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Actualités - Opinion

LE POINT Le balancier au centre

Une victoire terne, remportée sans panache, après une campagne à l’incontestable pouvoir soporifique, à l’image du maître malgré lui du Kadima, cet Ehud Olmert, qui rien, semble-t-il, ne prédestine à laisser une quelconque trace indélébile de son passage dans la vie politique d’Israël. Il est facile après coup de répéter que les scores obtenus par les uns et les autres étaient prévisibles, tout autant que les grands contours de la coalition à venir, peut-être même ceux de l’État hébreu dans sa forme définitive et l’avenir des rapports avec les Palestiniens. Arrêtons là l’énumération. Attendue ou non, l’issue du scrutin de mardi porte en elle les germes de profonds bouleversements appelés à se produire à moyen terme. Tout comme le raz de marée du Hamas lors des législatives de janvier préfigurait des changements majeurs sur l’échiquier régional dont on commence seulement à voir les prémices. D’emblée une constatation s’impose : pourquoi la consultation populaire la plus importante de l’histoire d’Israël, de par les enjeux qu’elle comporte, n’a-t-elle suscité qu’une aussi faible participation de l’électorat ? Eh bien, d’abord en raison de l’absence forcée de l’homme qui a initié le mouvement. En lançant l’opération de démantèlement des colonies de peuplement à Gaza, en claquant la porte du Likoud dont il fut l’un des fondateurs, en créant son propre parti et en appelant à un scrutin anticipé, Ariel Sharon était parvenu à secouer les esprits trop longtemps engourdis de ses concitoyens. Sa disparition de la scène, couplée à des sondages qui, à intervalles réguliers, donnaient vainqueur sa formation ont ôté tout attrait à la bataille et démobilisé de nombreux inconditionnels. Maintenant que les jeux sont faits, l’autre question qui se pose porte sur la nature de l’alliance appelée à voir le jour dans les trois (ou dans les six) semaines à venir. En toute logique, le néocentre incarné par En Avant devrait tendre la main à l’étonnant Amir Peretz et au Parti travailliste que, trop vite, on avait donné pour mort, mais que l’on retrouve, au lendemain du 28 mars, à la tête d’un bloc compact comprenant non moins de 20 députés. En effet, les travaillistes n’ont jamais caché leur intention de se défaire du boulet représenté par les colonies de peuplement, s’ils diffèrent de leurs éventuels partenaires sur les délais à observer et l’ampleur du repli. Il reste qu’ensemble, ils sont les plus qualifiés pour définir la ligne frontalière à l’est du pays. Vaste projet, hier encore considéré comme impensable, car il signifie tout simplement la fin du rêve d’un Eretz Israël allant de la mer Méditerranée à la rive orientale du Jourdain (aujourd’hui Jordanie), caressé par David Ben Gourion et certains de ses héritiers. Mais la « realpolitik » est là, qui impose à tout ce monde de se montrer pragmatique alors que se profile à l’horizon de l’an 2020 la menace d’un bouleversement démographique qui verrait les Arabes devenir nettement majoritaires. Il reste tout de même que prétendre tracer une nouvelle « barrière de sécurité » sans prendre la peine d’en discuter au préalable avec l’autre partie, les Palestiniens, relève d’une gageure. D’autant plus qu’il y a au sein de l’actuel cabinet des hommes comme le ministre de la Défense Shaoul Mofaz dont il conviendrait de se séparer. Autant de conditions difficiles à remplir, ce qui fait dire au quotidien Haaretz qu’on en est encore au stade non point de « la vision, mais plutôt de l’illusion », une impression confirmée par les propos de l’intéressé. Mardi, Olmert reconnaissait, dans un article publié par le Yediot Aharonoth l’impossibilité de « réaliser tous nos rêves ». « Écran de fumée », comme l’affirment les proches de Mahmoud Abbas, ou manœuvres préliminaires en prévision des contacts avec d’éventuelles composantes d’une nouvelle majorité à la Knesset, toujours est-il qu’une période d’incertitude, et donc de calme précaire, s’ouvre devant les deux camps, que pourrait troubler un attentat, dont on se dépêchera de rendre responsable le Hamas, suivi d’opérations israéliennes de « rétorsion ». Nouveau « roi d’Israël », comme l’ont baptisé un peu hâtivement certains de ses lieutenants, Olmert peu se flatter d’un succès pour lequel il doit beaucoup à une opinion publique fatiguée d’être perpétuellement ballottée entre une droite trop extrémiste et une pseudo-gauche trop timide pour dire son nom. C’est de cette lassitude qu’est née l’atomisation de la scène politique israélienne. Et aussi de la fin des fausses idéologies et des vraies déceptions économiques. Voilà pour le grand perdant de ces élections, Benjamin Netanyahu, qui devrait représenter matière à réflexion. Christian MERVILLE
Une victoire terne, remportée sans panache, après une campagne à l’incontestable pouvoir soporifique, à l’image du maître malgré lui du Kadima, cet Ehud Olmert, qui rien, semble-t-il, ne prédestine à laisser une quelconque trace indélébile de son passage dans la vie politique d’Israël. Il est facile après coup de répéter que les scores obtenus par les uns et les autres étaient prévisibles, tout autant que les grands contours de la coalition à venir, peut-être même ceux de l’État hébreu dans sa forme définitive et l’avenir des rapports avec les Palestiniens. Arrêtons là l’énumération. Attendue ou non, l’issue du scrutin de mardi porte en elle les germes de profonds bouleversements appelés à se produire à moyen terme. Tout comme le raz de marée du Hamas lors des législatives de janvier...