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Actualités - Opinion

Flux et reflux

À défaut d’autre chose, ce que l’incident en Conseil des ministres révèle, c’est la montée de l’exaspération et de la haine dans la vie politique. La haine est une forme primaire du meurtre. Elle est mauvaise conseillère. Elle détruit sans construire. On aurait dû s’en douter quand on a décidé de faire figurer le départ du président de la République en tête des revendications politiques du 14 Mars. Ce faisant, on substituait la logique de l’épreuve de force à celle du dialogue. C’est un renversement du président que l’on exigeait au lieu d’un accord sur son départ et son remplacement. Voilà la véritable erreur. Elle ne réside pas dans le départ de Fouad Siniora à Khartoum, mais dans l’ordre des priorités adopté. Un ordre qui a fait basculer le dialogue dans la violence, dans une nouvelle joute verbale dont le Liban et, surtout, les Libanais se seraient bien passés. Mettons-nous en tête, une fois pour toutes, qu’on ne peut modifier le rapport de force au Liban par la violence verbale. En essayant de le faire, on n’a réussi jusqu’à présent qu’à envenimer l’atmosphère. Il faut se résoudre, mieux, il faut accepter, de ne le modifier que sur le mode démocratique. Tirons les leçons de l’histoire, regardons ce qui se passe en Ukraine. Le progrès, la progression vers une nouvelle situation politique ne peut se faire du jour au lendemain. Elle ne se fait que sous la forme de flux et de reflux. Il faut mettre à profit la majorité numérique dont disposent les forces démocratiques pour assainir l’Administration, rebâtir ce qui peut l’être, et amortir – faute de pouvoir les neutraliser – les effets des ingérences externes qui perturbent la confiance en train de s’instaurer. Par ingérence externe, il faut comprendre non seulement celles, flagrantes, de Damas, mais toute ingérence qui aurait un impact indésirable sur la dynamique du dialogue interne. Le roi Abdallah a conseillé au Premier ministre de se rendre au sommet de Khartoum. S’il était impossible de dire non au roi, on aurait au moins pu amortir l’effet de cette décision malencontreuse, de ce faux pas, en minimisant le rôle qu’il fallait tenir dans cette circonstance particulière. On a pris l’accessoire pour l’essentiel et accordé de l’intérêt à un assommoir qu’on aurait mieux fait d’abandonner à son ronron décadent et stérile. Fort heureusement, le Premier ministre a su rapidement rétablir l’équilibre. Par la voix de leur ambassadeur, les États-Unis nous renouvellent, tout de suite après Khartoum, leur appui indéfectible. C’est heureux. Et c’est presque une ingérence. Certes, cet appui indispensable a déjà rendu possible, fondamentalement, l’immense acquis du retrait syrien. Mais son impact doit être, quelque part, qualifié, dans la mesure où il nous divise au lieu de nous unir. Cet appui ne pourrait jouer un rôle unificateur que si les États-Unis font au Liban le propre de ce qu’ils ont fait en Irak, et le modèle de ce qu’ils doivent encore faire en Israël. N’oublions jamais que la cause de la démocratie est inséparable de celle de la justice. On ne peut être démocrate au Liban et laisser étouffer la Palestine, où un gouvernement islamiste s’est installé le plus démocratiquement du monde. Il faut jouer le jeu non pas au premier, mais au second degré. Étouffer économiquement la Palestine est une forme de violence, celle-là même que Condoleezza Rice se plaît à dénoncer chez les régimes autoritaires arabes. Quelques jours avant la dernière en date de nos flambées verbales, Terjé Roed-Larsen a dit du dialogue libanais qu’il était « la seule lueur d’espoir dans la région ». Cet homme très intelligent venait de sortir une bêtise. « Lueur d’espoir », sans doute, mais la grande lueur d’espoir au Moyen-Orient, c’est dans la conscience du président Bush qu’elle devrait commencer à briller. Un peu plus de justice en Palestine ferait le plus grand bien au Liban. Fady NOUN
À défaut d’autre chose, ce que l’incident en Conseil des ministres révèle, c’est la montée de l’exaspération et de la haine dans la vie politique. La haine est une forme primaire du meurtre. Elle est mauvaise conseillère. Elle détruit sans construire. On aurait dû s’en douter quand on a décidé de faire figurer le départ du président de la République en tête des revendications politiques du 14 Mars. Ce faisant, on substituait la logique de l’épreuve de force à celle du dialogue. C’est un renversement du président que l’on exigeait au lieu d’un accord sur son départ et son remplacement. Voilà la véritable erreur. Elle ne réside pas dans le départ de Fouad Siniora à Khartoum, mais dans l’ordre des priorités adopté. Un ordre qui a fait basculer le dialogue dans la violence, dans une nouvelle...