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Actualités - Opinion

Déficit culturel

C’est en dernière analyse un déficit culturel qu’il faut déplorer chez la plupart de nos politiciens. Un déficit qui s’est d’abord manifesté par un vocabulaire de charretier et un raffinement dans l’insulte et le rabaissement de l’autre, et qui se traduit aujourd’hui par un blocage complet du jeu politique, une espèce de match nul désespérant, puisque nous ne sommes pas dans une situation de jeu, mais dans une situation réelle. Dire déficit culturel, c’est dire avant tout que la partie à laquelle on assiste dépend d’une vision du monde, d’une culture. Dire déficit culturel, c’est inverser l’ordre des choses, c’est dire que le politique est subordonné au culturel et non le contraire. C’est dire que la culture n’est pas une activité de loisir, une activité secondaire qu’on délaisse pour s’occuper des choses sérieuses, mais qu’elle conditionne profondément non seulement la politique, mais aussi le développement économique, sans compter l’organisation sociale. Au commencement est la culture. Et c’est donc dans notre culture que nous n’avons pas encore une patrie. Sinon, elle aurait déjà existé. Dans la situation de blocage que nous vivons, le fait le plus triste est sans doute l’absence d’idée de patrie commune et, partant, l’absence d’un patriotisme qui nous forcerait à placer le Liban au plus haut de nos joies, à le préférer à tout. Jean-Paul II situe l’amour de la patrie dans le cadre du quatrième commandement, celui qui nous engage à honorer notre père et notre mère. « En nous donnant la vie, nos parents participent au mystère de la création et ils méritent pour cela une vénération qui renvoie à celle que nous attribuons à Dieu Créateur », dit-il dans Mémoire et identité. « Le patrimoine spirituel qui nous est transmis par notre patrie nous parvient par nos parents, et il fonde en nous le même devoir que celui que nous leur devons. Patriotisme signifie amour pour tout ce qui fait partie de la patrie : son histoire, ses traditions, sa langue, sa conformation naturelle même. C’est un amour qui s’étend aussi aux actions des citoyens et aux fruits de leur génie. Tout danger qui menace la patrie devient une occasion pour vérifier cet amour. (…) La patrie est le bien commun de tous les citoyens et, comme telle, elle est aussi un grand devoir. » Ainsi, notre déficit culturel ne porte pas seulement sur l’idée de patrie, mais également sur l’amour qu’on lui doit. Il porte sur ce sentiment qui consiste à chérir une terre, une qualité d’être, une sagesse qui nous est propre. Or, à la table de dialogue, chacun rêve d’une patrie et ces différentes patries ne coïncident pas les unes avec les autres. Le patriarche maronite vient de nous tendre la clé pour sortir de ce cercle vicieux. Suivons les conseils de ce sage, de ce patriote. Sortons de nos obstinations suicidaires et sauvons la patrie en élisant un président qui doit être « à égale distance de tous », comme il le recommande. Élisons un président « médiateur » plutôt qu’un président de défi. L’accord qui s’est fait dans une circonscription électorale doit être transposé sur le plan national. Il faut réaliser que ce qu’on a appelé « dialogue » était en fait une négociation. Or on sait que dans toute négociation, le progrès est subordonné à l’intériorisation des exigences de l’adversaire. Pour reprendre une petite phrase récente de Geir Pedersen : il faut renoncer à la victoire et accepter une paix négociée, surtout quand l’enjeu est l’existence même d’une patrie. Négocions si nous ne voulons pas être, selon les mots du patriarche, une fédération de communautés, mais une véritable société libanaise. Voilà le déficit que nous sommes tous en devoir de compenser, dans un effort pour dépasser notre blocage politique qui est, en dernière analyse, un déficit culturel et presque un déficit d’être. Fady NOUN
C’est en dernière analyse un déficit culturel qu’il faut déplorer chez la plupart de nos politiciens. Un déficit qui s’est d’abord manifesté par un vocabulaire de charretier et un raffinement dans l’insulte et le rabaissement de l’autre, et qui se traduit aujourd’hui par un blocage complet du jeu politique, une espèce de match nul désespérant, puisque nous ne sommes pas dans une situation de jeu, mais dans une situation réelle.
Dire déficit culturel, c’est dire avant tout que la partie à laquelle on assiste dépend d’une vision du monde, d’une culture. Dire déficit culturel, c’est inverser l’ordre des choses, c’est dire que le politique est subordonné au culturel et non le contraire. C’est dire que la culture n’est pas une activité de loisir, une activité secondaire qu’on délaisse pour...