MEA, une histoire de succès. Une évidence que nul désormais ne peut mettre en doute. Le professionnalisme de Mohammad el-Hout, l’homme de la réforme, a eu raison des années difficiles du transporteur national.
La Middle East Airlines a renoué avec les bénéfices dès 2002. Le PDG de la compagnie, Mohammad el-Hout, a gagné le pari de 2004 et 2005, années de tassement économique qui ont succédé à l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Les bilans de la MEA pour ces dernières années ont dégagé des profits respectivement de 50 millions et 40 millions de dollars.
Mohammad el-Hout a très vite compris qu’être PDG de la MEA est loin de constituer une sinécure, mais est synonyme d’un travail exigeant un haut degré de professionnalisme. Un métier qui exige aussi de demeurer en contact étroit de tous les instants avec la réalité de la vie de l’entreprise et de celle de son environnement. Ainsi, il a dû attendre de 1998 à 2001 pour obtenir «la caution politique» lui permettant de mettre en œuvre le plan de restructuration de la compagnie aérienne. Cette caution signifiait à cette époque une entente entre le président de la République, le chef du gouvernement et le chef du Législatif.
«Cette consigne est toujours valable aujourd’hui pour la réforme de n’importe quel service public», se plaît-il à répéter lorsqu’on l’interroge sur les rumeurs qui font de lui l’homme pressenti pour la réforme de l’EDL. Pour lui, pas de réforme réussie en dehors d’un feu vert politique.
Conscient qu’il ne lui faut plus courir derrière le succès et la reconnaissance, les chiffres étant là pour le défendre, il ne manque pas de tenir tête à la caste politique lorsqu’il est convaincu de la justesse de son point de vue. Mohammad el-Hout a tout simplement refusé de réactiver les liaisons aériennes long-courrier entre Beyrouth d’une part, Sydney et Rio de Janeiro d’autre part, malgré l’insistance du chef de l’État Émile Lahoud et de feu l’ancien chef de gouvernement Rafic Hariri. Il a en outre publiquement fait assumer la responsabilité de toute perte sur ces lignes – qu’il avait qualifiées à l’époque de «liaisons dangereuses» – aux politiques, les invitant à s’engager à éponger tout manque à gagner et toute perte. Une telle attitude obéit à un concept commercial. Ce qui lui vaut des louanges de la part de ses pairs étrangers en poste à Beyrouth. Ainsi, Ahmad Hannaoui, directeur général de la RAM au Liban, en Syrie et en Jordanie, se félicite de l’optimisation des lignes rentables par la MEA, dont le PDG ne prend pas en compte les considérations d’ordre politique. Idem pour Jean-Francois Rolland, le délégué d’Air France au Proche-Orient, qui trouve que la MEA fait bien les choses dans sa zone d’autonomie.
Soumis en permanence aux feux croisés des utilisateurs et des politiciens, il est contraint à une transparence accrue de son activité, ce qui le rend encore plus visible mais surtout plus fort. Il est fréquemment cité en exemple lors de scandales touchant aux secteurs de l’aviation et du transport, comme ce fut le cas lors de son conflit avec le ministre des Travaux publics et des Transports, Mohammad Safadi.
On ne peut surtout pas l’accuser de naviguer à vue. Les profits enregistrés par la compagnie sont utilisés pour éponger les dettes de la MEA. Celles-ci, rappelons-le, se chiffraient à une centaine de millions de dollars à la veille de son entrée en fonctions. Il a reporté à 2007, voire à 2008, le projet d’acquisition de nouveaux appareils. C’est qu’il appréhende les aléas de la conjoncture locale qui pourraient freiner la croissance de la compagnie.
Son cartésianisme masque en fait une émotivité rentrée, que seuls ses proches perçoivent. Devant un cercle restreint de journalistes, il parle de l’expérience difficile d’un homme face aux défis et aux tiraillements lors de la mise en œuvre d’un plan de restructuration. Il reconnaît en outre avoir été à maintes fois sur le point de démissionner de son poste. Les campagnes de dénigrement qui ont cherché à l’atteindre personnellement sont allées crescendo, leurs auteurs mettant en doute non seulement sa compétence, mais aussi sa moralité professionnelle.
La MEA est aujourd’hui à la veille d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, celle de sa cotation en Bourse. Le processus n’est pas évident. Une première tentative de privatisation en 2001 de la compagnie avec l’aide de la SFI, le bras privé de la Banque mondiale, avait échoué.
Dossier réalisé par Liliane MOKBEL
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La Middle East Airlines a renoué avec les bénéfices dès 2002. Le PDG de la compagnie, Mohammad el-Hout, a gagné le pari de 2004 et 2005, années de tassement économique qui ont succédé à l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Les bilans de la MEA pour ces dernières années ont dégagé des profits respectivement de 50 millions et 40 millions de dollars.
Mohammad el-Hout a très vite compris qu’être PDG de la MEA est loin de constituer une sinécure, mais est synonyme d’un travail exigeant un haut degré de professionnalisme. Un métier qui exige aussi de demeurer en contact étroit de tous les...