Le destin de l’historien Raoul Assaf était de partir au printemps, celui de Beyrouth, une année 2005. Pour honorer « l’ami présent dans la trace qu’il a su laisser », des compagnons de route ont animé une table ronde, hier, à l’Université Saint-Joseph, autour d’un thème relatif à l’histoire d’un pays que Assaf chérissait : la guerre du Liban.
Christine Babikian Assaf, qui dirige le département d’histoire, a choisi de parler de « Beyrouth à la veille de la guerre ». Il a donc fallu revenir sur les dates-clés et sur le climat politique des années 1945 jusqu’à 1975. « Alors que les pays arabes optaient pour des régimes politiques rigides et des économies dirigistes, le Liban jouissait d’un régime relativement démocratique tourné vers l’économie de marché », a-t-elle rappelé. Christine Babikian est revenue sur les années folles de Beyrouth, la décennie 1960, celle de l’effervescence économique et de la prospérité. Elle a fini par s’interroger si l’une des causes de la guerre ne serait pas la liberté que le Liban offrait et dont il jouissait… puisque les problèmes de toute une région sont venus s’y greffer.
L’économiste Kamal Hamdan a préféré revenir sur les interrogations politiques qu’il partageait avec son ami disparu.
Chiffres à l’appui, Boutros Labaki, ancien vice-président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), a donné une lecture économique des frais de la guerre. Pour lui, la guerre a commencé lorsque le Fateh a mené la première opération, contre Israël, le 1er janvier 1965. Boutros Labaki a réitéré que la dette publique cumulée pendant les années de guerre (75-90) est lilliputienne s’il fallait la comparer à celle qui a été contractée à partir des années 90. Sur le plan humain, le Liban a exporté 907 000 émigrés environ entre 1975 et 1990. Le tribut était plus lourd, entre 1990 et 2005 : quelque 1 350 000 départs. Il a également remarqué qu’à la veille de la guerre, en 1974, des pays comme le Portugal ou Malte avaient un niveau de vie inférieur à celui du Liban. Ce qui est loin d’être le cas, à l’heure actuelle.
Il a suffi à Bernard Rougier, professeur en sciences politiques, de s’inspirer de son ouvrage Le Jihad au quotidien, publié aux Presses universitaires de France (PUF), pour donner un exposé sur « la guerre du Liban vue par les jihadistes ».
Au terme de la lecture donnée par la psychologue Liliane Barakat sur la manière dont les enfants ont vécu la guerre, Katja Haddad, titulaire de la chaire de francophonie à l’USJ, a remarquablement jonglé « entre l’histoire et l’Histoire ».
« L’avantage des romanciers sur les historiens est qu’ils ne courent pas le risque de contribuer à la mise en place d’une “Histoire officielle” : eux se contentent de raconter les histoires fictives de personnages qui s’inscrivent dans quelque chose de plus vaste qu’eux », a souligné Katja Haddad. La critique littéraire a pu donc brillamment comparer les œuvres d’Eveline Boustros, Gergi Zeidan, Amin Maalouf, Charif Majdalani et Ghassan Fawaz, pour ne citer que ceux-là.
Le psychanalyste et vice-recteur de l’USJ, Mounir Chamoun, a évoqué, quant à lui, la fracture psychologique qui a précédé et contribué à la guerre. Il a noté que les tentatives de remédier à cette fracture sont restées peu efficientes.
« Oui, les Libanais ont peur d’une récidive. Le Liban étant redevenu un espace ouvert aux confrontations régionales, une sorte de “boîte aux lettres”, les pires craintes ont refait surface chez une grande partie de la population. » Telle était la mise en garde exprimée par Pascal Monin, professeur à l’USJ, dans son intervention sur « Le Liban malade de sa mémoire et malade de son avenir ».
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Christine Babikian Assaf, qui dirige le département d’histoire, a choisi de parler de « Beyrouth à la veille de la guerre ». Il a donc fallu revenir sur les dates-clés et sur le climat politique des années 1945 jusqu’à 1975. « Alors que les pays arabes optaient pour des régimes politiques rigides et des économies dirigistes, le Liban jouissait d’un régime relativement démocratique tourné vers l’économie de marché », a-t-elle rappelé. Christine...