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Actualités - Opinion

Entrer en résistances

«Ce qui s’est passé est honteux », a dit Émile Lahoud. Encore une fois, une énième fois, le locataire de Baabda n’a rien compris. Ce qui s’est passé hier au cours du Conseil des ministres, le plus court de l’histoire du Liban, n’était peut-être pas très ragoûtant dans la forme, ou très reluisant dans la mise en scène. Mais ce qui s’est passé hier est tellement réussi dans le fond que cela aura – ou a déjà – d’importantes, de prépondérantes répercussions sur la vie politique libanaise. Les Syriens et leurs poulains d’ici gigotent depuis quelques jours dans tous les sens. De Bachar el-Assad, flanqué de Farouk el-Chareh et Walid Moallem, à Émile Lahoud (à Khartoum) en passant par Nabih Berry (sa leçon de patriotisme assénée à un Fouad Siniora stoïque était un monument de mauvaise foi et d’inconscience politique) et Hassan Nasrallah (ses envolées et autres menaces grand-guignolesques du Bristol ne doivent pourtant pas faire oublier qu’il a dit, quelques minutes plus tard, qu’il était prêt à négocier ses armes), tout le monde a décidé de jouer aux scoring points. Depuis quelques jours, il n’y a que des buteurs face au camp adverse du 14 Mars, et c’est à qui marquera le plus de goals. À tel point que la contre-attaque, hier, de la majorité en a laissé plus d’un, sans doute toute l’équipe, plus que pantois(e). Ce qui s’est passé hier était très simple. Donc très efficace. En boycottant le Conseil des ministres par solidarité avec le Premier ministre, en prouvant qu’elle est capable de se comporter comme telle, en prouvant qu’elle est tout sauf illusoire, qu’elle existe bel et bien, la majorité a repris d’une façon magistrale les rênes de l’initiative politique – indépendamment du point de savoir pour combien de temps. Il n’en reste pas moins qu’elle a montré hier qu’elle est désormais déterminée à ne plus jouer les Marie couche-toi là, victime de tous les chantages. C’est appréciable, surtout qu’elle a donné en plus l’impression (à elle de faire en sorte que cela se traduise dans les faits) qu’elle va aller jusqu’au bout. De quoi ? Il lui faudra le dire au plus vite aux Libanais. Du coup, Fouad Siniora, qui n’aurait définitivement pas dû aller à Khartoum malgré la double insistance de Abdallah ben Abdel-Aziz et des participants au dialogue national, s’est vu offrir une très belle occasion de rappeler à quel point les habits d’homme d’État, qu’il apprend cahin-caha à se tailler depuis plus de huit mois, lui vont bien : son « maintenant vous savez pourquoi je veux que la Résistance soit l’affaire de tous les Libanais » fera date. Du Hariri pur souche, avec le show-off en moins. Doublement efficace… Ce qui s’est passé hier a ainsi redéfini de fond en comble le concept de résistance. Comme le droit à la justice ou à la sécurité, celle-ci est devenue celle de tous les citoyens. Plus encore : elle est, aussi, un devoir pour tout le monde. Bien plus encore : elle s’est dédoublée. Désormais, résister, pour un Libanais, c’est à la fois s’opposer à Israël et ses visées, œuvrer à la récupération des terres encore occupées et s’opposer à la Syrie, à sa volonté jamais cachée de saper la stabilité du Liban, d’arraisonner sa décision politique et d’y entrer de nouveau par une fenêtre souvent grande ouverte. Cette renaissance du concept est à tout point saisissante. Les mérites de l’initiative du 14 Mars ne s’arrêtent pas là. Aujourd’hui, Nabih Berry, qui multipliait les signes extérieurs d’honnêteté politique, se retrouve une nouvelle fois totalement décrédibilisé, montré en fossoyeur de ce dialogue qu’il s’est toujours vanté de « paterner » et de chérir. S’il voulait enterrer son propre bébé dans l’eau du bain, il ne s’y serait pas mieux pris. Le veut-il ? En tout cas, sa stratégie du win-win ne leurre plus personne : l’homme qui veut convaincre Fouad Siniora qu’il vaut mieux que la riposte vienne de lui plutôt que du Hezb et qui veut montrer au Hezb que lui aussi est capable de défendre la Résistance a montré hier, sans le vouloir et sans le savoir, les limites, soudainement très étriquées, de son doctorat ès duperies. Si l’homme du perchoir veut vraiment assassiner le dialogue, il au moins un heureux. Émile Lahoud, revenu visiblement survitaminé, bien plus par son hallucinante accolade avec Bachar el-Assad que par le soleil soudanais, n’a jamais été à ce point entreprenant, aussi soucieux d’afficher son « être-au-monde », même de la plus artificielle des manières. Sauf que ce réveil-là, aussi exubérant et peu mélodieux soit-il, ressemble étrangement à un chant de cygne politique. Une des vertus de la porte claquée d’hier est de donner à penser que les mois d’avril peuvent être ceux des grands et salutaires ménages du printemps. À condition, cette fois, que la majorité instaure jusqu’au bout l’état d’urgence politique. Ziyad MAKHOUL
«Ce qui s’est passé est honteux », a dit Émile Lahoud. Encore une fois, une énième fois, le locataire de Baabda n’a rien compris.
Ce qui s’est passé hier au cours du Conseil des ministres, le plus court de l’histoire du Liban, n’était peut-être pas très ragoûtant dans la forme, ou très reluisant dans la mise en scène. Mais ce qui s’est passé hier est tellement réussi dans le fond que cela aura – ou a déjà – d’importantes, de prépondérantes répercussions sur la vie politique libanaise.
Les Syriens et leurs poulains d’ici gigotent depuis quelques jours dans tous les sens. De Bachar el-Assad, flanqué de Farouk el-Chareh et Walid Moallem, à Émile Lahoud (à Khartoum) en passant par Nabih Berry (sa leçon de patriotisme assénée à un Fouad Siniora stoïque était un monument de mauvaise foi et...