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Actualités - Opinion

LE POINT Quadrature de cercle

Il était question, au départ, de débarrasser le pays de la sanglante dictature de Saddam Hussein et de démocratiser la vie politique, de démanteler les sites militaires et de saisir les armes de destruction massive, d’améliorer la vie quotidienne des Irakiens en commençant par les réconcilier entre eux. Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle. De tous les objectifs de la fameuse opération « Strike and Awe » lancée il y a plus de trois ans, il en est un – étant désormais entendu que les introuvables ADM n’ont existé que dans l’imagination fertile des stratèges yankees – qui n’a toujours pas été atteint. C’est dans l’intention de sortir l’Irak d’une impasse qui ose enfin dire son nom que Condoleezza Rice et Jack Straw viennent d’effectuer à Bagdad une visite remarquée, impromptue autant qu’extraordinairement longue pour une secrétaire d’État et un chef du Foreign Office. Au cours de laquelle ils ont eu le loisir de constater que le pays dérivait vers une guérilla urbaine et une guerre civile tout court qui menacent jusqu’à son existence. Ils auraient fait l’économie d’un épuisant déplacement à des milliers de kilomètres de chez eux et fait une telle constatation à partir de Londres et de Washington. Mais enfin, on ne va pas leur chicaner la bonne volonté dont ils viennent de faire montre. Ni surtout leur chercher noise au prétexte que l’actuel locataire de la Maison-Blanche et son parti sont en difficulté à sept mois d’élections cruciales pour le renouvellement du Congrès et que le sémillant Tony Blair vient de menacer de traîner quelque temps encore au 10 Downing Street, s’attirant aussitôt les foudres de Gordon Brown et suscitant un net malaise dans les rangs du Labour. Mais cela, faisait valoir jadis Rudyard Kipling, est une autre histoire. Nul ne fait plus mystère de l’impossibilité pour les trois principales composantes irakiennes de s’entendre sur l’identité d’un nouveau Premier ministre, trois mois et demi après les élections législatives du 15 décembre. D’abord contesté par les sunnites, bientôt rejoints par les Kurdes, Ibrahim Jaafari est maintenant désavoué par sa propre communauté. Dimanche, l’un des principaux représentants du Conseil suprême de la révolution, Jalaleddine Saghir, appelait le chef du gouvernement désigné à se désister. La veille, l’un de ses pairs, Kassem Daoud, avait donné le signal de ce qui semble bel et bien être une curée, ou à tout le moins une (tardive) rectification de tir. Pour ces deux hommes, le candidat à la présidence du Conseil « doit réaliser sur son nom un consensus national et être avalisé par la communauté internationale », deux conditions qui sont loin d’être réunies. La situation est d’autant plus délicate que Jaafari – qui passe pour être, éloquent euphémisme, proche de Téhéran – n’avait été désigné, lors d’un vote interne de l’Alliance unifiée, le bloc chiite majoritaire à l’Assemblée nationale, que par un écart d’une voix face à son concurrent, Adel Abdel Mahdi. Fait significatif : dimanche, celui-ci rencontrait la « Dame de fer » US qui lui lançait, devant un groupe de journalistes, ébahis : « C’est magnifique de vous voir. » Une manière comme une autre, s’est-on empressé de déduire, de le remettre en selle en l’intronisant nouvel aspirant à un poste que, pourtant, il est loin d’être assuré de décrocher. En effet, cet économiste formé en France est vivement contesté, en raison de son appartenance au Conseil suprême, par l’autre membre de l’Alliance, le parti Da’wa du même Jaafari. Plus encore que la démarche anglo-américaine, c’est le ton général adopté depuis le week-end dernier par les principaux protagonistes qui indique un net changement de cap dans la politique suivie jusque-là. L’existence d’escadrons de la mort au sein même du ministère de l’Intérieur est un fait désormais avéré, tout comme la multiplication des milices armées sectaires ou encore, entre autres demandes, la revendication sunnite d’un « droit de veto sécuritaire » au sein du Conseil des ministres. On ne s’étonnera pas dès lors – oubliés les rêves grandioses d’une région pacifiée et démocratisée – de voir les Britanniques et les Américains s’inquiéter devant la mise en échec de leurs efforts à l’échelle étroitement mésopotamienne et surtout des risques d’une contagion qui gagnerait de manière progressive d’autres États, suivant le bon vieux principe des dominos jadis cher au cœur de Foster Dulles. À mesure que s’écoulent – pas toujours tranquilles – les jours, Washington et Londres découvrent toute la complexité du problème irakien, lui-même l’une des multiples facettes du prisme proche-oriental. Piètre consolation : ils pourront toujours se rabattre sur l’intention prêtée à la Banque mondiale d’ouvrir bientôt un bureau à Bagdad. L’auteur de cette initiative ? Le directeur du vénérable institut, Paul Wolfowitz, rescapé in extremis de l’actuelle débâcle. Et grand ordonnateur de cette malencontreuse guerre. Christian MERVILLE
Il était question, au départ, de débarrasser le pays de la sanglante dictature de Saddam Hussein et de démocratiser la vie politique, de démanteler les sites militaires et de saisir les armes de destruction massive, d’améliorer la vie quotidienne des Irakiens en commençant par les réconcilier entre eux. Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle. De tous les objectifs de la fameuse opération « Strike and Awe » lancée il y a plus de trois ans, il en est un – étant désormais entendu que les introuvables ADM n’ont existé que dans l’imagination fertile des stratèges yankees – qui n’a toujours pas été atteint. C’est dans l’intention de sortir l’Irak d’une impasse qui ose enfin dire son nom que Condoleezza Rice et Jack Straw viennent d’effectuer à Bagdad une visite remarquée, impromptue autant...