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(R)approchez donc…

Elle est à prendre ou à laisser. Et on est résolument preneur, bien sûr. Car même viciée, comme c’est le cas au Liban, par les dévoiements de la règle consensuelle, la démocratie, selon la célèbre formule de Churchill, reste le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres. Et pourtant, il y a bien de l’abus. Les ministres d’opposition, par exemple, cela est ancré désormais dans notre pitoyable folklore. Rien à voir, là, avec ces gouvernements de coalition que l’on trouve partout ailleurs dans le monde mais qui, malgré les inévitables divergences de vues entre leurs membres, se soumettent au vote de la majorité, de même qu’au devoir de cohésion et de solidarité. Devenue soudain impossible, la cohabitation ? Eh bien on se sépare et on essaie autre chose ; mais on ne s’accommode pas, comme de quelque fatalité divine, d’un gouvernement de désunion organique, d’un cabinet en état d’éclatement permanent. D’un Exécutif délibérément, scientifiquement exécuté. Tel est le cas d’une équipe Siniora brillamment conduite certes, incluant par ailleurs nombre de compétences, mais inéluctablement promise, dès sa naissance, à la paralysie. Fruit d’une loi électorale et d’un jeu d’alliances qui interdisaient ou condamnaient d’office toute candidature indépendante, le monopole du tandem Amal-Hezbollah sur la représentation des chiites ne pouvait évidemment être contesté, ignoré ou contourné. De ce gouvernement qui pour la première fois, et dans le sens le plus strict du terme, responsabilisait le Hezbollah en lui offrant des portefeuilles ministériels, on a eu la candeur d’attendre le meilleur : c’est-à-dire une approche sereine – une approche responsable, précisément – des énormes problèmes qu’est tenu d’affronter un Liban soudain rendu à lui-même. Le folklore a la vie dure et une fois de plus, l’on a vu des ministres boycotter leur propre gouvernement. Ou bien, de manière un peu plus aimable, se contenter de vilipender celui-ci parce qu’il s’insurgeait contre les insultes syriennes visant personnellement Fouad Siniora, qu’il exprimait sa confiance dans l’enquête onusienne sur l’affaire Hariri, ou bien parce qu’il souscrivait à l’idée d’un tribunal à caractère international appelé à juger les assassins et leurs commanditaires. Et parce que même en matière de folklore on n’arrête pas le progrès, voici que le Hezbollah, fort de ses foules, s’apprête à manifester aux côtés des syndicats – et contre le gouvernement dont il fait lui-même partie – pour protester contre des réformes socio-économiques qui, pourtant, restent sujettes à débat. À discussion responsable – on y revient – car se déroulant au sein même du pouvoir, non dans la rue. Restait encore, cependant, à repousser les limites de l’absurde, de l’impensable. Or c’est exactement ce qui vient d’être fait, avec ce réquisitoire dressé jeudi contre un gouvernement accusé d’avoir fabriqué de toutes pièces l’affaire des remblais de terre syriens érigés en territoire libanais, et cela dans le cadre d’un projet de guerre contre les autorités de Damas. Énaurme ? Patience, on n’a peut-être pas tout vu, tout entendu : à savoir que c’est le féroce agneau qui martyrise le paisible, l’inoffensif loup. Que c’est le Liban qui veut dominer la Syrie, la soumettre par l’intimidation et la terreur. Que c’est encore lui qui veut perpétuer le flou aux frontières, qui ouvre grandes celles-ci aux mercenaires en armes, ou qui adresse des mandats de comparution à des personnalités syriennes. Ce n’est pas absoudre l’outrance que de constater qu’en ce moment, le Hezbollah fait feu de tout bois (et de bien mauvais bois) pour défendre ce qu’il croit être sa raison d’être, c’est-à-dire ses privilèges armés et ses alliances étrangères. Il est grand temps cependant pour Michel Aoun de montrer qu’il défend autre chose, lui, que ses ambitions présidentielles, seraient-elles parfaitement légitimes. Qu’il défend objectivement, effectivement, les mêmes idéaux de souveraineté et d’indépendance dont il s’était fait, à fort prix, le champion. Tout ce qui peut rapprocher les Libanais est le bienvenu, écrivions-nous dans ces mêmes colonnes lors de la proclamation du document d’entente entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre. Cela reste rigoureusement vrai, à une précision près. C’est de ce côté-ci en effet, du côté du Liban, qu’il faut se décider à s’approcher. Et à rapprocher. Issa GORAIEB
Elle est à prendre ou à laisser. Et on est résolument preneur, bien sûr. Car même viciée, comme c’est le cas au Liban, par les dévoiements de la règle consensuelle, la démocratie, selon la célèbre formule de Churchill, reste le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres. Et pourtant, il y a bien de l’abus.
Les ministres d’opposition, par exemple, cela est ancré désormais dans notre pitoyable folklore. Rien à voir, là, avec ces gouvernements de coalition que l’on trouve partout ailleurs dans le monde mais qui, malgré les inévitables divergences de vues entre leurs membres, se soumettent au vote de la majorité, de même qu’au devoir de cohésion et de solidarité. Devenue soudain impossible, la cohabitation ? Eh bien on se sépare et on essaie autre chose ; mais on ne s’accommode pas, comme de...