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Actualités - Opinion

Modèles et contrefaçons

«Un bel exemple de ce qu’il est possible de faire dans le Grand Moyen-Orient, un État pouvant montrer qu’il est possible pour des gens de religion différente de vivre en paix côte à côte … » C’est en ces termes élogieux que George W. Bush évoquait le Liban mardi, alors qu’il recevait Fouad Siniora à la Maison-Blanche. Il a bien raison George Bush, qui ne fait là qu’énoncer la définition même du Liban : le Liban tel qu’il a été conçu, tel que le veulent ses fils. Et si nous n’avons pas toujours su nous montrer parfaits démocrates, si notre individualisme et notre propension naturelle à la pagaille sont devenus proverbiaux, reste le fait incontestable que de tous les Arabes, les Libanais sont, de longue date, les plus attachés aux plus fondamentales des libertés démocratiques, à savoir les libertés de croyance, d’opinion et d’expression. Oui pour lui-même comme pour le Proche et le Moyen-Orient, le Liban méritait bien la bienveillante et admirative sollicitude des grandes démocraties. Quel dommage cependant que pour s’en souvenir enfin il ait fallu attendre que la région tout entière en vienne à un tel degré d’ébullition ! En s’en allant envahir l’Irak, c’est un faux ennemi que s’était délibérément trouvé l’Administration américaine ; Oussama Ben Laden inexplicablement oublié, c’est une fausse paix mais une très authentique guerre civile qu’elle a installée dans ce pays. Pour rester dans le domaine de l’absurde, Washington quémande ou presque aujourd’hui la coopération de Téhéran afin de calmer le jeu en Irak mais n’exclut guère, dans le même temps, une action militaire contre le programme nucléaire iranien. Les erreurs ou machinations des puissances ne sont pas seules en cause cependant, et tout se passe aujourd’hui comme si du singulier modèle libanais, les Arabes n’avaient choisi de prendre que les démons sectaires qui l’habitent. Or ce n’est pas dans l’extrémisme et le fanatisme violent que les Arabes peuvent espérer trouver la fin de leurs malheurs, le remède à leurs maux. Ainsi, et pour démocratiquement élu qu’il soit, le Hamas, prisonnier de son idéologie jusqu’au-boutiste, ne semble guère encore mûr pour une gestion responsable de la population palestinienne, avec tout le sens des réalités que commandent de telles responsabilités : pour en venir à ce dur constat, il avait fallu trois décennies d’épreuves à Yasser Arafat et c’est peut-être à une nouvelle et longue traversée du désert que doivent se préparer les infortunés Palestiniens. L’Irak, encore lui, voit s’affronter sunnites et chiites, ce qui ne peut que répandre malaise et inquiétude tout alentour. Après Abdallah de Jordanie qui s’alarmait naguère de l’apparition d’un axe chiite s’étendant de l’Iran au Liban en passant par la Syrie, voici que Hosni Moubarak faisait dernièrement scandale en dénonçant les obédiences iraniennes des chiites arabes. Mais le scandale ne réside-t-il pas aussi dans les agressions qui viennent d’être commises contre les églises d’Alexandrie, dans les restrictions politiques et administratives frappant sans aucune raison, sinon la lâcheté du pouvoir face à la montée de l’islamisme, l’importante minorité copte d’Égypte ? Plus près de nous, c’est de cette même terreur générale de l’alternative intégriste que continue de jouer imperturbablement un régime syrien traînant pourtant derrière lui une belle collection d’opprobres internationaux. Par-delà les injonctions de Bush et de Jacques Chirac, faudra-t-il donc une nouvelle résolution de l’ONU pour convaincre les Syriens de la nécessité d’appliquer entièrement la 1559, de se prêter à un tracé des frontières (notamment dans le secteur ultrasensible des fermes de Chebaa) et à un échange d’ambassades avec le Liban, comme l’y appelle dans son rapport semestriel Terjé Roed-Larsen ? Et encore une autre résolution quelque temps plus tard, en rappel de la précédente ? Après l’aventurisme des dernières années, le souci de stabilité des puissances a certes du bon. Sauf quand la stabilité n’a d’autre résultat que de perpétuer l’aberration : quand elle devient l’antithèse, l’ennemie du changement et du progrès. Issa GORAIEB
«Un bel exemple de ce qu’il est possible de faire dans le Grand Moyen-Orient, un État pouvant montrer qu’il est possible pour des gens de religion différente de vivre en paix côte à côte … »
C’est en ces termes élogieux que George W. Bush évoquait le Liban mardi, alors qu’il recevait Fouad Siniora à la Maison-Blanche. Il a bien raison George Bush, qui ne fait là qu’énoncer la définition même du Liban : le Liban tel qu’il a été conçu, tel que le veulent ses fils. Et si nous n’avons pas toujours su nous montrer parfaits démocrates, si notre individualisme et notre propension naturelle à la pagaille sont devenus proverbiaux, reste le fait incontestable que de tous les Arabes, les Libanais sont, de longue date, les plus attachés aux plus fondamentales des libertés démocratiques, à savoir les libertés...