homme : Nasrallah Sfeir. Toujours reçu en chef d’État à l’Élysée.
Ziyad MAKHOUL
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Ghassan Salamé
Vingt-cinquième semaine de 2006.
Ce qui distingue un (Libanais) prosyrien des autres ? Un égocentrisme stupéfiant certes, une propension génétique à la mauvaise foi, bien entendu, mais aussi, surtout, cette capacité, cette célérité rapace à profiter de n’importe quoi pour essayer de se remettre en selle, se revitaminiser, se refaire une virginité. Il se jette tête la première, le prosyrien, toutes dents dehors et toutes vertus hurlantes, sur l’aubaine, il joue les duchesses offensées comme personne ; le zèle de ce prosyrien centuple lorsqu’il arrive à prendre pour cible ceux qui ont contribué, un peu ou beaucoup, à son malheur, son rachitisme, sa nudité, en permettant au Liban de se débarrasser de l’occupation syrienne.
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