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Actualités - Opinion

Les bonnes manières

À système monstrueux, culot tout aussi monstre. Cette affaire de mandat d’amener lancé contre Walid Joumblatt par la Syrie, c’est décidément un hallucinant mélange des genres : il y a là en effet du vaudevillesque, du cocasse même, mais aussi cet impuissant désarroi que l’on peut éprouver face à l’absurde, dans ce qu’il a de plus bête et de méchant. Et il y a surtout le triste spectacle d’un monde politique libanais que n’arrivent pas à réunir même les plus cinglantes des insultes : celles faites tout à la fois à la dignité nationale et à l’intelligence des gens. En somme, le crime inexpiable de Joumblatt est d’avoir rameuté la scélérate Amérique contre la Syrie, de l’avoir incitée (avec tout le formidable ascendant qu’il a, c’est bien connu, sur l’unique superpuissance mondiale) à s’en aller envahir sauvagement notre innocent, notre pacifique voisin. Lequel voisin, lui, ne s’est jamais autorisé à monter contre autrui les capitales étrangères. Ses invasions et occupations, il les menait tout seul, comme un grand ; et il n’a jamais incité – à la subversion et à la sédition, cette fois – que de banals Libanais, que des desperados palestiniens bien barricadés chez les mêmes et banals Libanais. Et puis, il faut saluer le progrès là où il se manifeste. Ses ennemis, Libanais ou exilés syriens, le régime baassiste avait la fâcheuse habitude de les liquider sans autre forme de procès ; ou bien alors de les emmener en captivité (par dizaines ils croupissent encore dans les geôles syriennes) sans que nul dirigeant local n’y trouve à redire. De l’histoire ancienne, que tout cela ? En attendant d’être fixé, quelle exquise attention tout de même que cette stupéfiante démarche judiciaire entreprise, excusez du peu, à l’échelle internationale ! Rien que pour avoir osé affronter le ridicule de la situation, ils ont droit à notre sincère commisération, ces braves procureurs de commande dont on veut croire qu’ils viennent de ravir la vedette aux spadassins. Mieux encore : en saisissant Interpol, c’est à un bien téméraire précédent que se livre une autorité syrienne risquant fortement elle-même des poursuites onusiennes, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons. Reste à digérer la surréelle journée d’hier. Il est incroyable – et honteux – que tous les Libanais ne se soient pas levés comme un seul homme pour renvoyer à l’expéditeur (même le plus civilement du monde, si tel devait être le prix de l’unanimité) une plainte qui, par-delà leurs divisions et querelles, atteint l’honneur de tous. Passe encore que le mandat contre Joumblatt ait dû transiter par ce Conseil supérieur syro-libanais qui n’a jamais servi à rien, puisque c’est en direct, par le seul canal de ses généraux du Renseignement, que Damas imposait sa volonté. Mais pourquoi donc cette frilosité de la Justice libanaise, qui en est encore à examiner l’outrecuidant dossier ? Pourquoi la nécessité d’un dialogue libano-syrien, retardé à dessein par la Syrie, commanderait-elle autant de contorsions polies de la part de l’interlocuteur libanais mis en berne ? Particulièrement navrante aura été la sainte colère – pas si sainte que cela, puisqu’elle ne trompait personne – qu’a piquée le président de l’Assemblée, ce qui suffisait pour torpiller la séance parlementaire d’hier. Nabih Berry est libre de croire que les portes de ses alliés syriens sont grandes ouvertes au Premier ministre Siniora. Mais au vu des déclarations officielles syriennes, au vu du mandat d’amener contre Walid Joumblatt, au vu des arrestations d’intellectuels syriens réclamant des relations saines et équilibrées avec un Liban indépendant, il n’est pas libre de s’offusquer de la sorte d’une question sur les portes de Damas : celle des palais officiels comme celle des prisons. Il n’est pas libre, surtout, de claquer la porte de ce même Parlement qu’il est censé présider avec toute l’impartialité requise. On reconnaîtra cependant au leader d’Amal le mérite d’avoir réaffirmé son attachement au caractère sacré de l’immunité parlementaire. Pour plus d’un sans doute, il y aurait intérêt à la bichonner, à la pouponner cette immunité : sait-on jamais... Issa GORAIEB
À système monstrueux, culot tout aussi monstre. Cette affaire de mandat d’amener lancé contre Walid Joumblatt par la Syrie, c’est décidément un hallucinant mélange des genres : il y a là en effet du vaudevillesque, du cocasse même, mais aussi cet impuissant désarroi que l’on peut éprouver face à l’absurde, dans ce qu’il a de plus bête et de méchant. Et il y a surtout le triste spectacle d’un monde politique libanais que n’arrivent pas à réunir même les plus cinglantes des insultes : celles faites tout à la fois à la dignité nationale et à l’intelligence des gens.
En somme, le crime inexpiable de Joumblatt est d’avoir rameuté la scélérate Amérique contre la Syrie, de l’avoir incitée (avec tout le formidable ascendant qu’il a, c’est bien connu, sur l’unique superpuissance mondiale) à...