L’image est terrifiante : l’armée déployée tout le long de l’ancienne ligne de démarcation, cette fameuse rue de Damas de triste mémoire, on se croirait ramenés des années en arrière, à l’époque honnie où Beyrouth était divisée en deux, séparée par un mur de haine, d’intolérance.
Des menteurs, des hypocrites, pire : des irresponsables, voilà ce qu’ils sont, voilà ce qu’ils sont devenus, prisonniers de leur verbe hargneux, de leurs discours venimeux, de leurs positions outrancières qui ne laissent place ni au dialogue ni aux remises en question.
Des menteurs, des hypocrites : ils sèment les graines de la détestation, de l’exécration, du rejet de l’autre, et quand la catastrophe survient, quand la foule se déchaîne, tel Ponce Pilate, ils s’en lavent les mains, se disent nullement concernés, nullement responsables.
L’intrusion barbare du 5 février à Achrafieh, l’emportement aveugle, la récidive du 1er juin n’ont pas été des accidents de parcours, de simples dérapages incontrôlés. Ils sont le reflet, la conséquence des campagnes insidieuses, des insultes, de la désinformation érigée en vérité absolue véhiculée au quotidien par les chaînes de télévision. Un matraquage délibéré, un lavage systématique de cerveau qui éliminent tout sens critique, toute réflexion autonome.
« Nous n’avons pas pardonné, nous n’oublierons pas » : est-ce ainsi que se façonne l’avenir, que se reconstitue une cohésion nationale sans cesse malmenée, sans cesse menacée d’implosion ? Au meeting du souvenir à la mémoire du regretté Rachid Karamé, Tripoli la douce, Tripoli l’indulgente s’est vue affublée d’une image d’exclusion, d’ostracisme, s’est vue réduite à une fonction vengeresse, une image primaire esquissée au gré des humeurs acariâtres d’orateurs saisis par la danse de Saint-Guy…
Tout cela sous les vivats, les acclamations en hommage à l’absent... Bachar el-Assad. Que les représentants du Courant patriotique libre se soient alors retirés du meeting, c’est plus que compréhensible et tout à leur honneur. Mais pourquoi se sont-ils fourvoyés dans cette galère placée, dès le départ, sous le signe de l’intolérance, alors que Michel Aoun à son retour à Beyrouth s’était aussitôt rendu à la rencontre de Samir Geagea, dans sa prison de Yarzé, pour mettre une croix définitive sur le passé ?
La politique, de toute évidence, a ses raisons que le simple bon sens ignore.
Mais revenons à notre premier propos : que la dernière émission de Basmat Watan ait pu irriter, déranger la communauté chiite, cela est compréhensible. Mais ce qui n’était, somme toute, qu’une erreur d’appréciation de la part du responsable du programme télévisé ne pouvait, en aucun cas, justifier les débordements, les provocations qui ont suivi, aussi bien aux entrées d’Achrafieh que dans des régions à population sunnite et druze.
La télévision de service, toujours prompte à assurer la couverture appropriée, ne s’est d’ailleurs pas privée de relayer les slogans hostiles aux dirigeants du 14 Mars hurlés par les manifestants. Quel lien entre ces dirigeants et Basmat Watan ? Aucun, mais le lavage de cerveau, la manipulation de l’information, au fil des jours, des mois, des ans, faisaient pleinement leur œuvre.
Cette même télévision de service, si prompte à retransmettre l’événement en direct, avait déjà « commis » un scoop le 5 février dernier : sur sa bande d’informations en continu, alors que les hordes de voyous perpétraient, en toute impunité, saccage et vandalisme en plein cœur d’Achrafieh, elle annonçait, véhémente, que les forces de sécurité (qui s’étaient terrées entre-temps) avaient ouvert le feu sur les manifestants qui protestaient contre l’insulte faite au prophète Mohammad. Information ou provocation ? Personne n’avait alors relevé l’énormité du « scoop » .
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Hassan Nasrallah a toujours affirmé que les armes du Hezbollah sont exclusivement dirigées contre Israël. En ce dramatique 1er juin, les partisans du Hezbollah, les purs et les durs, ont donné la preuve que, par une nuit sans lune, ces armes pouvaient, fort bien, se retourner vers l’intérieur. Hier c’était un bâton, une barre de fer, demain cela pourrait être un poignard, un fusil.
Dans le contexte actuel, fait d’exacerbation des rancœurs communautaires, des haines partisanes, le moindre incident peut mettre le feu aux poudres, la plus petite provocation ouvrir la voie à l’aventure.
Le congrès de dialogue, en sa dernière session consacrée précisément à l’armement du Hezbollah, aura à en juger. Mais, on ne le sait que trop, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Nagib AOUN
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Des menteurs, des hypocrites, pire : des irresponsables, voilà ce qu’ils sont, voilà ce qu’ils sont devenus, prisonniers de leur verbe hargneux, de leurs discours venimeux, de leurs positions outrancières qui ne laissent place ni au dialogue ni aux remises en question.
Des menteurs, des hypocrites : ils sèment les graines de la détestation, de l’exécration, du rejet de l’autre, et quand la catastrophe survient, quand la foule se déchaîne, tel Ponce Pilate, ils s’en lavent les mains, se disent nullement concernés,...