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Actualités - Opinion

Confidences

Une rencontre, pas un interrogatoire. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, une innocente et courtoise causette entre hommes du monde, puisque les Syriens tiennent tant aux formes, puisqu’il ne fallait que ce puéril artifice de vocabulaire pour qu’on en vienne au plus important ? Le plus important c’est qu’en acceptant de ménager les susceptibilités, de prendre acte des cris de vierge effarouchée, de se plier à cette fameuse clause de souveraineté nationale brandie depuis des mois, on a réussi à écarter faux prétextes et alibis bidon. L’important c’est qu’après tant de tergiversations, lesquelles avaient motivé d’ailleurs une sèche injonction onusienne, le président Bachar el-Assad a enfin reçu Serge Brammertz hier à Damas. Et qu’ils n’ont certes pas parlé de la pluie et du beau temps en grignotant des petits-fours arrosés de thé à la menthe. Le magistrat belge, qui s’est entretenu par la suite avec le vice-président Farouk el-Chareh, a-t-il obtenu des réponses satisfaisantes à ses questions, concernant les rouages étatiques et policiers à travers lesquels a circulé l’ordre de tuer Rafic Hariri ? Ne comptez pas trop sur le chef de la mission d’enquête internationale pour le révéler avant l’heure. Autant en effet son prédécesseur était prodigue de signaux, apparemment destinés à augmenter la pression sur les suspects, autant il cultive méthodiquement, religieusement le silence. Brammertz n’a jamais fait publiquement sienne la conviction, maintes fois exprimée par l’Allemand Detlev Mehlis, que tout un faisceau de présomptions et de preuves converge invariablement, inexorablement sur le régime de Damas. Mais il n’a jamais blanchi non plus les dirigeants syriens, pas plus qu’il n’est revenu sur les arrestations d’officiers des renseignements libanais notoirement inféodés aux Syriens. C’est vrai qu’au plan strictement juridique, tout suspect est innocent jusqu’à preuve du contraire. Mais la vie des nations n’est pas un simple exercice pratique de droit : surtout quand le suspect a amplement démontré dans le passé son mépris pour les règles les plus élémentaires du droit. De fait, pour l’écrasante majorité des Libanais comme pour la quasi-totalité de la communauté internationale, l’épouvantable crime du 14 février 2005 était formellement signé, et même annoncé. Et par un juste retour des choses, c’est en termes politiques et moraux que ce même suspect se trouve tenu aujourd’hui d’avancer lui-même des preuves de son innocence, encore que celle-ci ne pourra jamais être que toute relative. Car faute de pouvoir crédiblement faire porter le chapeau à autrui – et malgré les atermoiements d’usage –, c’est dans une faille du système, dûment constatée et reconnue, que peut seulement trouver son salut ce même et implacable système, qui ne survit encore que parce que le monde redoute encore plus l’alternative islamiste. À quel niveau pourra-t-on sectionner net la sinistre chaîne de commandement, toute la question est sans doute là, comme le laissent croire les préparatifs de défense déjà en cours à Damas. Les faramineux honoraires des firmes internationales pressenties seront généreusement assumés par des hommes d’affaires syriens. C’est beau, de tels élans de solidarité nationale ; et puis surtout, cela permet surtout de faire l’impasse sur les fortunes colossales réalisées au Liban par les généraux des Moukhabarate, aujourd’hui sur la sellette. Le président Émile Lahoud, qui a incontestablement le sens de l’amitié mais pas celui de la décence politique, n’oublie pas lui non plus ses généraux injustement incarcérés selon lui, et il ne rate pas une occasion de le déclarer. Mais en réalité où va-t-elle se nicher encore la décence, dans notre beau pays qu’évacuaient il y a un an, jour pour jour, les troupes d’occupation syriennes ? L’indépendance aurait-elle donc fatalement pour corollaires la division et l’instabilité ? Soutenus à bout de bras par la planète tout entière, pourquoi les Libanais s’avèrent-ils viscéralement incapables de se donner la main ? À la veille de la reprise du dialogue national, ce ne sont qu’échanges d’invectives et d’injures entre nombre de protagonistes. Les erreurs, maladresses et contradictions du camp du 14 Mars, qui n’aurait pas trop de dix Fouad Siniora pour conserver son audience ; le vertige présidentiel de Michel Aoun ; les peu dignes trous de mémoire du Hezbollah, visiblement rappelé à l’ordre par la Syrie, et qui nie avoir souscrit à une délimitation des frontières orientales ; tout cela, et on en passe, c’est déjà beaucoup trop pour le citoyen excédé, et qui serait bien tenté de renvoyer tout ce beau monde dos à dos. L’occupation, c’était bien pire certes. Cela ne console pas pour autant. Issa GORAIEB
Une rencontre, pas un interrogatoire. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, une innocente et courtoise causette entre hommes du monde, puisque les Syriens tiennent tant aux formes, puisqu’il ne fallait que ce puéril artifice de vocabulaire pour qu’on en vienne au plus important ?
Le plus important c’est qu’en acceptant de ménager les susceptibilités, de prendre acte des cris de vierge effarouchée, de se plier à cette fameuse clause de souveraineté nationale brandie depuis des mois, on a réussi à écarter faux prétextes et alibis bidon. L’important c’est qu’après tant de tergiversations, lesquelles avaient motivé d’ailleurs une sèche injonction onusienne, le président Bachar el-Assad a enfin reçu Serge Brammertz hier à Damas. Et qu’ils n’ont certes pas parlé de la pluie et du beau temps en grignotant...