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Actualités

La culture… à coups de poing

Ils échafaudent de grands projets, se posent en stratèges d’exception, parlent de tactiques et de manœuvres hardies, promettent monts et merveilles s’ils ont les coudées franches… et scient, en même temps, la branche sur laquelle ils sont assis. Pis, ils effritent, désagrègent le tronc qui les supporte, la base qui les porte aux nues. Mais ils n’en ont cure : l’essentiel pour eux est de continuer à pérorer, à s’entendre raconter tout et n’importe quoi et, comme la Castafiore, se regarder dans une glace et susurrer : « Ah ! comme je suis beau en ce miroir. » De la politique, ils s’approprient évidemment ce qui les arrange, minimisent ce qui les dérange et ignorent superbement ce qui risque de leur porter ombrage, d’affecter leur carrière prometteuse… Au bas de l’échelle, au tout bas de l’échelle, les applaudisseurs, les flatteurs se pressent au portillon. Ceux-là n’ont ni états d’âme ni problèmes de conscience. Le chef a besoin d’eux ? Un mouvement des yeux, un claquement des doigts et ils répondent présents. Ils s’agitent frénétiquement, remuent beaucoup de vent…, mais ne pèsent pas bien lourd. Une figuration docile, une manifestation somme toute folklorique à laquelle recourt le chef quand son rival d’en face a la mauvaise idée de faire pareil. Mais le problème, le vrai problème est ailleurs. Et là, plus de place à l’indulgence : c’est de générations sacrifiées qu’il s’agit et les incidents répétés dans les universités en donnent la preuve affligeante. Forces libanaises contre Courant patriotique libre, Amal contre Hezbollah, Parti socialiste progressiste contre Amal et associés, le spectacle est grotesque et, telle une maladie contagieuse, gagne tous les campus. Débat d’idées, échanges culturels, forum sur les visions d’avenir ? Nenni ! C’est à coups de poing, de barre de fer, de couteau parfois, que l’on s’explique, que l’on vide son sac, ses rancunes. La lèpre politicienne s’installe dans les universités, ronge les dernières forteresses de la pensée, prend en otages les irréductibles, les derniers des Mohicans, ceux qui s’efforcent de rester hors de la mêlée, de poursuivre leurs études, de décrocher leurs diplômes, nonobstant les sympathies, tout à fait légitimes, qu’ils peuvent avoir (ou ne pas avoir) pour l’un ou l’autre des courants politiques. Aveuglement, intolérance, rejet de l’autre, un triple constat d’échec, une bien lamentable transposition à l’université des querelles partisanes, du dévoiement, du dérapage du discours politique. « Les jeunes au Liban ont des potentialités énormes qui ne demandent qu’à s’exprimer, qu’à s’épanouir » : Charles Elachi ne croit pas si bien dire, mais, de toute évidence, il n’a vu de l’iceberg que sa partie visible. Les écoliers, les étudiants qui ont rencontré ce scientifique de génie n’entretiennent qu’un seul espoir : réussir, atteindre les sommets…, mais dans les pays d’émigration. À la manière précisément de ce grand manitou de la NASA, de Carlos Ghosn, Michael De bakey, Nicolas Hayeck, Amin Maalouf, Élie Saab et bien d’autres, ceux qui font régulièrement les titres de la presse internationale. Nul n’est prophète en son pays, dit le dicton. Dans l’état actuel des choses, cela risque de conduire à une véritable hémorragie, au départ de toute une élite qui irait enrichir le monde de son savoir-faire, de son ambition. Ne resteraient alors au Liban que ceux-là mêmes qui échangent leurs idées à coups de poing, qui n’entendent convaincre l’autre qu’à coups de gourdin. Et c’est ainsi que se façonnerait l’avenir, que se formeraient les dirigeants de demain, créés à l’image même des politiciens qui empoisonnent notre existence, inoculés par les mêmes virus qui ont disséminé la peste de la haine des décennies durant. *** Constat implacable, irrémédiable ? Pas nécessairement. Les bonnes volontés ne manquent pas, l’opiniâtreté aussi. Du haut de l’Everest, Maxime Chaya nous a adressé un message d’espoir, celui d’un Liban renouvelé, reconstruit à coups de pioche inlassables, sans céder au désespoir, sans succomber au découragement . « Le nouveau défi c’est de conduire les jeunes vers les sommets, mais au Liban même », a-t-il martelé dès son retour. À son exemple, des mouvements de jeunes se créent çà et là, une contestation (tout juste un bruissement) se développe, loin, bien loin des rivalités, des imprécations politiques, encouragés en cela par des associations de la société civile. Un même leitmotiv revient sans cesse, enfle, se transmet de campus en campus, de bouche à oreille : cela suffit, libérez l’université de la politique politicienne. Celle-là même qui mine depuis longtemps notre justice et contre laquelle vient de se révolter la magistrature, celle-là même que s’évertuent à défendre les bonzes sclérosés d’une nomenklatura pourrie jusqu’à la moelle. Que se lèvent donc les vents de la contestation estudiantine, que s’exprime enfin cette élite qu’on veut contraindre au silence. Le rempart, le véritable rempart face au déferlement du fanatisme, de l’ignorance, c’est à ce niveau-là qu’il sera édifié, pierre sur pierre, jour après jour. Une petite barque dans une mer houleuse ? Peut-être, mais dans cette barque, notre bouée de sauvetage, prendront place tous les Charles Elachi, les Carlos Ghosn, les Amin Maalouf dont regorge le pays du Cèdre. Ils seront là, résolus, confiants, quand la lame de fond, un jour ou l’autre, emportera les menteurs, les hypocrites, les empêcheurs de tourner en rond. Nagib AOUN P.-S. : Le Liban est de nouveau dans la tourmente. La Syrie fait de tout pour l’y maintenir, les organisations palestiniennes qui lui sont inféodées y contribuent à leur bien suspecte manière. La riposte à l’assassinat, à Saïda, d’Abou Hamza, haut responsable du Jihad islamique, aurait pu se produire à partir des territoires palestiniens. Le FPLP-CG, qui affiche sa « pleine coordination » avec le Hezbollah, a jugé positif et normal qu’elle intervienne à partir du Liban, ce pays dût-il en subir les graves conséquences. Que des acteurs de la vie politique continuent à se tirer entre les pattes, à affaiblir encore plus un État exsangue, frise désormais non plus l’inconscience, mais la trahison, celle d’une cause à laquelle ils se disent tous attachés : la souveraineté du Liban. Désormais, les vérités doivent être clamées, assénées comme des gifles à l’adresse de ceux qui sabotent toute tentative de redressement, qui empêchent la cohésion nationale de se reconstituer, qui restent tributaires de leurs « amitiés » régionales. Charité bien ordonnée commence par soi-même : plus que jamais, il devient urgent, impératif, de nettoyer devant sa propre porte et les jeunes, les dirigeants de demain, ont, à cet égard, un rôle fondamental, déterminant, à jouer. N.A.
Ils échafaudent de grands projets, se posent en stratèges d’exception, parlent de tactiques et de manœuvres hardies, promettent monts et merveilles s’ils ont les coudées franches… et scient, en même temps, la branche sur laquelle ils sont assis. Pis, ils effritent, désagrègent le tronc qui les supporte, la base qui les porte aux nues.
Mais ils n’en ont cure : l’essentiel pour eux est de continuer à pérorer, à s’entendre raconter tout et n’importe quoi et, comme la Castafiore, se regarder dans une glace et susurrer : « Ah ! comme je suis beau en ce miroir. »
De la politique, ils s’approprient évidemment ce qui les arrange, minimisent ce qui les dérange et ignorent superbement ce qui risque de leur porter ombrage, d’affecter leur carrière prometteuse…
Au bas de l’échelle, au tout bas de...