En avril 2006, lorsque Abou Moussab al-Zarqaoui, (photo) leader d’el-Qaëda en Irak, apparaît pour la première fois dans une vidéo sur Internet, il « jure par Dieu que l’Amérique sera vaincue en Irak ». « Nous la chasserons du pays des Rafidaïn (Irak), vaincue et humiliée », lance alors l’homme au visage rond, à la barbe noire et coiffé d’un foulard noir. Des déclarations, suivies d’actions, qui lui vaudront de voir sa tête mise à prix pour 25 millions de dollars, comme Oussama Ben Laden.
Né d’une famille pauvre, mais appartenant à la puissante tribu des Bani Hassan, Zarqaoui a trois frères et sept sœurs. Son père, décédé en 1994, était respecté à Zarqa, faubourg populaire de Amman. Sa mère, Oum Sayel, morte le 29 février 2004, le décrivait comme « tendre » et « sentimental ». Mais elle reconnaissait qu’il avait un tempérament irascible.
Dans leur modeste maison de béton du quartier Maassoum, ses sœurs ont toujours fui les journalistes. Elles disent qu’elles n’ont pas de contacts avec leur frère et qu’elles le « respectent énormément ». Jeudi, à l’annonce de sa mort, la sœur préférée d’Abou Moussab al-Zarqaoui, en pleurs, a dit « souhaiter que Dieu donne aux moujahidine quelqu’un d’encore meilleur que lui ».
Fadel Nazzal al-Khalayleh est devenu Abou Moussab al-Zarqaoui en 1991 lorsqu’il a rejoint un groupe salafiste extrémiste, « al-Tawhid wal-Hejra-al Mouwahidine » (les unificateurs). Après une période de délinquance, Zarqaoui a été séduit par les préceptes du fondateur du groupe, Abou Mohammad al-Makdessi, qu’il a rencontré au Pakistan, où il a travaillé notamment comme journaliste de 1988 à 1992.
Ce n’est qu’en 2000 qu’il a rencontré Oussama Ben Laden.
Zarqaoui, qui dirigeait l’Organisation el-Qaëda du jihad dans le pays du Rafidaïn (Mésopotamie), responsable d’assassinats et de décapitations de dizaines de personnes en Irak, n’a jamais aimé les études.
À 17 ans, il se fait tatouer une ancre sur un bras, car la mer le faisait rêver. Mais dès qu’il s’est intéressé à la religion, il a brûlé sa peau pour la faire disparaître, considérant ce tatouage comme impie, a raconté à l’AFP Bassel Ichak Abou Sabha, médecin de la prison de Jafer où était détenu Zarqaoui jusqu’en mai 1999, date à laquelle il a bénéficié d’une amnistie générale. Le Dr Abou Sabha se souvient que Zarqaoui, condamné en 1994 à 15 ans de prison, était décrit comme « très dangereux ». « Les prisonniers le craignaient. Il imposait la discipline d’un simple regard. » Illustration de ce charisme : un jour où le médecin annonçait à un détenu qu’il devait être transféré dans un hôpital, ce dernier lui a répondu : « Je dois demander la permission de l’émir Abou Moussab. »
En prison, « il a porté une fois à bout de bras et donné le bain » à un prisonnier, Saleh al-Jahadine, amputé des deux jambes par l’explosion d’une bombe qu’il avait placée dans un cinéma, se souvient le médecin. Un ancien détenu, Abdallah Abou Roummane, emprisonné en août 1996, qui publie un hebdomadaire en Jordanie, a raconté à l’AFP que « Zarqaoui avait la réputation d’être courageux et que les prisonniers étaient frappés par son charisme ». Il affirme que dès le premier jour de son incarcération, Zarqaoui a été placé à l’isolement pour avoir frappé un garde : « Les prisonniers qui partageaient sa cellule se sont mis en grève et j’ai décidé de me joindre à eux. Il m’a remercié plus tard chaleureusement. »
Abou Roummane raconte que Zarqaoui avait recouvert le téléviseur de sa cellule « pour ne pas voir les femmes à la télévision ».
Zarqaoui vouait toutefois une véritable « adoration » pour sa mère. « Après sa mort, la vie n’avait plus de sens pour lui », relève M. Abou Roummane.
Selon ses proches, Zarqaoui serait revenu fin 2001 en secret en Jordanie – où il avait été de nouveau condamné à 15 ans de prison par contumace pour « tentatives d’attentat » – pour voir sa mère malade, avant d’aller en Irak. Depuis, il a été condamné à mort par contumace trois fois en Jordanie, notamment pour son implication dans l’assassinat d’un diplomate américain en octobre 2002.
Zarqaoui, âgé de 39 ans, avait trois épouses et quatre enfants, dont l’aîné a 15 ans.
Par Randa HABIB/AFP
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