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Actualités - Opinion

Faites vos vœux

Qui peut le plus peut le moins, dit l’adage de droit. Mais ce n’est pas toujours vrai en politique. Et encore moins en matière de tourisme politique, comme doit le constater en ce moment Fouad Siniora. C’est ainsi que le chef du gouvernement sera accueilli à bras ouverts, la semaine prochaine à Washington, par ce véritable César des temps modernes qu’est, malgré ses bavures et faux pas, le président des États-Unis. En sa personne, les Américains saluent déjà le digne représentant d’un pays petit certes, mais qui se trouve être un grand ami, un partenaire apprécié de la puissante Amérique : un pays qui, sous Siniora et depuis le retrait des troupes syriennes, a accompli des progrès énormes sur la voie d’une prospérité et d’une démocratie plus grandes, a précisé le porte-parole de la Maison-Blanche. Ployant sous tant de lauriers, parfaitement mérités au demeurant, c’est le même Siniora cependant qui attend poliment d’être reçu au palais Mouhajirine de Damas pour des entretiens visant à assainir les relations libano-syriennes, et cela conformément aux vœux de la conférence du dialogue national libanais. Du côté de Damas, ce ne sont en effet que manœuvres dilatoires et salves de conditions préalables, que reproches hautains, que commentaires désagréables et autres sautes d’humeur. Davantage encore que le Liban pourtant, c’est la Syrie baassiste qui aurait intérêt à une relecture sereine de ces relations : sereine voulant pudiquement dire qu’au nom de la realpolitik et quoi qu’il en côute aux Libanais, on écarterait du débat l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri dans laquelle le régime baassiste fait figure de premier suspect. Stupéfiante à cet égard est la position affichée dimanche par l’hebdomadaire économique syrien al-Iqtissadiya. Cette publication nous apprend, pour commencer, que Fouad Siniora sera reçu en tant que représentant officiel du Liban et non d’une quelconque formation politique. On applaudit à la nouvelle, même si les Syriens entendaient seulement manifester de la sorte le peu de cas qu’ils font du courant haririen. On voudrait ardemment qu’il en soit toujours ainsi à l’avenir, que les dirigeants baassistes limitent leurs contacts aux seuls officiels libanais : qu’ils renoncent une fois pour toutes à leur vieille et pernicieuse habitude d’accueillir – pire, de convoquer – des chefs de parti, de bloc, de mouvement ou même de simples groupuscules libanais. Ce n’est évidemment là qu’un souhait parmi beaucoup d’autres. Mais puisque al-Iqtissadiya pousse la candeur (?) jusqu’à presser les Libanais de dire clairement ce qu’ils veulent de la Syrie, de définir leur propre conception des relations privilégiées, voici quelques échantillons. Ce que les Libanais attendent de leur voisin, c’est qu’il se décide à se conduire… en bon voisin, respectueux de la souveraineté et de l’indépendance de leur pays. Qu’il se prête à un tracé des frontières et admette l’inviolabilité de celles-ci. Qu’il cesse de ravitailler et de soutenir les organisations palestiniennes qui lui sont inféodées et qu’il a habilement implantées sur notre sol. Qu’il renonce à ses prétentions hégémoniques, à son rêve d’une Grande Syrie laquelle n’a jamais existé autrement, d’ailleurs, qu’en termes spécifiquement géographiques. Qu’il reconnaisse enfin dans les faits l’existence du Liban et que ces faits soient consacrés par l’instauration de rapports diplomatiques. Qu’il s’emploie sincèrement à chasser des mémoires un long passé d’ingérences, de violences, d’abus commis, circonstance aggravante, au nom des relations privilégiées et de l’unité comme de l’arabité du Liban. Et qu’en signe de bonne volonté, il commence par rendre la liberté aux détenus libanais croupissant depuis des décennies parfois dans les geôles syriennes. Cela dit, et pour aborder le fond du problème, il serait de bonne guerre de retourner la question : que veut au juste la Syrie de notre pays ? Sur ce point capital, les autorités syriennes n’ont jamais levé l’équivoque, proclamant tour à tour leur attachement à l’intégrité du Liban et leur certitude qu’il y a là un seul peuple dans deux États, unis par la communauté du destin. Or, l’heure de vérité ne peut plus être longtemps repoussée, l’ambiguïté ne peut plus être de mise après les gigantesques bouleversements de l’an dernier. Par un étrange paradoxe, et du fait du blocage politique qui affecte la succession, le Liban continue d’avoir à sa tête un allié convaincu de Damas. Le temps n’est plus néanmoins où un président Sarkis, qui n’avait, lui, que sa malheureuse force d’inertie à opposer (admirablement d’ailleurs) aux ambitions syriennes, se gardait bien de sonder l’énigmatique Hafez el-Assad sur ses intentions. À ses proches qui lui en demandaient la raison, Sarkis répondait avec un pauvre sourire : « Et si d’aventure il déballait tout ? » Issa GORAIEB
Qui peut le plus peut le moins, dit l’adage de droit. Mais ce n’est pas toujours vrai en politique. Et encore moins en matière de tourisme politique, comme doit le constater en ce moment Fouad Siniora.
C’est ainsi que le chef du gouvernement sera accueilli à bras ouverts, la semaine prochaine à Washington, par ce véritable César des temps modernes qu’est, malgré ses bavures et faux pas, le président des États-Unis. En sa personne, les Américains saluent déjà le digne représentant d’un pays petit certes, mais qui se trouve être un grand ami, un partenaire apprécié de la puissante Amérique : un pays qui, sous Siniora et depuis le retrait des troupes syriennes, a accompli des progrès énormes sur la voie d’une prospérité et d’une démocratie plus grandes, a précisé le porte-parole de la...