Treizième semaine de 2006.
Et quelle semaine…
Même un enfant de trois ans comprend désormais que le premier maillon de la chaîne de résurrection, qui permettrait un éventuel déblocage des autres, qui pourrait, si tout le monde y met du sien, provoquer l’effet dominos souhaité, c’est le départ d’Émile Lahoud. Et rien d’autre. Même cet enfant de trois ans comprend désormais pourquoi ce départ est incontournable, combien il est urgent, indépendamment du besoin de donner la première magistrature du pays à un homme ou une femme digne de ce poste et à même de ramener le Liban dans le IIIe millénaire, d’en faire de nouveau un message et un phare, combien il est urgent, donc, de réparer, d’effacer la plus outrancière et la plus infectieuse des violations constitutionnelles de notre histoire : le déséquilibre entre les trois présidences. La question, pour l’instant, n’est pas de débattre des bienfaits ou des nuisances du système confessionnel politique libanais ; la question est de redonner à la première présidence, aujourd’hui moribonde parce que annexée, le même lustre, le même prestige, le même charisme et la même crédibilité que les deux autres, quels que soient leurs locataires respectifs. Cet enfant de trois ans, toujours le même, comprend enfin combien il est désormais plus que nécessaire de pouvoir commencer à juger, critiquer, sanctionner, dans un sens comme dans l’autre, la majorité au pouvoir – c’est la moindre des choses dans un pays qui se veut démocratique. Sauf que cela ne peut se faire que lorsque cette majorité disposera des outils et des moyens réels, institutionnels (elle en possède pas mal, cela dit…), et, surtout, psychologiques pour gouverner. Cela est impossible tant qu’Émile Lahoud continue d’occuper le palais de Baabda.
Des gens aux oreilles plus ou moins pointues parlent en ce moment d’un deal, d’une tabkha – pas nécessairement mauvaise – entre… Washington et Téhéran, avec l’approbation, entre autres, de Paris, et la médiation (ravie) de Ryad et du Caire. Cela consiste à donner plus ou moins l’Irak à l’Iran, ou, plus exactement, à aboutir à un retrait plutôt rapide des GI du sol irakien, en contrepartie d’une surveillance rapprochée russo-sino-européenne du nucléaire iranien. Quel rapport avec la présidence de la République libanaise ? Les oreilles en question continuent d’expliquer leur théorie. Parce qu’il faut bien apparences garder, les troupes américaines ne peuvent sortir sans qu’il n’y ait des forces arabes pour épauler leurs homologues irakiennes. Personne n’en voudrait. Sauf, apparemment, la Syrie. Carrément obsédé par son désir de sortir de l’obscure marge dans laquelle l’a confiné la communauté internationale, Bachar el-Assad est prêt à négocier le redorage de son (très terni) blason. À faire en sorte que la Syrie rejoue un rôle régional. Et, naturellement, à sauver son régime, à trois mois du rapport, probablement définitif, du très efficace Serge Brammertz. En échange, l’ex-occupant comprendrait que son pays n’a plus rien à faire au Liban, entamerait le tracé de la frontière libano-syrienne, accepterait l’ouverture de deux ambassades, etc. Le tout à condition que le successeur d’Émile Lahoud ne lui soit pas hostile. Qu’il ne soit pas estampillé 14 Mars, soulignent les oreilles. Sachant évidemment qu’il serait impensable qu’il fasse partie du camp du 8.
Parallèlement, un bon œil, vif et rapide, soutient que toute cette thèse, info ou intox, ne servirait à rien à partir du moment où Michel Aoun comprendra qu’à défaut de se retrouver à Baabda, il détient les clés du dossier présidentiel – indépendamment du point de savoir si la cravate sied davantage au député du Kesrouan que l’uniforme de général de l’armée, l’ensemble des observateurs est d’accord pour dire que ses chances de succéder à Émile Lahoud sont infimes. Qu’au lieu de continuer à s’obstiner, contre tous, ici et ailleurs, à répéter c’est moi ou personne, au lieu de prendre le risque de se retrouver simple opposant, il a tout intérêt à s’entendre avec Samir Geagea et les grands pôles chrétiens sur un nom, un homme à égale distance de tous, qui n’effaroucherait ni le Hezb ni le Syrien, et qui lui garantirait d’importantes fonctions au sein du nouveau régime, où continuerait à primer l’actuelle majorité. Surtout que des personnes bien informées racontent clairement ce qu’un ambassadeur occidental, qui a rencontré longuement Hassan Nasrallah la semaine dernière, a entendu de la bouche de ce dernier : « Nous ne faisons pas confiance au général Aoun. » Ce qui, d’ailleurs, est un secret de Polichinelle. Et que rien n’empêche la majorité et le Hezbollah de s’entendre sur un nouveau président.
Maintenant, évidemment, il reste différentes autres options, plus ou moins plausibles : Michel Aoun convainquant la majorité de voter pour lui ; le recours à la rue, à la grève générale, à la désobéissance civile, pour faire en sorte qu’Émile Lahoud démissionne ; l’attente pendant 18 mois, etc. Des coquecigrues, sans doute… En attendant, « le dossier de la présidentielle sera bientôt réglé ». C’est Saad Hariri qui a prévu cela à l’issue d’un entretien avec un médiateur du tout premier rang : Hosni Moubarak. « Michel Aoun est un candidat 14 Mars », a dit à la télévision un impressionnant Walid Joumblatt.
À quelques heures de la reprise du dialogue, tout cela acquiert d’étranges résonances.
Ziyad MAKHOUL
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Et quelle semaine…
Même un enfant de trois ans comprend désormais que le premier maillon de la chaîne de résurrection, qui permettrait un éventuel déblocage des autres, qui pourrait, si tout le monde y met du sien, provoquer l’effet dominos souhaité, c’est le départ d’Émile Lahoud. Et rien d’autre. Même cet enfant de trois ans comprend désormais pourquoi ce départ est incontournable, combien il est urgent, indépendamment du besoin de donner la première magistrature du pays à un homme ou une femme digne de ce poste et à même de ramener le Liban dans le IIIe millénaire, d’en faire de nouveau un message et un phare, combien il est urgent, donc, de réparer, d’effacer la plus outrancière et la plus infectieuse des violations constitutionnelles de notre histoire : le...