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LE POINT L’ombre de Sharon

Des étrangetés comme celle-ci, la politique nous y a habitués, et depuis fort longtemps. Mais tout de même… Quatre millions et demi d’électeurs se rendent aujourd’hui aux urnes alors que plane sur la vie du pays l’ombre d’un leader qui gît sur un lit d’hôpital depuis le 18 décembre – date de sa première attaque cérébrale –, inconscient de l’âpre bataille qui se déroule en son nom. En Conseil des ministres, son fauteuil reste désespérément vide, son fidèle lieutenant Ehud Olmert, refusant de l’occuper, mais l’adresse du site du parti qu’il a fondé après avoir claqué la porte du Likoud, le 21 novembre de l’an dernier, continue de porter son nom, kadimasharon.co.il et c’est encore contre lui que se battent le Likoud de Benjamin Netanyahu, les travaillistes d’Amir Peretz et même les baronnets de la ribambelle de petites formations nées dans la foulée de la création de l’État hébreu. Tout le monde, ou presque, est d’accord pour prédire une faible participation populaire tant paraît irrésistible la lame de fond qui, selon tous les calculs, portera à la Knesset entre 34 et 36 représentants du mouvement « En avant », ainsi que d’autres candidats appartenant à une douzaine de listes, sur les 31 en lice dans la course à l’investiture populaire. Mais le principal intéressé, l’homme qui a tout fait pour la tenue de ce scrutin anticipé, qui a créé à cette fin cet invraisemblable Kadima, sans idéologie et sans membres inscrits, ne pourra pas siéger sur les bancs de la future Assemblée : il ne figure sur aucune liste. Pourtant, jamais les heures à venir n’auront été aussi graves pour l’État hébreu car il s’agira de tenir une promesse : celle d’un nouveau train de démantèlement de colonies – sauvages ou non –, d’une définition des frontières « définitives », de l’avenir des négociations avec un partenaire dont on refuse d’admettre jusqu’à l’existence. Curieuse entité palestinienne, d’ailleurs, que celle-là, devenue bicéphale avec, d’un côté, une Autorité désormais inexistante depuis l’affaiblissement du pouvoir de Mahmoud Abbas et des siens (en fait depuis la disparition de Yasser Arafat, mais cela, nul ne veut le reconnaître) et, d’un autre côté, un gouvernement né de l’inattendue victoire électorale, le 25 janvier, du Hamas, que Tel-Aviv s’obstine à traiter en pestiféré, soutenu en cela – comment s’en étonner ? – par une Amérique moins que jamais encline aujourd’hui à renoncer à ses œillères. Ses intentions, le Premier ministre par intérim a attendu le dernier jour de la campagne pour les rendre publiques. Écoutez-le : « Il s’agit de se mettre d’accord sur le tracé des frontières entre nous puis de le négocier avec les États-Unis et la communauté internationale. » On croit rêver. Ainsi donc, il appartiendra aux Israéliens, aux Américains et accessoirement aux Européens (autant pour la figuration intelligente…) de redéfinir les contours de cette portion du Proche-Orient devenue depuis six décennies une poudrière sans même un semblant de concertation avec le seul partenaire qualifié. Comment ? Écoutez-le encore : « Nous avons besoin de quatre ans pour nous séparer de la majeure partie des Arabes et préserver ainsi une majorité juive importante et stable. » Les détails du plan importent peu. Pour en avoir une vague idée, on est prié de se référer au précédent de la mi-août 2005, quand près de 9 000 colons avaient dû quitter Gaza, aussitôt relayés par 13 000 autres kibboutzniks sur la rive occidentale du Jourdain. On peut aussi se rappeler le passé d’Olmert, un homme venu de l’extrême droite, qui avait voté contre les accords de Camp David de 1978 avant de terminer son parcours au centre-gauche de l’échiquier israélien – tout comme son maître d’ailleurs. À propos, au petit jeu du pendule électoral, de quel côté va pencher le cœur des 22 pour cent de votants qui ont proclamé jusqu’au dernier instant leur indécision ? Nul ne veut se hasarder à le prédire, mais il est probable que le bloc des hésitants se morcellera en plusieurs éclats dont les 28 élus pèseront d’un poids certain quand débutera la course à la coalition. Car, il ne faut pas l’oublier, tous les gouvernements qui se sont succédé ont été le fruit d’alliances, souvent inattendues. On n’échappera pas à la règle, cette fois encore, et chacun marchandera au prix fort sa participation à la nouvelle majorité, à commencer par le Shass et surtout le dernier venu, le russophone Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman dont les dents ont poussé dangereusement depuis la promesse d’un groupe d’une douzaine de mandats. Sentant le vent tourner, les girouettes politiques et médiatiques se sont ralliées, au cours des dernières heures, au panache blanc du successeur d’« Arik », unies sous un même slogan : « Vous allez voir, cet homme étonnera tout le monde. » On les croit volontiers. Reste à voir dans quel sens. Christian MERVILLE

Des étrangetés comme celle-ci, la politique nous y a habitués, et depuis fort longtemps. Mais tout de même… Quatre millions et demi d’électeurs se rendent aujourd’hui aux urnes alors que plane sur la vie du pays l’ombre d’un leader qui gît sur un lit d’hôpital depuis le 18 décembre – date de sa première attaque cérébrale –, inconscient de l’âpre bataille qui se déroule en son nom. En Conseil des ministres, son fauteuil reste désespérément vide, son fidèle lieutenant Ehud Olmert, refusant de l’occuper, mais l’adresse du site du parti qu’il a fondé après avoir claqué la porte du Likoud, le 21 novembre de l’an dernier, continue de porter son nom, kadimasharon.co.il et c’est encore contre lui que se battent le Likoud de Benjamin Netanyahu, les travaillistes d’Amir Peretz et même les...