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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Starwars

Les généraux c’est, tout compte fait, affaire d’étoiles. Surtout quand on est né, comme le président Émile Lahoud, sous une sacrément bonne étoile. Dans un petit pays doté d’une petite armée incluant une très petite force navale, le fringant officier de marine Lahoud, mais qui pourrait le lui reprocher, n’a pas trop eu l’occasion de faire des vagues durant la première tranche de sa carrière. C’est lui pourtant qui est choisi pour commander l’armée régulière face aux troupes du général Michel Aoun, rebelle à l’autorité du gouvernement issu de l’accord de Taëf. De couvrir, bien que de la plus symbolique des manières, l’assaut syrien de 1990 contre le palais présidentiel arraisonné par Aoun lui ouvre une voie véritablement royale : maître incontesté d’une armée qu’il a réussi, de fait, à réunifier, il est porté à la magistrature suprême à la faveur d’un de ces amendements constitutionnels devenus monnaie courante sous la tutelle syrienne, et qui lui permet d’effectuer sans escale l’improbable itinéraire de Yarzé à Baabda. Malgré un bilan désastreux, malgré l’opposition générale (y compris celle des plus proches alliés de Damas), c’est encore un amendement constitutionnel imposé par Bachar el-Assad qui, à l’automne de 2004, gratifie Lahoud de trois années de pouvoir supplémentaires. La suite n’est que trop connue, hélas : Rafic Hariri et ses compagnons assassinés, le vaste soulèvement politique et populaire pour l’indépendance, le retrait des troupes syriennes sous la pression locale et internationale, et un président battant tous les records d’impopularité ; un président attaqué de toutes parts, traité en pestiféré par les puissances ; un président éclaboussé par l’arrestation de plusieurs de ses proches, eux aussi bardés d’étoiles, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat du 14 février 2005 ; bref, un président qui ne cadrait tout simplement plus avec l’air du temps… et néanmoins un président demeuré imperturbablement là. Lahoud reste ? On le pressentait depuis quelques mois déjà ; mais c’est paradoxalement la conférence de dialogue national, cette folklorique somme d’ambitions et d’impuissances, qui s’est aimablement chargée de nous le confirmer hier avant de faire relâche jusqu’à la mi-mai. Lahoud reste, du moins jusqu’à nouvel ordre, non point parce qu’il a brillé dans la fonction ou que la République irait à vau-l’eau s’il quittait la barre. Il reste – la revoilà bien, la bonne étoile ! – parce que les fractions libanaises n’arrivent tout bêtement pas à s’entendre sur la succession. Émile Lahoud reste parce que aucune de ces parties n’a les moyens de placer son ou ses champions : ni le camp du 14 Mars, majoritaire certes au Parlement, mais qui ne l’est tout de même pas assez pour abréger dans les normes le mandat prorogé de Lahoud ; ni, à plus forte raison, l’agissante minorité formée par le tandem chiite Amal-Hezbollah et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun : un autre général – rebonjour les étoiles – aspirant lui aussi à un destin national. D’être le plus populaire parmi les chrétiens désigne-t-il d’emblée Michel Aoun pour être président, charge réservée à la communauté maronite ? D’aucune façon, répondent ses adversaires qui rappellent à juste titre que le chef de l’État libanais est élu sur les bancs de l’Étoile, encore elle, et non au suffrage universel, et qu’il est censé être l’arbitre suprême, le président de tous les Libanais et non d’une partie de ceux-ci. Mais n’est-ce pas le cas aussi pour les présidences de l’Assemblée et du Conseil des ministres, que chiites et sunnites sont en mesure de confier, eux, à leurs figures de proue ? Ce ne sont là bien sûr que quelques-uns des problèmes que pose le fonctionnement d’une démocratie libanaise qui n’a esquivé l’écueil de la loi du nombre que pour se fourvoyer dans les labyrinthes du consensus mal compris, mal cultivé, mal pratiqué. Du consensus à rebours, si l’on peut dire, celui-là même qui finit par engendrer tout un enchevêtrement de cercles vicieux : lesquels, tels des garrots, étranglent le pays. * * * C’est un Lahoud guilleret qui, en bon père de famille, s’assurait hier de la bonne marche des travaux sur la nouvelle autoroute du Metn. En usager probable, j’applaudis. Et je prie tous les saints qu’il y ait, cette année, assez de touristes pour en profiter malgré l’incertitude politique, malgré la peur toujours latente des attentats et autres actes de subversion, malgré la situation volatile dans le secteur des illustres fermes de Chebaa et les déploiements hors camps des formations palestiniennes inféodées à Damas. Il y en a, en revanche, qui ne s’en font pas. Le régime baassiste risque en ce moment une nouvelle admonestation onusienne, sinon une résolution en règle du Conseil de sécurité, à cause de son refus de délimiter ses frontières avec le Liban et d’instaurer avec celui-ci des rapports diplomatiques. Dans quelques semaines, il devra encaisser en outre les conclusions de l’enquêteur international Serge Brammertz, qui passe pour ne pas être trop satisfait de son entrevue de mardi avec Assad. Et pourtant, cette même Syrie travaille d’arrache-pied pour accueillir en 2010 sept millions de touristes, qui lui assureront des revenus annuels de cinq milliards de dollars. 2010 ! Qui diable donc, ici, voit aussi loin ?

Les généraux c’est, tout compte fait, affaire d’étoiles. Surtout quand on est né, comme le président Émile Lahoud, sous une sacrément bonne étoile.
Dans un petit pays doté d’une petite armée incluant une très petite force navale, le fringant officier de marine Lahoud, mais qui pourrait le lui reprocher, n’a pas trop eu l’occasion de faire des vagues durant la première tranche de sa carrière. C’est lui pourtant qui est choisi pour commander l’armée régulière face aux troupes du général Michel Aoun, rebelle à l’autorité du gouvernement issu de l’accord de Taëf. De couvrir, bien que de la plus symbolique des manières, l’assaut syrien de 1990 contre le palais présidentiel arraisonné par Aoun lui ouvre une voie véritablement royale : maître incontesté d’une armée qu’il a réussi, de...