On ne badine pas avec la Résistance et encore moins avec son chef, sayyed Hassan Nasrallah. L’équipe du programme satirique Basmat Watan l’a appris à ses dépens. Pourtant, le sketch parodiant le sayyed, diffusé jeudi soir sur la LBC, n’était pas vraiment méchant et il ne contenait certainement aucune intention diffamatoire, ni à l’égard de la personne de Nasrallah ni à l’égard de la communauté religieuse à laquelle il appartient. Dans leurs déclarations quasi quotidiennes, prononcées sur le ton le plus sérieux qui soit, les politiciens sont souvent plus critiques envers la Résistance et l’utilité du maintien de ses armes. Mais nul ne remet en cause leur droit à s’exprimer, alors que c’est une équipe de jeunes professionnels de la parodie, qui d’ailleurs n’épargne aucune figure politique ou religieuse, qui subit les foudres d’une foule en colère s’estimant atteinte dans sa dignité et dans ses croyances par l’imitation de sayyed Nasrallah.
En un sens, cette réaction est flatteuse pour l’équipe de Basmet Watan, car elle montre que ce programme est très suivi sur l’ensemble du territoire libanais, chez les musulmans aussi bien que chez les chrétiens. Plus sans doute que les programmes politiques, bulletins d’informations en tête.
Mais justement, le plus inquiétant dans cette réaction populaire de grande envergure, de la banlieue sud de Beyrouth, au Liban-Sud, en passant par la Békaa, c’est qu’elle ne fait plus de distinction entre les déclarations politiques et les programmes de divertissement, même s’ils traitent de sujets politiques.
Le fait que les jeunes dans la rue se soient livrés à des actes de violence, cherchant à se défouler contre des quartiers chrétiens, donnant ainsi une tournure confessionnelle à ce qui n’était qu’une plaisanterie (peut-être d’un goût douteux, mais une plaisanterie quand même) montre l’étendue du malaise que vit aujourd’hui la société libanaise. Le producteur et responsable du programme, qui n’avait certes aucune arrière-pensée politique en écrivant le sketch incriminé, a eu beau se confondre en excuses, l’affront était jugé irréparable. Au point que les valeureux défenseurs de la Résistance ont aussitôt crié au complot américain, et certains ont même réclamé la suspension bête et brutale du programme. Le ministère de l’Information, le CNA, tout le monde s’est mobilisé pour critiquer Basmet Watan et certains en ont profité pour tenter de limiter la fameuse liberté d’expression. Tout cela pour un malheureux sketch qui se voulait drôle et qui aurait pu être oublié quelques minutes après avoir été diffusé. Au pays de la grandiloquence, la démesure atteint visiblement tous les niveaux. Et ce n’est certainement pas servir le sayyed que de donner de lui l’image d’un homme intolérant.
Enfin, une société qui ne sait plus rire est une société qui pleure. De la déprime au malheur, il n’y a qu’un pas.
Scarlett HADDAD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On ne badine pas avec la Résistance et encore moins avec son chef, sayyed Hassan Nasrallah. L’équipe du programme satirique Basmat Watan l’a appris à ses dépens. Pourtant, le sketch parodiant le sayyed, diffusé jeudi soir sur la LBC, n’était pas vraiment méchant et il ne contenait certainement aucune intention diffamatoire, ni à l’égard de la personne de Nasrallah ni à l’égard de la communauté religieuse à laquelle il appartient. Dans leurs déclarations quasi quotidiennes, prononcées sur le ton le plus sérieux qui soit, les politiciens sont souvent plus critiques envers la Résistance et l’utilité du maintien de ses armes. Mais nul ne remet en cause leur droit à s’exprimer, alors que c’est une équipe de jeunes professionnels de la parodie, qui d’ailleurs n’épargne aucune figure politique ou...